CLV
Cannes, 22 avril 1869.
Mon cher Panizzi,
J'ai eu hier la visite du prince Napoléon, qui m'a paru fort maigri, mais parfaitement remis. Nous n'avons guère parlé politique, comme vous pouvez penser ; mais il a dit quelques mots qui m'ont plu et qui semblent indiquer qu'il s'amende. Il va avec son yacht croiser dans l'Adriatique. Je vois dans mon journal, mais credat Judæus Apella, que la princesse Clotilde va le rejoindre à Venise.
Pourriez-vous me faire envoyer à Paris les deux volumes de Bergenroth, cet Allemand qui est mort en Espagne dans les bras de sa concubine, abandonné de tous les Anglais craignant Dieu, après avoir justifié la reine Jeanne, mal à propos nommée la Folle. Je crois qu'il m'en coûtera quelque chose comme deux guinées, à moins que votre magnanimité n'attendrisse les entrailles de votre libraire.
Adieu, mon cher Panizzi ; soignez-vous et prenez le monde comme il est.