IV
Cannes, 13 février 1864.
Mon cher Panizzi,
Vos sentiments danois ont dû souffrir beaucoup de la prise du Danewirke. J'en suis très fâché pour ma part, et j'espérais que la chose ne se ferait pas si vite. C'est toujours très pénible de voir l'oppression du faible par le fort, et il est impossible de ne pas s'intéresser à un pauvre petit peuple assailli par ces deux brutes d'Allemands.
Il me semble que l'Angleterre, ou plutôt que lord Russell, a résolu le problème de se faire jeter la pierre par tout le monde. Ce n'est pas que je trouve qu'elle ait tort de ne pas se mêler d'une querelle qui ne l'intéresse que médiocrement, mais il ne faut pas injurier les gens avec qui on ne veut pas se battre. C'est ce qu'a fait lord Russell. Il y gagne de se faire répondre des énigmes fort insolentes par M. de Bismark et, proh pudor, de se faire donner des démentis par le ministre de Saxe. Ajoutez à cela que les Danois accusent l'Angleterre de les avoir trompés. Je me trompe fort ou bientôt un jour viendra où l'Angleterre sera obligée de faire des efforts considérables pour revendiquer son rang de puissance de premier ordre que lord Russell, par son mélange de faiblesse et d'insolence, lui a fait perdre.
Je n'entends plus parler du voyage de Thiers en Angleterre. Ce serait la plus grande sottise qu'il pût faire en ce moment que d'aller ou de paraître aller se raccommoder avec Claremont.
Il me semble que les choses ne vont pas mal en Italie, et les rouges ont reçu un échec dans les dernières élections qui doit leur prouver qu'on ne veut plus d'eux.
Adieu, mon cher Panizzi ; soignez-vous et observez fidèlement le carême.