L’ARCHITECTURE
La saison a été bonne pour l’architecture. On a découvert dans les provinces les moins connues toutes sortes de merveilles de pierre. Mais cela fait penser à tout ce qui fut détruit au cours des cent dernières années et dont il ne reste parfois qu’une médiocre gravure, dont il ne reste parfois rien qu’une ancienne description, moins encore, qu’une mention dédaigneuse. On a beaucoup détruit dans les campagnes, dans les villes de province. J’ai indiqué ici[1] quelques-uns des ravages subits par des villes comme Rouen, jadis si riche en pierres sculptées, si riche qu’il en reste encore beaucoup, le revirement du goût n’ayant pas laissé aux vandales le temps d’achever leur œuvre de nivellement. Mais à Paris, l’œuvre a été achevée. Je voudrais qu’on établît un album qui montrerait ce qu’était Paris, non pas dans les siècles lointains, mais seulement de 1820 à 1830, à la naissance du romantisme. Il serait gros, s’il devait être complet, mais qu’il serait triste ! Ce qu’on a démoli de merveilles sous Louis-Philippe et surtout sous Napoléon III est presque inimaginable et je n’ai pas la prétention d’en donner une idée en quelques lignes. A chaque pas, dans les quartiers un peu anciens, s’élevait une maison sculptée ; le boulevard Sébastopol et les nouvelles rues voisines ont arraché de vieux hôtels dont plus d’un rappelait celui de Jacques Cœur, à Bourges. On avait alors, dans les milieux officiels, si peu de considération pour ce qu’on appelait des antiquailles que presque personne ne se montra ému de tant de vandalisme. Comme telles grandes villes, anciennement riches, Paris, qui n’avait pas encore été remanié, était encore en 1830 un véritable musée de pierre. Ce qui en subsistait encore trente ans plus tard fut balayé par Haussmann. Mais il faudrait des images pour faire sentir ce que nous avons perdu. Ce serait à pleurer. Je pense à ceux qui n’ont pas pour la symétrie le respect moderne.
[1] Ces réflexions ont paru dans le journal La France, sous le titre Les Idées du jour.