CLXIX
Cannes, 7 novembre 1869.
Mon cher don Antonio,
J'ai refusé de dîner ce soir avec la princesse royale de Prusse, à qui j'avais envoyé un bouquet ce matin. Cela vous fera voir que je suis réellement malade. Si j'étais en état d'aller de château en château, mangeant des grouse et des faisans, je n'essayerais pas d'apitoyer les gens sur mon sort, sous prétexte que j'ai des rhumatismes à la main droite. Le fond de la question est que je souffre aussitôt que j'ai mangé et que je ne vaux plus les quatre fers d'un chien.
J'ai déjeuné il y a trois jours chez Maure avec Thiers. Il est très changé, très vieilli, mais il commence à revenir au bercail. Il n'y aura bientôt plus que deux partis : celui de ceux qui ont des culottes et prétendent les garder, et celui de ceux qui n'ont pas de culottes et veulent prendre celles des autres. Je crois comme vous à une rencontre entre le chassepot et les socialistes. Toute la question est de savoir si le chassepot sera en état. Vous savez que cet instrument, dépourvu de ses appendices, cartouches, aiguille, etc., est fort inférieur à un bâton. On est poltron des deux côtés. Mon impression est que les bêtises des rouges ont commencé à effrayer les bourgeois. Si dans ce moment il y avait une émeute, ils (les bourgeois) aideraient au chassepot.
Adieu, mon cher Panizzi ; ces dames me chargent de tous leurs compliments.