CLIII
Cannes, 23 mars 1869.
Mon cher Panizzi,
Je ne vois pas l'avenir si en noir que vous. Il y a plus, je ne crois pas à la guerre, parce qu'elle ne me paraît pas possible. Aujourd'hui, il faut tant d'argent pour se battre, qu'à moins d'avoir un trésor comme le roi de Prusse avant Sadowa, ou des chambres excessivement complaisantes, rara avis in terris, il n'y a pas moyen de tirer un coup de canon. Enfin la haine et la peur de la guerre est si grande aujourd'hui, que le provocateur serait sûr de soulever le monde contre lui.
Je vois avec plaisir que Victor-Emmanuel et François-Joseph se font des politesses. La grande affaire, dans ce temps-ci, est de mettre ses finances en bon ordre, et, du moment qu'on s'est posé comme un homme pacifique, on appelle les capitaux.
L'empereur a eu la grippe, mais il est tout à fait remis. L'impératrice a eu des oreillons. Elle est bien à présent. Elle m'a écrit une très aimable lettre à l'occasion de ma maladie. Elle me propose de traduire et de publier la correspondance du duc d'Albe avec Philippe II, en me donnant les pièces que possède son beau-frère. Il y en a de curieuses.
Adieu, mon cher Panizzi. Je suis chargé de compliments pour vous par la comtesse de Montijo et par Ragell, qui nous donna un bon déjeuner à Bagnères-de-Bigorre, lequel m'écrit pour me féliciter d'être encore de ce côté de l'Achéron.