XLVI
Paris, 7 juin 1865.
Mon cher Panizzi,
Si vous allez en Italie, arrêtez-vous en passant ici. Vous ferez votre apprentissage d'une mauvaise maison, chez moi, et nous vivrons en étudiants et boirons du porto doré. Vous ne ferez pas mal, venant à Paris, au commencement de juillet, de mettre dans votre malle une culotte, pour aller à Fontainebleau, où vous serez sûrement invité. Je serais homme, si vous voulez bien de ma compagnie, à vous suivre en Italie, surtout si vous vouliez passer par la Suisse ou l'Allemagne. Qu'en dites-vous?
Je suis allé avant-hier soir au bal, et j'ai causé un quart d'heure avec la régente, de rebus omnibus et quibusdam aliis ; je l'ai trouvée très résolue. Je souhaite que l'empereur ne le soit pas moins. Beaucoup de gens en doutent, et prédisent déjà la réconciliation des deux cousins. Si elle avait lieu, ce serait la plus déplorable chose du monde et la plus ridicule.
La circulaire de lord Russell au sujet des navires confédérés me paraît peu digne ; mais les Yankees sont décidément la première, la grande nation. Toutes les autres s'aplatissent. Lord Russell lançait des épigrammes à l'empereur de Russie, lors de la dernière insurrection de la Pologne. Il est plus poli avec les plus grossières gens du monde. Enfin!
Adieu, mon cher Panizzi. Madame de Montijo n'a rien décidé quant à son voyage, du moins officiellement. Elle m'a dit, à ma première observation, qu'elle y renonçait, mais qu'elle ne voulait pas le dire d'avance. En outre, après le retour de l'empereur, il est probable qu'elle ira à Fontainebleau pour quelque temps. Elle veut être à Carabanchel pour le mois d'août ; vous voyez qu'il lui faudrait faire diligence pour aller faire des visites à Londres et en Écosse.