Mardi, 10 septembre.
Vitoria a l'air très moderne. C'est cependant une très ancienne ville dont la fondation par les Wisigoths remonte au sixième siècle. Elle oublie volontiers son ancienne origine dans sa hâte de ressembler aux cités du vingtième siècle et, pour faire montre de maisons de clinquant, laisse abattre les dernières pierres de monuments anciens qui pourraient faire sa gloire. Il ne reste à peu près rien d'intéressant à voir dans cette ville, aussi l'avons-nous quittée sans aucun regret ce matin, vers 9 heures, pendant que dans l'éloignement se perdaient peu à peu ses maisons aux balcons vitrés qui, sous les rayons du soleil, jetaient des feux de diamant.
La route, qui est tout à fait bonne, court en un paysage mouvementé et pittoresque. Voici la verdure complètement revenue: on voit de l'eau constamment, des rivières qui glissent sans bruit dans l'herbe, et le long de la route des fontaines, oui, des fontaines!
Quelques prairies tapissent de leurs velours d'émeraude le fond des vallons. Ce sont les premières prairies que nous voyons en Espagne... au moment d'en sortir... près de la frontière! Cela me rappelle qu'avant notre départ on m'avait prédit que nous aurions toutes sortes d'ennuis dans ce pays, par le fait des animaux qui encombrent les routes pour aller le matin au pré ou le soir en revenir. Des prés en Espagne! Oh! la délicieuse plaisanterie!
Voici un nouveau péage: trois pesetas pour pénétrer dans la province de Navarre. C'est un peu cher, car nous ne roulons que quelques kilomètres sur son territoire, et bientôt franchissons la frontière de la province de Guipuzcoa. Il y a bien là encore un autre péage, mais j'ignore quel est son tarif, pour l'excellente raison qu'ayant aperçu trop tard le signal d'arrêt, je brûlai cyniquement la politesse au garde courroucé qui, longtemps, nous fit des gestes désespérés avec de longs bras de quadrumane, en nous lançant toutes les aménités que lui fournit son vocabulaire basque, idiome sonore et mystérieux.
Un peu avant Idiazabal on traverse en lacets et en rampes multiples une région montagneuse sauvage et délicieusement boisée. Ce n'est plus le paysage espagnol, c'est la France qui s'approche, c'est un avant-goût des Pyrénées.
On passe ensuite dans une charmante vallée où coule le rio Oria.
Tolosa est sur cette rivière: petite ville mi-ancienne, mi-moderne, moitié tranquille, moitié animée par les nombreuses usines qui l'entourent.
Bientôt après, la brise nous apporte les émanations salines de l'Océan qui n'est pas loin, mais qui se cache derrière les montagnes de la côte.
Un tunnel monumental fait passer la route sous la colline qui supporte le Parc et le Château du Roi et Saint-Sébastien, la ville nouvelle, la station de l'élégance espagnole, s'arrondit autour de sa petite baie fermée. Le site est admirable, la plage de sable fin borde gracieusement le lac tranquille où s'ébattent de nombreux baigneurs et l'horizon est fermé par une barrière de rocs heurtés entre lesquels une petite trouée laisse seule apercevoir l'Océan infini. De grands hôtels de carton, qui semblent honteux de mirer incessamment leurs faces blafardes dans les flots verts, abritent la foule bourdonnante des désœuvrés espagnols qui viennent ici voir et se faire voir.
Nous déjeunâmes à l'Hôtel Continental, le premier d'entre tous ces caravansérails du chic où l'on paie cher, mais où l'on est bousculé par la cohue, tellement la foule irraisonnante, avec ivresse, vient où l'on vient, parce qu'on y vient!
De la terrasse de l'hôtel on découvre la baie. En prenant mon café, je cherchais à me représenter ce délicieux endroit avant que la mode y ait amené le tourbillon du monde élégant: le bassin était solitaire alors, seule la petite ville basque, tranquille, se souriait finement dans l'eau, les montagnes vertes descendaient doucement vers le rivage, amollissant de douceur la sauvagerie des rocs sur lesquels l'Océan se brise avec un fracas écumant. Cela devait être alors un des plus beaux coins de la terre.
La route serpente ensuite le long de la côte, tantôt à l'intérieur des terres, tantôt avec de beaux aperçus de l'Océan dont les grandes vagues sont bordées de franges blanches. Le chemin n'a plus sa sévère solitude des contrées désertiques; sans cesse sillonné d'équipages et d'autos, il est bourdonnant dans un perpétuel nuage de poussière.
Irun, puis la petite rivière de la Bidassoa qui marque la frontière entre l'Espagne et la France. On longe un instant ses bords de verdure et l'on passe à côté de la fameuse petite île historique des Faisans, au milieu de laquelle un monument commémore tant de cérémonies importantes des relations franco-espagnoles[ [39].
Béhobie est le village frontière: douane espagnole. C'est là que je fus encore une fois longuement pétri entre les mains calleuses de l'administration rapace et que j'eus la douleur de me voir retenir le montant des droits sur l'un de mes bandages de rechange qui, mort en cours de route, avait reçu sa sépulture en terre espagnole et dont il m'aurait fallu traîner le cadavre après moi pour avoir droit au remboursement.
Nous franchîmes le pont international sur la Bidassoa au bout duquel la silhouette connue d'un gendarme français nous annonça la patrie retrouvée, puis la douane française, et nous roulions sur le sol de France.
Saint-Jean-de-Luz, au fond d'une jolie baie, nous a paru être une ville gaie et agréable. C'est un lieu de séjour où l'on a une vue splendide sur l'Océan.
Les habitants de cette région ont un œil vif, une démarche hardie, un air fier qui font plaisir à voir; ils ont une grande ressemblance avec les Espagnols des provinces que nous avons traversées ce matin, leurs frères de race, basques comme eux.
Après Bidart nous avons laissé à droite la grand'route de Bayonne car nous voulions voir Biarritz, située tout près sur la côte.
Biarritz est la grande plage à la mode, la rivale française de Saint-Sébastien. La plage espagnole doit sa vogue à la faveur royale, Biarritz est née de la prédilection de la cour française sous le second Empire. C'est ici une grande baie ouverte, une large plage aux vagues sans cesse renaissantes, la vue libre sur l'immensité.
Nous voulions coucher ici, mais l'affluence y étant encore plus grande qu'à Saint-Sébastien, il nous fut absolument impossible de trouver le moindre gîte. Nous parcourûmes longtemps les rues animées et la grande plage où s'ébattaient snobs et désœuvrés et lorsque nous nous remîmes en route, je n'eus pas un regret pour cette cité qui a poussé à la manière des champignons sous les effluves humides des embruns, mais où du moins les plâtras des hôtels, placés sur un rivage quelconque, n'ont pas eu le tort de déshonorer un chef-d'œuvre de la nature comme pour la plage espagnole.
Bayonne est tout près. Nous y arrivâmes à 7 heures du soir et descendîmes au Grand Hôtel, qui mérite tout au plus l'étiquette passable[ [40].
Cette ville est l'ancienne capitale des Basques. C'est un gentil petit port assis au bord de l'Adour, qui coule large et profond, à quelques kilomètres de son embouchure. Son site charmant, ses vieilles maisons, ses petites rues et son air espagnol la rendent très intéressante.
Les Basques sont un peuple curieux et énigmatique. Ce sont les descendants, conservés à peu près sans mélange, des habitants préhistoriques de l'Ibérie; leur origine est inconnue, leur langue, qui ne ressemble à aucune de celles qui se parlent en Europe, fait encore le désespoir des savants qui ne savent à quelle souche la rattacher. Ils se trouvent actuellement réunis dans un espace assez étroit, à cheval sur la frontière franco-espagnole et disséminés en France dans l'ancienne province de Navarre, en Espagne, dans les provinces de Guipuzcoa, de Navarre, d'Alava et de Viscaye. Dans leur langue bizarre, tellement bizarre que certains philologues y ont trouvé des ressemblances grammaticales avec le chinois, ils se dénomment euskaldunac, qui se traduit en français par gens adroits. Et en effet, à les voir proprement habillés de leur costume rouge et bleu, coquettement coiffés de leur traditionnel béret, petits, maigres, agiles et fiers, on a bien l'impression de gens adroits et courageux qui, tantôt par ruse, tantôt par bravoure et toujours par fierté, ont su se conserver eux-mêmes depuis les temps préhistoriques, dédaignant les mariages avec les autres populations, résistant en leurs inaccessibles montagnes à toutes les tentatives d'assimilation violente. Avec la marche victorieuse de la civilisation, leur petit peuple s'est trouvé noyé dans la masse des deux grands États voisins, ils furent obligés de reconnaître des suzerains, mais ils restèrent eux-mêmes, basques quand même. Une bonne moitié d'entre eux ne voulut supporter le joug et émigra en masse vers les contrées libres de l'Amérique, d'où, qui sait? leurs ancêtres préhistoriques étaient peut-être venus.
Je n'abuserai pas plus longuement de la patience des lecteurs qui ont bien voulu me suivre jusqu'ici. Je les remercie pour l'attention qu'il m'ont prêtée. Si ma longue narration les a fatigués, je réclame humblement leur indulgence.
J'espère cependant qu'ils me sauront quelque gré de leur avoir fait connaître ce qu'on peut voir en Espagne dans un voyage en automobile, que les tableaux que j'ai placés sous leurs yeux ne leur auront pas déplu et que s'ils sont tentés, à mon exemple, de parcourir les routes de l'Ibérie, les renseignements que j'ai réunis dans cet ouvrage pourront leur être de quelque utilité.
Ah! les routes d'Espagne! Quel mal n'en a-t-on pas dit?
Je n'ai pu malheureusement les réhabiliter complètement, car il y a encore beaucoup à faire pour les adapter à la locomotion mécanique, mais j'espère que mon récit pourra,—pour sa faible part,—contribuer à détruire la légende qui les réprésente comme impraticables.
Je crois avoir montré qu'on peut fort bien faire un intéressant voyage en automobile en Espagne... mieux, dans toute l'Espagne, puisque nous en avons parcouru toutes les régions, du Nord au Midi, de l'Est à l'Ouest, sur les côtes de la Méditerranée comme sur les bords de l'Océan, au centre, dans les plaines et sur les montagnes!
Voici le résumé des observations que j'ai faites sur les routes espagnoles telles que je les retrouve sur mes notes de voyage.
Les routes royales d'Espagne sont toujours très larges,—généralement plus larges que celles de France,—et sont entretenues sur toute leur largeur, c'est-à-dire sans banquettes ou bas-côtés. On pourra faire remarquer que le prix du terrain étant moins élevé en Espagne qu'en France, nos voisins n'ont pas fait un sacrifice aussi élevé qu'on pourrait le croire pour ouvrir leurs principales artères; le fait est exact, mais il n'en est pas moins vrai que le coût de construction au kilomètre est d'autant plus élevé que la voie est plus large, et de ce côté l'on ne peut nier que les Espagnols ont fait preuve d'un véritable luxe.
Les travaux d'aménagement ont été conçus et exécutés avec un souci de la perfection et une ampleur de vues qu'on est surpris de rencontrer dans ce pays, si arriéré cependant pour tant de choses.
En plaine la route est généralement rectiligne, les coudes brusques sont à peu près inconnus, les changements de direction sont à angle très obtus, tout paraît sacrifié à la ligne droite. Les déclivités inutiles sont soigneusement évitées, souvent au prix de travaux importants. Si une colline de faible importance se présente, une tranchée saigne les flancs de celle-ci et la route conserve son horizontale ou ne marque qu'une très faible pente. Un ravin survient-il? La route le franchit sur un remblai en palier. C'est en Espagne que j'ai vu les routes se rapprocher le plus des profils des chemins de fer. La voie large, droite, plate, telle est la caractéristique des routes d'Espagne dans les pays de plaine ou de moyen vallonnement.
En montagne les pentes sont souvent fort raides, les virages nombreux, mais ces derniers sont tracés avec un soin parfait, leur rayon est toujours aussi large que le permet la nature des lieux et l'on a fréquemment effectué d'importants travaux d'art pour rendre les tournants plus larges encore.
Les ponts sont bien faits. Sur certains points, très nombreux je dois le confesser, ils manquent encore, mais l'on voit que les Espagnols travaillent constamment à en construire et l'on peut prévoir que d'ici quelques années cette lacune aura totalement disparu.
Les caniveaux sont assez rares. J'ai constaté qu'on les remplaçait peu à peu par des ponceaux. Dans certaines provinces il y a encore de très dangereux dos d'âne, mais sur ce point aussi l'effort d'amélioration s'exerce: on les supprime ou on les améliore.
Les bornes kilométriques existent sur presque toutes les routes royales[ [41]; sur quelques-unes on remarque même des bornes hectométriques. Les poteaux indicateurs sont rares, je dois l'avouer; ils sont généralement placés aux carrefours où il y en a le plus besoin et, en somme, avec une carte sous les yeux, on peut fort bien se tirer d'affaire. Le Royal Automobile Club d'Espagne commence à faire poser lui-même des poteaux indicateurs tant pour les distances que pour signaler les dangers: descentes rapides, tournants brusques, caniveaux, etc.
Depuis quelques années l'Espagne semble travailler avec acharnement à l'amélioration de ses routes principales. On saisit à chaque pas des traces de cet effort. Les vieilles routes espagnoles, tant de fois décrites et décriées avec juste raison, les vieilles routes espagnoles qu'on semble seules connaître en France, ont à peu près disparu. Sur quelques rares points... en Andalousie principalement... le vieux chemin des coches antiques se déroule encore dans toute son horreur. Ces points sont heureusement devenus fort rares, mais alors il faut se méfier et avancer très prudemment, car les obstacles surgissent à chaque pas.
Les principaux dangers de ces anciennes routes sont, non pas leur sol qui est généralement fort bon, mais les caniveaux invraisemblables, les dos d'ânes aux allures de collines, les virages brusques, les pentes effrayantes, et par-dessus tout les gués, où toute trace de chemin se perd dans l'eau ou dans le sable. Mais, je le répète, il reste fort peu de ce vieux réseau: sur 4 000 kilomètres que nous venons de parcourir, nous n'avons guère rencontré que 200 kilomètres de vieilles routes.
Si les grandes routes d'Espagne sont fort bien établies, on ne peut malheureusement en dire autant de leur entretien. Malgré que de nombreuses et élégantes maisons de cantonniers (peones camineros) se succèdent le long des routes royales, celles-ci apparaissent dans un état de délabrement qui fait peine à voir et qui jure avec leur construction grandiose.
Autour des grandes villes, et dans un rayon qui varie suivant l'importance de celles-ci, les routes présentent un aspect dont ne peut se faire une idée le voyageur qui ne les a vues de ses propres yeux[ [42]. Barcelone, Valence et Séville et aussi Cordoue détiennent le record des routes épouvantables. Autour de ces villes l'automobile descend au-dessous du rang de la plus mauvaise charrette, tellement les trous et la poussière en réduisent l'allure et en rendent la marche inconfortable. Pour les trois premières ce sont la poussière l'été, l'hiver la boue et les trous profonds toujours qui font des routes quelque chose comme des moyens de non-communication, à tel point qu'un certain nombre d'attelages préfèrent circuler à travers champs plutôt que d'affronter le chaos innommable qui ment à son titre et à son but. Vous devez voir d'ici la figure que fait une automobile ou, mieux, ses passagers là dedans! Pour Cordoue c'est autre chose: sur les routes de la Campina point de poussière ni de boue... des cailloux aigus en couches épaisses, un empierrage éternel!
Dans les provinces les plus sèches, notamment sur les bords de la Méditerranée, la poussière atteint parfois des hauteurs invraisemblables[ [43] et devient une véritable gêne tant pour la rapidité de la marche que pour les poumons des voyageurs.
Sur les plateaux du centre de l'Espagne les cailloux, que n'a pu fixer au sol un arrosage absent, se promènent librement sur le chemin au grand détriment des pneumatiques.
Si toutefois l'on fait la balance,—en exceptant les parties que je viens d'énumérer on trouve une très réelle majorité de routes passables, bonnes et excellentes,—on arrive à une moyenne de qualité très présentable et ne justifiant nullement l'idée que nous nous faisons en France des routes espagnoles. Nous généralisons trop volontiers, nous Français, et pour quelques parties de routes vraiment mauvaises qu'on rencontre en Espagne, nous avons légèrement conclu que toutes les voies de communication de ce pays étaient impraticables.
Ceux qui ont parlé de l'Espagne jusqu'ici nous ont dépeint les anciennes routes,—aujourd'hui disparues,—s'ils sont venus au temps antique des diligences, ou s'ils ont visité ce pays depuis l'époque des chemins de fer, ils n'ont pu se faire une idée des routes que par le peu qu'ils en ont parcouru autour des grandes villes, c'est-à-dire là où elles sont toujours mauvaises, les plus mauvaises! La conclusion résultant de leurs récits était facile à tirer: l'Espagne possède les routes les plus mauvaises du monde. C'est en visitant ce pays en automobile qu'on peut se rendre compte de la parfaite fausseté de cette idée. Je serais bien heureux d'avoir pu contribuer à faire rendre aux routes espagnoles la justice qui leur est due. A ceux qui les calomnient, l'automobile aura répondu en les faisant connaître sous leur véritable jour, en les montrant suffisamment adaptées à la locomotion nouvelle. Je souhaite que cette connaissance puisse déterminer un véritable mouvement de tourisme vers ce pays si capable d'exciter la curiosité, ce pays qui renferme tant de merveilles de la nature et des hommes!
Touristes, allez visiter l'Espagne! Vous ne regretterez ni votre temps ni vos peines.
Heureux touristes qui partirez pour le pays au ciel d'azur, vous aurez devant vous d'adorables journées de joie et d'admiration!
Vous contemplerez les monuments uniques de la civilisation arabo-espagnole, qui fut à son heure à la tête de toutes les autres, qui brilla d'un incomparable éclat et à laquelle la nôtre doit tant de choses.
Curieusement aussi vous étudierez les monuments des autres civilisations qui se partagèrent les temps de la Péninsule. Ces pierres vous feront suivre pas à pas les luttes formidables qui constituent l'histoire de cet État.
Vous verrez ce pays et ses habitants si différents du nôtre et de nous-mêmes. Vous admirerez ce ciel si blanc et cette mer si bleue et ces nuits profondes d'étoiles et de rêve!
Vous irez de la curiosité à l'étonnement, de l'étonnement à l'admiration, de l'admiration à l'enthousiasme et vous reviendrez enchantés et ravis, mais regrettant d'avoir attendu si longtemps pour voir ce pays que nous ignorons trop, nous Français, et qui possède tant de choses capables d'intéresser notre âme de latins.
Les émotions fortes que vous aurez éprouvées, les spectacles merveilleux que vous aurez admirés laisseront en vous un impérissable souvenir.
Par ce milieu de septembre nous traversâmes toute la France pour regagner notre foyer. Le brouillard obscurcissait le ciel et noyait l'auto dans un voile opaque lorsque rapidement nous roulions dans les sauvages forêts du massif Central.
Il y avait plus d'un mois que nous étions partis joyeux et avides de grand air! Mélancoliques dès lors, à la fin du voyage, nous regrettions notre belle liberté d'errants... mais au delà de la brume des froides montagnes nos yeux voyaient toujours luire le soleil d'or d'Andalousie!
Lyon, le 23 mars 1908.