XLV
Paris, 5 juin 1865.
Mon cher Panizzi,
Vous savez que ce n'est pas l'envie qui me manque pour aller vous voir ; mais je crains que notre session ne se prolonge un peu plus que je ne le prévoyais. J'ai de plus à courir le risque d'une invitation à Fontainebleau. Au sujet de ce dernier voyage, il n'y a rien encore de décidé.
Il paraît que l'empereur se trouve si bien de son voyage, qu'il n'est pas pressé de revenir. Il a poussé jusqu'au grand désert pour voir des antiquités romaines et se faire cirer les bottes par les barbes des Arabes. On ne l'attend pas à Paris avant le 14 de ce mois. Il y a des gens qui croient qu'à son retour, le prince Napoléon et lui s'embrasseront et que tout sera fini ou raccommodé. Le prince surtout, plus que personne, paraît le croire. Si cela arrivait, ce qui n'est pas impossible vu la débonnaireté de l'empereur, ce serait la plus déplorable politique, et rendrait la publication de la lettre encore plus regrettable. Pourtant je ne crois pas la chose possible en ce moment ; mais elle est malheureusement probable dans quelques mois.
Adieu, mon cher Panizzi. Soignez-vous et ne vous faites pas de mauvais sang.