Vendredi, 23 août.

Tout a été réglé et préparé hier soir, car nous partons de grand matin.

Que ces Espagnols sont donc voleurs! On a dit beaucoup de mal du climat, des routes et des hôtels d'Espagne, autant de légendes qu'il convient de dissiper, mais ce qui est incontestable, c'est la voracité avec laquelle les commerçants de ce pays se jettent sur les malheureux étrangers qui ont quelque chose à leur acheter ou quelque service à leur demander.

A Valence on nous a demandé 50 pesetas pour poser douze rivets à la tôlerie de l'auto. A Murcie nous avons contraint l'hôtelier à nous rabattre 25 pesetas sur sa note qui s'élevait à 110 pesetas. Enfin ici, dans une boutique ayant vaguement l'allure d'un garage, on m'a demandé 108 pesetas pour avoir brasé un tube d'échappement et fourni pour icelui quelques mètres de cordelette d'amiante. J'ai rabattu 48 pesetas sur cette fantastique note et j'estime avoir payé 40 pesetas de trop. Après ce règlement amiable, j'ai cru devoir, dans son propre intérêt, mettre le patron de la boutique en garde contre de pareilles exagérations qui ne pouvaient encourager les étrangers à venir visiter son beau pays. L'animal m'a répondu textuellement ceci: «Je ne compte pas sur les étrangers pour manger mon pain!»... La voilà bien la fierté espagnole!

Il fait encore nuit, il est 4 heures du matin, l'auto démarre doucement et file dans les vieilles rues pour sortir de la ville.

Adieu Grenade!

Nous roulons dans la Véga sur une très bonne route bordée d'arbres; de temps en temps des ruisseaux qui brillent sous les rayons blancs de la lune nous rappellent que nous sommes dans un pays béni où il y a encore de l'eau.

La lune lentement se couche, sa face est pleine d'horribles grimaces, on dirait une sorcière qui traverse les airs pour se rendre à quelque Sabbat, là-bas dans les monts désolés. L'aube va paraître. La crête de la Nevada s'est couverte de sang et bientôt le globe lumineux en jaillit irradiant d'or le manteau de pourpre de la montagne.

Le pays s'accidente, l'auto ronronne en escaladant allégrement les premiers échelons de la sierra del Anuar; derrière nous la riche Véga étale au jour naissant sa luxuriante végétation et nous lui lançons un dernier adieu, ainsi qu'à la Nevada, ainsi qu'à Grenade qui se perd, éloignée, dans les brumes de l'aurore.

Alcala la Real, avec ses maisons que le soleil a uniformément teintées en ocre brillant, apparaît au sommet d'une colline pointue. Nous passons dans le bas quartier qui, peu à peu, s'éveille; de graves petits ânes andalous entourent une vieille fontaine renaissance ornée d'un immense bas-relief et boivent, boivent sans se soucier de l'automobile qui s'est arrêtée derrière eux. Ces ânes d'Espagne m'ont toujours vivement intéressé; ce sont des sages entre les sages; leur philosophie inépuisable les accompagne sans cesse dans leur modeste et pénible carrière. Soumis à leur maître parce qu'ils savent que toute révolte serait vaine et rudement châtiée, ils s'arrangent pour prendre ce qu'il y a de meilleur dans leur vie de pauvres burros et pour ne faire que le travail le plus strictement nécessaire. Vous ne les verrez jamais s'effrayer au passage de l'auto: ce serait faire une série de mouvements qu'ils ont reconnus parfaitement inutiles et qu'ils laissent à ces grandes bêtes de mules ou à ces écervelés de chevaux. Ils s'en vont tout droit, de leur petit pas menu, par le chemin le plus court, ne s'arrêtant que pour happer un chardon qui leur a paru sympathique ou pour goûter un peu au chargement qu'ils ont sur les épaules si celui-ci est comestible. Quand on les voit trottiner avec leurs petites mines graves, on suppose, avec quelque raison, qu'ils méditent sur la manière d'effectuer avec le moins de fatigue le travail exigé.

Depuis que nous avons quitté la Véga, une seule culture défile devant nos yeux lassés par cette uniformité; l'olivier, rien que l'olivier aux feuilles tristes, toujours l'olivier à l'ombre transparente. Des champs de l'arbre à huile s'étendent à perte de vue, descendent au fond des ravins, escaladent les collines, en rangs bien alignés, comme des bataillons en manœuvre.

Priego, au milieu des vallons couverts d'oliviers, ne présente rien de bien remarquable, si ce n'est que l'on commence à s'apercevoir d'un notable changement dans le caractère des habitants. Jusqu'ici nous n'avions traversé que des populations sympathiques, même dans l'Andalousie de Grenade. Nous pénétrons à présent dans la véritable Andalousie: pauvre, sale, hargneuse et sauvage. Les mules elles-mêmes se font ici plus méchantes et peureuses!

Après des détours sans nombre dans la sierra de Cabra, on arrive à la petite ville de Cabra, sur le rio Cabra... quel pays de chèvres!

Depuis Grenade jusqu'ici la route a été excellente, parfaite, unie comme un billard. C'est que toute cette région renferme quelque peu d'eau. En somme, si les routes d'Espagne ne sont pas toujours très remarquables, si ce n'est par la poussière, cela provient surtout du manque d'eau. Si nos meilleures routes françaises traversaient des pays sur lesquels il ne tombe pas une goutte de pluie pendant huit mois sur douze, des pays où règne constamment une intense chaleur, des pays qui n'ont point d'eau pour effectuer les rechargements, je ne leur donnerais pas deux ans pour devenir exactement semblables aux plus mauvaises routes de par ici.

A partir de Cabra le chemin devient cahoteux et plein de poussière.

Voici Aguilar dont les maisons blanches renvoient en lueurs aveuglantes les brûlants rayons du soleil. Des paysans en pittoresques costumes andalous rentrent des champs, des enfants nus piaillent aux portes, des femmes en jupes rouges et en corsages enjolivés jettent des couleurs crues sur le blanc des murs. Costumes d'un autre âge, habitations d'il y a plusieurs siècles. C'est l'Espagne des campagnes et des villages qu'il faut voir. Dans les grandes villes, la vie, les mœurs, les costumes deviennent de jour en jour plus semblables à ceux des autres villes d'Europe. Mais dans la campagne tout s'est attardé dans les anciens usages; là seulement on peut contempler une humanité pittoresque qui donne l'idée de l'Espagne de jadis.

Nous voilà dans la région désolée qui entoure Cordoue: de la terre, de la terre rouge à perte de vue et une chaleur sèche de four à chaux. Aussi loin que l'œil peut voir sur le pays ondulé, on n'aperçoit plus un seul arbre.

Fernan Nunes, curieux village de petites maisons blanches qui se sont rangées des deux côtés de la route comme pour nous regarder passer avec les yeux de leurs étroites fenêtres grillées.

D'ici à Cordoue la route est très mauvaise et d'une allure jusque-là inconnue: des cailloux épars sur le sol dur, jetés çà et là comme exprès, fuyant sous les roues, s'échappant comme des balles, frappant sur la tôlerie avec des détonations de pistolet. A mesure qu'on avance ils se font plus nombreux et plus pressés, bientôt c'est une couche épaisse comme un empierrage tout frais, mais ici permanent. Les pneus sont à rude épreuve, les arêtes vives des pierres les incisent, les déchiquettent, on sent avec douleur qu'ils s'en vont par petits morceaux. Lorsqu'en France nous avons à traverser un de ces lits de cailloux frais que les ingénieurs mettent si gracieusement à notre disposition sur toute la largeur du chemin, il n'est pas d'injures que nous ne proférions ni de plaintes que nous n'exhalions; ici il faut ainsi rouler des kilomètres et des kilomètres et toute plainte serait superflue.

Après l'ascension d'une dernière colline de terre, la route plonge dans une vaste plaine. Au loin un mince fil d'argent: le Guadalquivir, une large tache blanche tout au bord: Cordoue[ [20].

On arrive au bord du fleuve juste en face de la vieille métropole religieuse des Maures, de la ville sainte qui essaya de supplanter La Mecque et qu'Allah punit si cruellement en l'abandonnant aux mains des ghiaours catholiques. On traverse le Guadalquivir sur un pont défendu par une ancienne porte fortifiée, la Calahorra. Ce pont fut construit par les Arabes, c'est un ouvrage monumental de plus de 200 mètres de long, de seize arches, assis sur des fondements romains. Cordoue fut, en effet, une ville romaine importante, capitale de la province d'Espagne Ultérieure; elle donna le jour au poète Lucain et aux deux Sénèques.

Mais je m'aperçois que je m'arrête bien longtemps sur le pont du Guadalquivir. Notre auto y fit aussi une station prolongée malgré la chaleur accablante de midi. C'est que du milieu du fleuve on jouit de la plus belle vue panoramique de la ville.

De l'autre côté du Guadalquivir, Cordoue s'aligne le long de la rive. Au premier plan l'immense mosquée, surmontée du clocher et du dôme de la cathédrale, additions catholiques; à côté d'elle, et à sa gauche, la porte de la ville. Puerta del Puente, porte du Pont: deux colonnes doriques élevées au seizième siècle sur l'emplacement de l'ancienne porte arabe (la Bib Alcantara), juste en face du pont. A droite et à gauche les maisons arabes qui suivent les rivages et montent insensiblement la pente douce sur laquelle s'étage la ville.

A gauche, dans le lit du fleuve, plusieurs moulins arabes sont encore assez bien conservés.

Vue ainsi, Cordoue est entièrement arabe; rien ne rappelle en elle notre civilisation. Ses maisons étroitement enchevêtrées ne laissent percevoir aucune rue, aucune artère de quelque largeur. Cordoue est restée figée dans sa forme d'il y a mille ans, Cordoue ne possède que d'étroites ruelles; autour de la ville seulement on peut trouver des promenades et quelques boulevards. Connaissant ce détail, nous ne nous sommes pas risqués à introduire notre longue voiture dans le labyrinthe des ruelles; laissant la porte du Pont aux piétons et aux burros, nous remontons la rive du fleuve le long des murs de la mosquée et en contournant la ville nous finissons par découvrir une rue un peu plus large que les autres qui nous amène devant l'hôtel Suisse, signalé partout comme le meilleur de Cordoue.

C'est aujourd'hui que nous avons constaté la température la plus élevée jusqu'ici. Pour une fois que nous avons fait exception à la règle que nous nous étions fixée de ne pas voyager au milieu de la journée, nous avons bien réussi! Nous sommes arrivés à l'hôtel à midi, bouillants de chaleur, ruisselants d'eau et n'aspirant qu'à remplacer par de frais liquides les pertes éprouvées par notre évaporation prolongée. Notre couvert est mis dans un patio bien aéré, le menu est fort convenable, mais pas de glace! Pourquoi? L'hôte, la bouche en cœur, nous répond que la glace qui se consomme à Cordoue est amenée une fois par jour de Séville par le train; or, aujourd'hui, le train n'est pas arrivé, Cordoue n'aura pas de glace; c'est abasourdissant! Voilà une ville de 50 000 mille âmes qui possède la température sénégalienne que l'on sait, elle n'a même pas une machine à glace, elle fait venir sa glace de Séville, c'est-à-dire de 150 kilomètres, et si le train reste en panne,—ce qui arrive en Espagne,—ou si le glacier de Séville manque le départ, tout le monde est obligé de boire chaud pendant vingt-quatre heures.

Cordoue est une ville morte au centre d'un pays défunt.

Jadis la campagne qui l'environne, la Campina, admirablement irriguée par les Maures, était fertile et verdoyante; c'est aujourd'hui un désert où l'on ne voit que quelques maigres champs de blé, pas un arbre, pas un brin de verdure et qui doit sa stérilité aux chrétiens comme Cordoue leur doit sa décadence, sa ruine.

Il y a mille ans, Cordoue était arabe. Ville sainte qui mérita le nom de La Mecque d'Occident, capitale de toute l'Espagne mauresque, métropole de l'érudition arabe où accouraient les étudiants de tous les points d'Europe, au centre d'un pays dont la fertilité était alors proverbiale, Cordoue devint en l'an 1000 la première ville d'Europe et la plus peuplée: 300 000 habitants.

En 1236 les catholiques reconquistadores mirent fin à sa brillante fortune. Plus fanatiques, plus maladroits surtout que les Arabes, les Castillans ne surent utiliser le précieux instrument qui venait de leur échoir. Les Maures avaient autrefois respecté la croyance des chrétiens vaincus; les chrétiens vainqueurs ne surent tolérer l'islam, et l'Inquisition eut bientôt fait de purger la ville et la campagne de ceux qui avaient apporté la richesse, de ceux qui l'emportèrent avec eux.

Après le départ des Arabes, Cordoue meurt subitement,... cadavre elle est encore aujourd'hui. Elle a actuellement environ 50 000 habitants qui se perdent dans son grand squelette comme un corps trop maigre en un trop vaste habit.

Jamais je n'ai été frappé aussi vivement qu'ici par les propriétés conservatrices du climat espagnol. La Cordoue d'à présent est exactement celle d'il y a mille ans, ses maisons sont celles qui furent construites par les Maures, ses rues étroites et tortueuses sont les mêmes que parcouraient les Arabes au temps des califes. Les Arabes d'autrefois, s'ils sortaient de leur tombe après dix siècles, reconnaîtraient leur ville, rentreraient dans leurs maisons, comme s'ils en étaient sortis d'hier seulement.

Et pourquoi Cordoue se serait-elle modifiée? Il n'y a que deux causes de transformation pour les villes: l'humidité destructrice et la pioche des démolisseurs. Ici l'humidité n'existe pas: les maisons peuvent se conserver intactes indéfiniment. Pourquoi démolir si l'on n'a pas à reconstruire? Les nouveaux quartiers sont le propre des villes qui se développent; ici, au contraire, il y a déjà trop de maisons pour le nombre des habitants, point n'est besoin d'en construire de nouvelles.

Cordoue offre un bien triste spectacle: on n'y voit guère que des maisons inhabitées et des mendiants. C'est à croire que tous ses habitants mendient; ils nous suivaient en troupe compacte, tendant la main; à chaque carrefour nous étions assaillis par de nouvelles supplications, souvent nous devions écarter des bras quémandeurs qui nous barraient littéralement le chemin. J'ai vu des gens très proprement vêtus me demander cinco centimos.

Mais Cordoue a sa mosquée, qui vaut toute une ville.

L'exquise fleur de l'art arabe, bien que détériorée par le champignon chrétien poussé en son milieu, n'en est pas moins encore une des merveilles du monde.

La grande mosquée de Cordoue est l'expression de la civilisation arabe, vigoureuse et croyante, comme l'Alhambra de Grenade est le résultat de cette même civilisation, devenue raffinée et sceptique.

C'est un asile, vaste comme la religion de Mahomet, où la demi-obscurité et la fraîcheur invitent au repos et à la prière. Une forêt infinie de gracieuses colonnes continuant la forêt d'orangers et de palmiers du délicieux patio qui la précède. C'est l'épanouissement de l'art arabe dans toute son uniforme beauté. C'est une heureuse union de la légèreté, du goût et de la grâce avec l'immensité. C'est la compréhension si nette qu'avaient les Arabes de tout ce qui touche à l'embellissement de la vie.

L'édifice est bâti, paraît-il, d'après la même idée que celle qui présida à la construction des mosquées égyptiennes. C'est la simplicité même, des rangs de colonnes également distantes, symétriquement disposées, suivant la longueur comme dans le sens de la largeur. Ces colonnes, réunies entre elles par des arcs arabes allant régulièrement de l'une à l'autre, supportent un plafond uniforme: plat et en bois précieux richement incrusté à l'origine, remplacé par d'horribles voûtes depuis la domination castillane. On conçoit qu'un pareil monument n'a pas de limites, qu'il peut être incessamment agrandi. C'est ce qui eut lieu pour la grande mosquée de Cordoue; elle fut construite en plusieurs fois par les califes omyades, sans que les parties ajoutées successivement altèrent en rien l'harmonie générale.

Il y a là des colonnes de tous les styles et de toutes les formes. Il y en a de tous les matériaux: porphyre, marbres de diverses nuances, jaspe, granit, vert antique. Cette diversité, loin de nuire, ajoute encore au charme qui se dégage de la forêt de pierres.

Les deux mibrabs qui subsistent sont deux purs chefs-d'œuvre. Le dernier en date représente l'arc arabe parfait, il est orné de mosaïques inappréciables. L'autre est une fine dentelle dont les sculptures sur stuc rappellent assez certains ornements de l'Alhambra.

On met à jour, en ce moment, des chapelles latérales dont les fines ciselures, jusque-là cachées sous un déplorable plâtras, semblent tenir plus du tissu que de la pierre, tellement elles sont légères, aériennes... on dirait qu'en soufflant dessus on va les voir osciller.

Soit qu'on s'attarde aux détails, soit qu'on se plaise à contempler la perspective unique au monde de toutes les colonnes allant se perdre dans l'obscurité mystérieuse des profondeurs, on ne peut s'arracher au charme qui vous étreint dans cet ancien temple de l'islam.

Je crois qu'on y resterait des journées entières si l'on n'en était chassé par la horde sale et puante des mendiants et des sacristains qui en ont fait leur tanière.

Malgré l'enthousiasme qu'on ressent à voir cette chose admirable, l'impression qu'il me semble que tout le monde éprouverait, comme je l'ai éprouvée, est un vague sentiment de tristesse. Et qui ne serait attristé au spectacle du vandalisme qui a fait trouer les plafonds, détruire les arcs gracieux, abattre les fines colonnades du milieu de la mosquée pour y encastrer une cathédrale colossale et de mauvais goût? D'un mauvais goût plus frappant encore par la lourde richesse dont l'église est ornée et la simple beauté de ce qui reste de la mosquée.

Beaucoup de gens ont crié à la profanation en voyant à Grenade le palais de Charles-Quint élevé sur la colline de l'Alhambra à la place d'une partie du palais des rois Maures. Je ne partage pas absolument leur avis, d'abord parce que le palais de l'Empereur est de l'art le plus pur, ensuite parce qu'il n'a eu le tort de détruire qu'une faible partie des bâtiments mauresques dont la disparition n'a nullement nui à la beauté de ceux qui restent.

Mais à Cordoue, c'est bien une véritable profanation qui eut lieu, un acte de pure barbarie qui a fait détruire à jamais l'harmonie du chef-d'œuvre d'une civilisation qui n'est plus. Et ce même Charles-Quint, auquel l'autorisation de construire la cathédrale au milieu de la mosquée avait été surprise, contemplant un jour l'irréparable, dit ceci aux chanoines atterrés: «Si j'avais su ce que vous vouliez faire, vous ne l'auriez pas fait, car ce que vous construisez là se trouve partout et ce que vous aviez auparavant n'existe nulle part dans le monde.»