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Venise, 11 août 1858.
Mon cher Panizzi,
Je suis ici depuis quelques jours, assez bien installé, ayant vue sur le Grand Canal; nourriture satisfaisante et bon appartement. Je vous donne ces détails parce que M. Brown dit que vous allez arriver ici, avec votre amie, qui ne jure que par l'immacolata. Je suis ici avec deux dames anglaises [2] (d'un âge respectable), anciennes amies de ma mère et de moi, faisant très bon ménage.
[Note 2: ][ (retour) ] Miss Lagden et mistress Ewers, par qui Mérimée a été, jusqu'à son dernier jour, entouré d'attentions délicates et de soins dévoués.
De toute façon, je vois que nous avons fait ce qu'on appelle de la bouillie pour les chats: Le ministre s'est moqué de nous. On ne m'y rattrappera plus. Je crois que Taschereau sera le directeur; mais il ne faut répondre de rien avec des gens qui tournent à tout vent. Une seule bonne chose sera faite, c'est qu'on ne poussera pas plus loin la facétie du catalogue imprimé, et que les employés de la Bibliothèque ont une augmentation de traitement. Ils ne me mangeront pas à mon retour.
Hier, nous avons eu une sérénade très belle. Nous avons badaudé et passé sous le Rialto au milieu de la bagarre. On devient aussi bête que les natifs à ces fonctions, et j'aurais préféré voir ma gondole en pièces plutôt que de reculer d'un pied.
Il me semble que le discours de l'empereur est très bon. J'espère qu'il sera bien pris en Angleterre. Ici, il fait bon effet auprès des autorités, qui ont un peu peur de Sa Majesté.
Adieu, mon cher Panizzi; à bientôt! M. Brown a été on ne peut plus aimable pour moi. C'est un Vénitien complet.