XXXIX

Fontainebleau, 15 juin 1860.

Mon cher Panizzi,

Je suis, depuis une dizaine de jours, en fêtes et en festins, et, entre les promenades, dans la forêt et les navigations sur l'étang, on ne trouve pas trop le temps d'écrire à ses amis. Je rentre dans mon trou au commencement de la semaine prochaine, jusqu'à ce qu'il plaise au Sénat de clore sa session. J'espère bien qu'il me laissera encore le moyen de passer quelques jours avec vous au British Museum.

L'expédition de Garibaldi est une des plus drôles d'histoires que j'aie jamais vues. Vingt mille hommes capitulant devant une poignée d'aventuriers mal armés, c'est quelque chose d'étonnant, même quand ces vingt mille hommes sont des Napolitains.

Il est venu ici, il y a quelques jours, deux envoyés du roi de Naples pour parler au maître de la maison. Je ne sais quelle a été sa réponse, car leur demande se devine; mais on ne leur a pas donné à déjeuner et ils sont repartis après leur audience, pas trop contents, comme il semblait. Je ne doute pas que l'éruption de l'Etna ne se fasse bientôt sentir en terre ferme. Tout cela serait fort amusant si nous étions partis de Rome; et, si Garibaldi avait différé quinze jours, nous serions partis, probablement sans esprit de retour. Nous sommes à Rome un peu comme l'oiseau sur la branche, et je sais de bonne source que les marchés pour le corps d'armée ne se font que pour huit jours, ce qui indique la possibilité d'un départ immédiat.

Sa Majesté nous a quittés hier pour aller à Bade. Elle n'y devait voir d'abord que le régent de Prusse, mais le roi de Hanovre est survenu; d'autres princes, plus ou moins petits viennent également sans être appelés, et, à ce que je crois, dans l'idée de pénétrer ce qu'ils supposent devoir s'arranger entre les deux principaux personnages. Les gobe-mouches ne manquent pas d'annoncer qu'il s'agit d'un accord entre la Prusse et la France, pour une nouvelle délimitation de frontières. Je n'en crois rien, et je parierais qu'il ne résultera de l'entrevue que des promesses rassurantes de paix et de tranquillité.

Adieu, mon cher Panizzi; portez-vous bien et donnez-moi de vos nouvelles.