LII
Paris, 16 juillet 1865.
Mon cher Panizzi,
Je partirai ou mardi ou mercredi. Je serai à Londres dans la soirée, vers onze heures. Demain, je vous écrirai, si je pars mardi, de façon que ma lettre vous arrive mardi matin. De toute manière comptez sur moi pour jeudi.
J'ai passé la soirée hier chez la comtesse de Montijo, qui va bien. Elle n'a déjà plus de bandeau noir et on lui permet de rester dans sa chambre et de causer. Il est impossible d'avoir plus de courage et de calme qu'elle n'en a montré.
Le prince impérial a été et est, je crains, encore un peu malade ; ce qui a mis l'empereur et l'impératrice dans toutes les inquiétudes et les a obligés d'ajourner leur voyage. Cela s'annonçait comme une fièvre muqueuse, mais on m'a dit que la fièvre est tombée et qu'il allait beaucoup mieux hier au soir. Je vais voir la comtesse de ce pas et je vous enverrai le bulletin en post-scriptum.
Le prince Napoléon est en Irlande, ou en route pour y aller, à bord d'un très beau navire de l'État. Cependant il prétend n'être plus prince, et a congédié toute sa maison. Il n'a pas perdu un centime de ses appointements personnels, et cette économie paraît un peu étrange. Il ne faut pas qu'un prince soit trop rangé, surtout quand il a des velléités d'ambition.
Adieu, mon cher Panizzi, je remets les bavardages à notre premier tête-à-tête, c'est-à-dire à bientôt.
P.-S. Les nouvelles ne sont pas mauvaises ce matin. Le prince n'a presque plus de fièvre et commence à demander à manger. Cependant je ne crois pas qu'on soit encore bien assuré qu'il est en convalescence. Je vous donnerai des nouvelles demain ; ne dites rien de la maladie cependant. La comtesse va toujours très bien.