LXXXV

Paris, 10 juin 1866.

Mon cher Panizzi,

On attend toujours le premier coup de canon ; mais ces Allemands n'en finissent point. Je trouve que le plus grand danger est que le roi de Prusse n'entre dans une autre forme de folie, ou qu'il ne meure d'apoplexie, ou que Bismark ne meure. Dans n'importe lequel de ces trois cas, les Prussiens et les Autrichiens s'embrassent comme frères, et vous aurez à endurer seuls le poids de la guerre. On dit que la landwehr montre un si mauvais esprit, qu'il est douteux qu'elle veuille se battre. Quant à nous, nous n'en montrons guère plus d'envie ; mais il n'est pas impossible que plus tard nous ne changions d'idée. Ma conviction est toujours la même ; que l'empereur ne permettra jamais à l'Autriche de reprendre le Milanais. Je crois encore qu'il n'aime pas trop la façon dont vous faites la guerre, c'est-à-dire avec des volontaires en blouse rouge commandés par Garibaldi, qui feront beaucoup de politique et ne se battront pas comme des troupes de ligne. Garibaldi écrit à ses amis de Nice qu'il reviendra de Venise pour les réannexer à l'Italie. En un mot, le mouvement italien a beau être très national, il a quelque chose de peu rassurant pour ses voisins et particulièrement pour nous. C'est ce qui vous expliquera le peu de sympathie qu'on a ici pour les belligérants, quels qu'ils soient.

Adieu, mon cher Panizzi ; croyez que, n'importe où, je serai bien content de passer, cette année, quelques semaines avec vous.