CXXVIII
Paris, 7 août 1867.
Mon cher Panizzi,
Le prince impérial est revenu de Luchon en très bonne santé, sans la moindre trace de sa maladie. Madame de Montijo a été un peu souffrante ces jours passés. Elle va mieux à présent.
Avez-vous lu la lettre de mon confrère l'évêque d'Orléans sur les affaires de Rome et d'Italie?
Il annonce toute sorte de catastrophes. M. de Sartiges, notre ambassadeur à Rome, qui vient d'arriver ici (je ne sais trop pourquoi), dit que le pape ne s'est jamais si bien porté. Je pense qu'il dépassera les annos Petri. Est-il vrai que Nigra ne reviendra pas à Paris? J'en serais fâché pour ma part, et je crois qu'on aurait tort de le changer.
Je suis de votre avis au sujet de l'article de la Revue signé Collin. Il est inférieur au premier, mais cependant toujours très remarquable. Si ce qu'il dit est vrai, cela ne promet pas poires molles pour l'avenir. Ce qui m'étonne, c'est que le gouvernement britannique, si prudent d'ordinaire, prenne, pour faire une concession aux radicaux, le moment où ils sont le plus menaçants. On ne cède jamais aux menaces que l'on ne se repente bientôt de n'avoir pas risqué la bataille. Le pis, c'est que cela ne dispense pas de la livrer, et, quand on s'y résout à la fin, on la perd. Ce diable de système américain nous envahit tous les jours. Je crois, mon cher Panizzi, que nous sommes nés trop tard. Le bon temps est passé et nous aurons des couleuvres à avaler.
Je n'aime pas ce voyage de Saltzbourg, qui est malheureusement décidé. Je cherche en vain le bon côté et je ne vois que les inconvénients qui me semblent des plus gros. On commence à dire qu'au retour ils ramèneront à Paris François-Joseph et l'impératrice. On les dit très médiocres l'un et l'autre, détestant au fond du cœur M. de Beust et prêts à le planter là à la première occasion.
Les Grote ont passé par ici, à ce que j'ai appris, mais je suis tout à fait ruiné dans leur esprit, depuis que j'ai écrit que Cousin avait dit sur Socrate ce que les professeurs allemands ont inventé longtemps après. Madame ne m'a pas pardonné non plus d'avoir estimé douze francs un Titien qu'elle a payé douze mille francs.
Adieu, mon cher Panizzi ; portez-vous le mieux que vous pourrez.