XL
Paris, 1er juillet 1860.
Mon cher Panizzi,
Les Bourbons finissent bien mal. Ils tombent dans la crotte. Celui de Naples se convertit si tard, que je le considère comme plus qu'à moitié dégommé. C'est un grand danger pour l'Italie que cette révolution trop rapide. «C'est bien coupé, comme disait Catherine de Médicis, il faut coudre.» Voilà le grand point.
J'ai une peur horrible que la révolution ne vienne frapper un de ces matins à la porte de Rome. Tant qu'elle sera dans la banlieue seulement, nos gens ne se mêleront de rien; mais je crains bien qu'on ne nous mette dans la triste nécessité de défendre le pape. Cette vieille idole est encore puissante ici, et je vois autour de moi de vieux généraux qui, sous Napoléon Ier, ont violé des abbesses, lesquels maintenant vont à confesse et envoient de l'argent au père des fidèles. J'ai toujours eu médiocre opinion de l'espèce humaine, mais je l'ai trouvée presque toujours un peu plus bête que je ne me l'étais figurée.
Lamoricière a fait, dit-on, des dettes énormes, c'est-à-dire qu'il a acheté des souliers, des fusils, des gibernes, sous prétexte que ces objets sont utiles aux soldats. L'argent manque. Antonelli l'accuse de ruiner le pape. Lamoricière dit que Antonelli est un voleur. Le pape se lamente et attend que l'Immacolata vienne en personne mettre à la raison ces gueux de libéraux. Il n'y a de plus canaille, après le roi de Naples, que Montemolin, dont la rétractation est, à ce qu'il paraît, bien authentique. C'est un argument bien fort pour le croisement des races et le danger des alliances entre cousins. Nos légitimistes sont horriblement consternés.
Vous aurez pu voir qu'on m'a renommé président d'une commission pour les échanges des livres de bibliothèque. Grâce à la férocité que j'ai mise à arrêter les orateurs éloquents, nous avons assez promptement terminé la besogne, et je suis occupé à mettre au net les conclusions de la commission.
Adieu, mon cher Panizzi. Je voudrais bien causer avec vous de toutes ces choses et de bien d'autres encore.