XCVII
Paris, 18 avril 1862.
Mon cher Panizzi,
Que vous dirai-je de la politique? L'anarchie est toujours en nos conseils. On a cru un instant qu'on allait changer quelques ministres, puis rien ne s'est fait. Il est évident pourtant que les choses ne peuvent pas demeurer longtemps in statu quo, et il faudra bien que la balance penche d'un côté ou de l'autre.
Lord Palmerston n'a pas fait avancer la question de l'évacuation par son discours de l'autre jour. Était-ce de sa part étourderie naturelle à un jeune ministre comme lui; mauvais vouloir pour nous, ou désir de popularité? je n'en sais rien; mais je regarde son discours comme un embarras de plus dans une affaire où il y en a déjà tant.
Il paraît que Ratazzi offre maintenant de garantir au pape la possession des États qu'il conserve à présent, et qu'il prendrait l'engagement de les faire respecter. Mais comment empêcher les Italiens de Rome de mettre à la porte le saint-père s'il n'y a plus qu'eux pour le garder? Le voyage de Garibaldi, et surtout ce qu'il a dit au sujet de Mazzini, a fait ici un très mauvais effet. C'est un personnage dans le genre de la Fayette, que ses bonnes qualités, mêlées à la faiblesse de son caractère, rendaient très dangereux. On me dit que ces ovations qu'il reçoit partout ne prouvent pas qu'il ait une grande influence; qu'on honore en lui son dévouement et son désintéressement sans adopter sa politique. Cela est possible; mais, ici, on s'effraye facilement de tout ce qui ressemble à de l'agitation révolutionnaire, et, par peur du rouge, on en est venu à proscrire le rose.
On ne sait rien encore sur ce qui se fera pour l'ambassade de Rome. La Valette paraît bien décidé à n'y pas retourner s'il doit y retrouver Goyon. Les paris sont ouverts pour l'un et pour l'autre. Ce qui me paraît le plus probable, c'est qu'on enverra à Rome quelque général qui réunira les fonctions diplomatiques et le commandement militaire. Encore une cote mal taillée!
Adieu, mon cher Panizzi. J'espère que votre rhume vous aura quitté.