LE RÉGIME
Que peut bien manger un homme condamné pour quelque temps à éviter tout aliment salé ? Nous cherchions cela l’autre jour et nous ne trouvions rien en dehors du chocolat et des différentes sucreries qui ne peuvent former un menu appétissant que pour les enfants gourmands. Encore qui pourrait affirmer que l’amande du cacaoyer est pure de tout sel ? Y a-t-il des aliments sans sel, même parmi les végétaux ? La vie sans sel est-elle possible ? Il semble que non, et la recherche d’un régime sans sel serait une chimère. Son premier élément est toujours le lait, mais le lait, qui est un produit animal, contient évidemment des traces de sel. Il en est de même des œufs. Les plus fades végétaux doivent contenir du sel, et l’herbe des champs elle-même est assez salée pour transmettre sa salure aux animaux qui ne vivent que d’herbe et dont la chair, pourtant, et le sang ont un degré élevé de concentration saline, et un degré constant d’ailleurs. On se demande donc si les herbivores se contentent de puiser dans les végétaux les traces de sel qu’ils contiennent, ou s’ils ne se trouvent pas, par le fait même qu’ils sont des vertébrés, doués du pouvoir de fabriquer le sel nécessaire à leur vie. Il en résulterait, pour les humains, la parfaite inanité des régimes salés ou dessalés, puisque ce serait l’organisme qui fabriquerait son sel, s’il n’en reçoit pas, de même qu’il le rejette s’il en reçoit trop. Le sang d’un végétarien et le sang d’un marin nourri de viande salée contiendront parfaitement la même teneur en sel, et ceci n’est pas sans faire réfléchir. Pourtant, il est très possible que les régimes viennent précisément au secours de l’organisme en lui épargnant la moitié de la besogne. Puis, dites-vous que vous êtes un sujet d’expérience et que si vous mourez de faim, c’est pour la science. Quel réconfort !