CXLVII
Fontainebleau, 2 août 1868.
Mon cher Panizzi,
Je suis trop discret pour vous demander des explications au sujet de cette veuve, aussi secourable que celle de Jéricho, qui vous a procuré un lit ou la moitié du sien. Je ne vois pas ce qu'il y a de si redoutable dans la perspective d'un mois à Wiesbaden, en compagnie de cette vedova innominata et d'autres personnes de bonnes vies et mœurs, sous la protection de Sa Majesté le roi de Prusse, avec de l'eau de seltz naturelle tant que vous en voulez. Il se peut que vous vous trouviez très bien de ce séjour et je suis sûr que le changement d'air seul vous sera avantageux.
Quel singulier voyage que celui de la reine d'Angleterre. Il semble que d'abord elle voulut passer par Paris absolument incognito, et ce n'est qu'après les représentations qui lui ont été faites, qu'elle a consenti à s'arrêter une heure ou deux. On dit qu'elle va s'établir à Lucerne, qu'elle se propose de n'y voir personne, de ne sortir guère, et que cette vie durera un mois. Je plains lord Stanley, qui est l'éditeur responsable.
Il n'y a rien de plus dégoûtant que le débordement de petits journaux, que la nouvelle loi sur la presse a créés. Ce qu'il y a de plus triste, c'est qu'ils sont entièrement dépourvus d'esprit. Je crois qu'on n'a jamais été plus bête ni plus grossier. Nous marchons rapidement aux mœurs américaines.
Il y a eu un peu de tapage à Nîmes à l'occasion d'une réunion électorale. Ce qu'il y a de singulier, c'est que la nouvelle loi, publiée il y a trois semaines, et que tout le monde devrait avoir lue, paraît avoir été complètement ignorée par les tapageurs. On les a mis à la porte très rapidement ; mais c'est, à mon avis, un mauvais commencement.
Adieu, mon cher Panizzi ; soignez-vous et guérissez-vous.