CLXXV
Cannes, 27 février 1870.
Mon cher Sir Anthony,
Ce qui se passe à Paris n'est pas de nature à réjouir quelqu'un qui souffre des nerfs. Quel triste spectacle donne le Corps législatif en ce moment! Personne pour faire les affaires, tout le monde voulant parler, le ministère sans idée politique, la Chambre sans expérience, la majorité divisée, voilà le bilan de la situation.
Dans ce diable de pays, on a toujours la prétention d'afficher de grands principes, d'en faire beaucoup de bruit, sans trop s'inquiéter de la façon dont on les met en pratique. Un des ministres, homme de bon sens, M. Chevandier de Valdrôme, dit que le cabinet ne veut pas influencer les élections, qu'il se réserve seulement de faire connaître aux électeurs ceux qu'il regarde comme ses amis, ceux qu'il sait être ses ennemis. Cela est pratique et se fait aussi bien en Angleterre qu'en Amérique. Mais, à nous, il nous faut de grandes théories. M. Ollivier vient démentir son collègue et déclare qu'il ne se mêlera absolument en rien des élections. De là division de la majorité et augmentation des prétentions de la gauche. Où cela s'arrêtera-t-il?
Vous rappelez-vous le médecin *** qui demeurait à l'hôtel Chauvain et qui me donna une consultation chez vous, l'année dernière? Il m'avait donné des pilules, qui me faisaient grand bien. Ma provision étant épuisée, j'ai voulu en avoir d'autres et me suis adressé au pharmacien. Celui-ci demande une ordonnance de ***, qui ne veut pas m'en donner. Je ne sais ce qu'il a contre moi. Il n'avait pas voulu d'argent ; peut-être voulait-il un cadeau, alors pourquoi ne pas le dire? Depuis M. Purgon, je n'ai pas vu de médecin plus ridicule.
Adieu, mon cher ami ; soignez-vous et portez-vous bien, si vous pouvez.