V

Paris, 25 janvier 1858.

Mon cher Panizzi,

Je voulais vous écrire il y a longtemps, mais j'ai eu tant de tribulations que le courage m'a manqué. C'est vous qui êtes la cause de tous mes tourments, en faisant votre diable de bibliothèque qui empêche M. Fould de dormir. Il veut en avoir une aussi, et je m'écrie comme Mercutio: A plague on both your houses!

Depuis quelques jours, je préside la commission chargée de porter la lumière dans cette noire caverne. Nous avons envie de bien: faire; mais, pour bien faire, il nous, faudrait, avoir des hommes et de l'argent. Je ne sais où les trouver. Vous devriez bien venir nous organiser notre affaire, et vous guérir de tous vos rhumes en mangeant ici de la soupe grasse et du macaroni.

Mille remercîments et excuses de toute la peine que vous avez prise pour apprendre à Cousin la couleur des yeux et des cheveux de sa bien-aimée. Il attendra que le présent lord Spencer puisse écouter ses voeux, et un amour comme le sien n'est pas si pressé qu'il ne puisse vivre encore cinq ou six mois sans nouvel aliment.

Adieu, mon cher ami. On m'a joué hier le tour de me nommer rapporteur de la commission de la Bibliothèque. Si vous ne venez pas à Paris cet hiver, il faudra que j'aille vous relancer à Londres et vous embêter d'une série de queries aussi longue que l'échelle de Jacob. Entre nous, mon métier est des plus désagréables. J'ai à tourmenter des confrères et des maîtres, et, ce qu'il y a de pis, à leur dire de temps en temps qu'ils me font des contes à dormir debout. Que résultera-il de tout cela? Je n'en sais trop rien en ce qui concerne la Bibliothèque; mais, en ce qui me concerne personnellement, le plus sûr est un embêtement immense.