LVII

Biarritz, 21 septembre 1865.

Mon cher Panizzi,

J'ai été mandé ici par le télégraphe, et j'ai eu tant de choses à faire avant de partir, que je n'ai pu vous écrire un mot avant de me mettre en route. J'ai voyagé avec M. de Persigny, qui va en Espagne.

Tout le monde se porte bien, excepté l'impératrice, qui souffre toujours un peu de la gorge. Je crains que l'air de la mer ne soit pas très bon pour elle. L'empereur et le prince impérial sont parfaitement bien. Le prince a grandi, sa figure s'est un peu allongée. Il est toujours aussi actif et aussi gentil que vous l'avez connu. Il m'a demandé de vos nouvelles, ainsi que Leurs Majestés, et cent cinquante pourquoi? à l'occasion de votre retraite. J'ai dit que vous étiez devenu philosophe et paresseux, mais que cela ne vous empêcherait pas de venir faire votre cour quand vous passeriez par la France.

Madame de Labedoyère et madame de Lourmel sont de service avec Varaignes, de Caux, etc. On attend la princesse Anna demain ou après.

Le temps, qui était magnifique au moment de mon arrivée, s'est brouillé cette nuit, et nous avons un peu de pluie aujourd'hui. Nous serions cuits, si elle n'était pas tombée. M. Fould est venu hier et occupe votre chambre.

Les *** sont dans la ville et m'ont aussi demandé des nouvelles de leur compagnon de voyage à la Rune. Leur fille se marie prochainement à un secrétaire de légation, de six pieds de haut. Le frère de la comtesse ***, à Madrid, allait se marier, et cette perspective, ou les reproches d'une ancienne maîtresse l'ont déterminé à se couper la gorge, après s'être confessé et avoir communié, précaution que vous eussiez peut-être négligée en semblable occasion.

Je pense qu'on est ici pour tout le reste du mois. Puis il y a des projets, Dieu sait lesquels. Peut-être d'aller en mer, les médecins disent qu'un voyage de quelques jours sur l'Océan pourrait faire du bien aux bronches malades. M. Fould a été guéri de cette manière, lorsqu'il était déjà abandonné par la Faculté comme poitrinaire. Pour moi, je pense être à Paris dans les premiers jours d'octobre.

Il paraît que le choléra est assez vif à Toulon, et peut-être ira-t-il jusqu'à Cannes et à Nice. Pour ma part, je n'en ai aucune peur, persuadé que je suis qu'on l'évite très facilement avec quelques précautions fort simples ; mais vous savez que j'ai charge d'âmes, et je ne sais trop ce que je dois faire. Pourtant, selon toute probabilité, la maladie, si tant est qu'elle vienne dans nos montagnes, aura dit son dernier mot en novembre, et nous y gagnerons peut-être d'avoir un peu moins de visiteurs. Jusqu'à présent, le choléra n'a pas dépassé Toulon. Après les chaleurs exceptionnelles d'août et de septembre, il n'est pas surprenant que beaucoup de gens aient attrapé la dyssenterie, qui, augmentée par l'imagination et la peur, devient du choléra.

Adieu, mon cher Panizzi. Dites-moi ce que veut dire paladansentum. Il n'y a pas ici de Forcellini. L'empereur dit manteau ; moi, je dis casaque, cuirasse, armure.