CXXIX
Paris, 21 août 1867.
Mon cher Panizzi,
Je suis pour ma part tantôt bien, tantôt mal, mais n'ayant jamais de sécurité. On m'a conseillé des capsules d'essence de térébenthine. Elles me réussissent assez bien. Pourvu que cela dure! C'est ce que disait Arlequin, à la hauteur d'un troisième étage, en tombant d'un cinquième.
Si j'en crois les cancans et les journaux, l'entrevue de Saltzbourg tournerait à la pastorale. Les malins ont peur de la dernière lettre adressée au ministre de l'intérieur au sujet des chemins vicinaux. Ils disent qu'on veut donner le change et faire croire à la paix. On voit tout dans tout, avec un peu de bonne volonté.
Il y avait, dans la Revue des Deux Mondes du 1er août, un assez bon article sur l'état de l'Allemagne qu'on attribue au comte de Paris. L'avez-vous lu? Il conclut plutôt à la paix. S'il est réellement de lui, il est plus fort qu'aucun de ses oncles ; mais cela ne m'empêche pas de trouver qu'un prince a mieux à faire qu'à publier des articles pour le plus grand divertissement des oisifs. Je crois que si, au Ier siècle, l'imprimerie eût été découverte, le diable aurait eu plus beau jeu à tenter Notre-Seigneur.
J'ai dîné hier chez la comtesse de Montijo, que j'ai trouvée assez bien portante. Elle m'a demandé de vos nouvelles. Elle n'en avait pas de sa fille, autrement que par les journaux. Il m'a semblé qu'elle était assez inquiète des mouvements qui ont lieu en Catalogne. Ce n'est pas encore grand'chose, mais dans une maison d'amadou une étincelle peut faire de grands ravages.
Adieu, mon cher Panizzi. Que dites-vous de l'incendie du Saint-Pierre Martyr à Venise? Il me semble que, dans toute l'Europe, on devrait retirer des églises les tableaux de maîtres. Il n'y a pas de pires conservateurs que les prêtres, et cependant ils veulent tout avoir.