TRANSMUTATION
Les derniers alchimistes sont très fiers parce que la chimie moderne a repris quelques-uns de leurs thèmes, par exemple celui de la transmutation des métaux ; il y a beaucoup de différence entre les deux séries de recherches, mais il y a aussi une ressemblance, c’est qu’elles sont très capables, aujourd’hui comme hier, de ruiner leurs adeptes. La pierre philosophale a toujours coûté extrêmement cher à ceux qui la voulaient trouver de bonne foi. En retour, elle enrichit assez sûrement les charlatans qui avaient eu la fortune de mettre la main sur un solide imbécile. C’est au dix-huitième siècle qu’ils foisonnèrent surtout. Casanova, qui avait des recettes pour toutes choses, en avait aussi pour la transmutation, et elles variaient suivant le degré de naïveté des gens. On se rappelle avec quelle habileté il opéra, à Torre del Greco, l’« accroissement » d’une fiole de mercure en l’amalgamant tout simplement avec du bismuth. Il était très fier de son œuvre. C’était le premier argent qu’il gagnait. Son contemporain et son ennemi, Saint-Germain, qui, comme lui, fit deux ou trois fois fortune, ce qui indique qu’il se ruina autant de fois, se vantait non seulement de transmuer l’argent en or, mais de fondre en une seule pierre magnifique les petits diamants qu’on lui confiait. C’est un aventurier plus sombre et plus ingénieux encore que Casanova. Il semble avoir eu une fin assez malheureuse. Il était beaucoup plus extravagant et exigeait beaucoup plus de crédulité. A ceux-là l’alchimie et la cabale furent de vraies mines d’or ; mais combien d’autres, au lieu de trouver la fortune au fond de leurs cornues et de leurs combinaisons, n’y trouvèrent que la misère. Mais quelle bêtise de vouloir transmuer le plomb en or ! Et après ? L’or, étant commun, perd toute valeur. Cela a un intérêt comme opération chimique, mais pas plus que celle qui transformerait l’or en plomb.