LA PIPE
On a trouvé dans des tombeaux romains, celtiques, barbares des pipes en bronze, en fer, en terre et toutes semblables aux nôtres, à celles d’un sou. A quoi donc servaient-elles ? Mais à fumer probablement. Du tabac ? Peut-être. Le tabac est une plante indigène en Chine et les produits de la Chine ont de toute antiquité passé en Occident. De l’opium ? Peut-être encore. Les Romains connaissaient l’opium. Dans son poème de La Médecine, Marcellus Empiricus cite l’opium parmi soixante ou quatre-vingts produits aromatiques de l’Orient. Mais la pipe servait sûrement aux anciens à fumer différentes herbes, telles que la menthe, la sauge et, surtout la lavande. Sur une des pipes antiques trouvées à Valence, on a gravé une plante où l’on reconnaît la lavande, et précisément un poète de Valence a chanté au XIIIe siècle l’art de fumer la lavande, « laquelle chasse le sommeil et procure de l’énergie et de la vigueur, en purgeant l’humidité du cerveau ». Cette pipe à lavande, trouvée à Valence, semble taillée dans ce que nous appelons si singulièrement l’écume de mer. C’est M. Pitollet qui a rassemblé ces détails et quantité d’autres dans un bien curieux article de l’Intermédiaire. Donc on a fumé de tout temps, on fumait au moyen âge, et quand le tabac d’Amérique parvint en Europe, les pipes étaient toutes prêtes à le recevoir ; elles l’attendaient. A vrai dire, on ne trouve pas d’allusions à cette coutume dans les auteurs classiques, mais c’est peut-être qu’hypnotisés par l’origine américaine de la fumerie, les érudits ne les ont pas comprises. Ainsi le brigand Cacus vomissant, nous dit Virgile, du feu et de la fumée, représenterait un homme qui fume une grosse pipe dans l’obscurité ! Mais d’ailleurs Pline et d’autres parlent de fumées aromatiques aspirées avec des roseaux. Pratique médicale, sans doute, mais le tabac a commencé ainsi. Il avait des vertus. Il n’a plus que des vices, heureusement.