IX

Lettre à moi adressée par deux Français hautement honorables, qui s'étaient fixés à Salonique et vont être obligés d'en partir.

Salonique, 19 janvier 1913.

Un calme relatif existe en ce moment, avec la Cour martiale et la censure préalable. Et combien encore de vilenies!

L'exode des familles musulmanes est presque général. Les Israélites à leur tour songent à partir. Quant à nous, Français, beaucoup des nôtres ont déjà perdu leur situation.

Grecs et Bulgares se disputent la ville.

Le Bulgare, plus brutal, fera sentir son joug plus inexorablement ; le Grec, avec plus d'hypocrisie. Quant à la France, l'admirable expansion de sa langue, de son influence industrielle et morale, sera absolument détruite. Déjà toutes les communications officielles, toutes les enseignes, tous les avis de chemins de fer ou de trains qui se faisaient en français ne se font plus qu'en grec.

Chaque jour nous apporte de nouveaux témoignages des atrocités bulgares. Elles dépassent l'imagination. Des femmes enceintes ont été éventrées et, de la population musulmane de cette partie de la Macédoine, il ne reste que les fuyards.

Quant aux prisonniers turcs qui étaient à Salonique, on ne les voit plus. Et les officiers bulgares, pressés de questions, commencent à avouer qu'ils les ont méthodiquement exterminés.