SCÈNE II.

ARDARIC, VALAMIR, HONORIE.

HONORIE.

Savez-vous d'Attila jusqu'où va la furie, 1485

Princes, et quelle en est l'affreuse barbarie?

Cette offre qu'il vous fait d'en rendre l'un heureux

N'est qu'un piége qu'il tend pour vous perdre tous deux.

Il veut, sous cet espoir qu'il donne à l'un et l'autre,

Votre sang de sa main, ou le sien de la vôtre; 1490

Mais qui le serviroit seroit bientôt livré

Aux troupes de celui qu'il auroit massacré;

Et par le désaveu de cette obéissance

Ce tigre assouviroit sa rage et leur vengeance.

Octar aime Flavie, et l'en vient d'avertir. 1495

VALAMIR.

Euric[ [174], son lieutenant, ne fait que de sortir:

Le tyran soupçonneux, qui craint ce qu'il mérite,

A pour nous désarmer choisi ce satellite;

Et comme avec justice il nous croit irrités,

Pour nous parler encore il prend ses sûretés. 1500

Pour peu qu'il eût tardé, nous allions dans sa tente

Surprendre et prévenir sa plus barbare attente,

Tandis qu'il nous laissoit encor la liberté

D'y porter l'un et l'autre une épée au côté.

Il promet à tous deux de nous la faire rendre, 1505

Dès qu'il saura de nous ce qu'il en doit attendre,

Quel est notre dessein, ou pour en mieux parler,

Dès que nous résoudrons de nous entr'immoler.

Cependant il réduit à l'entière impuissance

Ce noble désespoir qui punit par avance[ [175], 1510

Et qui se faisant droit avant que de mourir,

Croit que se perdre ainsi, c'est un peu moins périr;

Car nous aurions péri par les mains de sa garde;

Mais la mort est plus belle alors qu'on la hasarde.

HONORIE.

Il vient, Seigneur.