XLVI

Paris, 16 octobre, au soir, 1860.

Mon cher Panizzi,

Je viens vous demander pardon d'une bêtise de mon domestique, que j'avais chargé d'affranchir un gros paquet que je vous envoyais ce matin. J'apprends ce soir qu'il y a mis un timbre de quarante centimes, évidemment insuffisant. Si, comme il est probable, on refuse chez vous les lettres non affranchies, mon paquet ira à tous les diables, et ce serait dommage; car, outre un billet de moi, il y avait quatre pages de M. Fould en réponse à la lettre que Sa Majesté a vue. N'oubliez pas de la faire réclamer et excusez la maladresse de mon imbécile.

Savez-vous que je commence à croire un peu à notre voyage à Rome? Monseigneur Sacconi, le nonce, part demain. Il a fait mettre dans le Moniteur, et il a dit à tout le monde, en prenant congé, qu'il reviendrait sous peu de semaines, ce qui me fait croire qu'il ne reviendra pas. Ce départ, l'apparition de la sainte Vierge et le désir bien unanime de tous les dévots que le pape quitte Rome, me fait espérer que nous nous reverrons au Vatican, chacun à la tête d'une troupe de scribes juifs ou mahométans.

Adieu, mon cher Panizzi; je suis désolé de l'accident arrivé à cette lettre, mais j'espère qu'elle ne sera pas perdue.