VII

Paris, 16 mai 1858.

Mon cher Panizzi,

J'ai vu le maréchal Vaillant, président de la commission de la correspondance de Napoléon, et je lui ai montré la note de mistress Tennant. Il m'a dit que l'empereur déclarait les lettres apocryphes; mais, comme je lui en avais déjà dit le prix, j'ai lieu de soupçonner que c'est ce prix de huit mille francs qui lui fait trouver les raisins trop verts.

Je vais, la semaine prochaine, à Fontainebleau pour huit jours. J'aurai sans doute occasion de causer avec l'empereur lui-même, et de lui dire mon opinion sur l'authenticité. Le malheur, c'est que l'exagération du prix rend l'affaire très difficile à conclure. On m'a dit ici que les autographes de Napoléon Ier ne se vendaient pas plus de cent ou cent cinquante francs; il est vrai qu'on en trouve rarement d'aussi vifs de passion et de style que ceux de mistress Tennant. Si vous la voyez, et elle est bonne à voir, vous pourrez lui-dire qu'on est prévenu contre ses lettres, mais que cette prévention sera détruite par moi; alors restera le prix, qui, si elle y persiste, rendra la négociation inutile.

La nomination de Picard n'a pas fait beaucoup d'effet. Nous sommes habitués à voir nommer à Paris, des députés exagérés. Cependant, c'est un mauvais symptôme. Le nouveau ministre de l'intérieur est peu adroit, et paraît connaître assez mal les hommes et les choses.

Adieu, mon cher ami; je suis plus triste que je n'étais autrefois de déjeuner et de dîner seul.