I. — CONSTITUTION GÉOLOGIQUE

La majeure partie du Sahara central est formée de terrains anciens, le plus souvent cristallins. Ces terrains ont été énergiquement plissés avant le dépôt des grès dévoniens, qui constituent les Tassili du nord. A cette époque reculée, ils formaient un massif montagneux qui, par son âge, se rapproche de celui dont les débris se retrouvent en Scandinavie et en Écosse et que, pour cette raison, on a appelé la chaîne calédonienne. Il est intéressant de constater la symétrie avec laquelle se sont groupés les grands accidents tectoniques de part et d’autre de la Méditerranée. Au nord les Alpes avec leurs annexes, au sud les plissements de l’Afrique mineure, datant du Tertiaire, la bordent immédiatement. A une distance un peu plus grande, la Bretagne, le Plateau Central, le Plateau Rhénan, la Bohême jalonnent les traces de la chaîne hercynienne, qui date de la fin des temps primaires : Flamand avait signalé, et Gautier a décrit (t. I) les plissements du même âge que l’on peut suivre du Tidikelt jusqu’au Maroc et au Sud-Algérien. Plus extérieure encore et enveloppant la précédente, se retrouve en Europe comme en Afrique les traces d’une chaîne de montagnes, datant de la fin du Silurien.

Malgré cette symétrie, il y a peut-être quelqu’inconvénient à donner un même nom, d’origine géographique, à des plissements aussi éloignés les uns des autres que ceux de l’Écosse et du Sahara : rien ne prouve jusqu’à présent qu’ils se raccordent.

On peut même observer[2] que, tandis que, au nord de la Méditerranée, la chaîne hercynienne et la chaîne calédonienne accusent, au moins sur une partie de leurs parcours, un certain parallélisme, il y a, dans le Sahara central, croisement plutôt que juxtaposition des plis antédévoniens et des plis carbonifères.

La région où les deux systèmes de plissements se rencontrent, au sud du Tidikelt et à l’ouest de la Saoura [t. I, [ p. 241] et [ p. 232]], paraît singulièrement compliquée. Si l’on ajoute que la stratigraphie du Sahara est encore trop mal connue pour que l’on puisse affirmer que les plis antédévoniens sont bien du même âge, au nord et au sud de la Méditerranée, on comprendra facilement que M. E. Suess (in litteris) soit d’avis d’employer, pour la région qui nous occupe, au lieu de système calédonien, le terme de plissements sahariens (ou saharides) qui a au moins l’avantage de ne rien préjuger.

Il est assez difficile de fixer l’âge de ces terrains cristallins d’une manière rigoureuse : de l’Ahnet au tassili des Azdjer, ils sont recouverts en discordance par les grès, restés horizontaux, du Dévonien inférieur. Plus au sud ils présentent les mêmes relations avec les plateaux gréseux, à peu près certainement dévoniens, qui s’étendent d’Achourat jusqu’au voisinage d’In Azaoua. Les seuls fossiles siluriens que l’on connaisse au Sahara sont des Graptolithes (Silurien supérieur) qui ont été trouvés en deux points[3], au Tindesset sur le versant S. du Tassili des Azdjer et à Hassi El Kheneg entre In Salah et le Mouidir. Malheureusement on ne sait rien de précis sur les conditions de gisement de ces fossiles ; leurs relations avec les terrains voisins sont inconnues.

Au point de vue géographique toutefois, le plus important dans l’espèce, on peut distinguer nettement deux termes dans les terrains antédévoniens du Sahara.

R. Chudeau. — Sahara Soudanais.Pl. I.

Cliché Laperrine

1. — CHAOS GRANITIQUE. ADR’AR’ DES IFOR’AS.

A gauche, un dôme archéen. — L’homme en sentinelle indique l’échelle.

Cliché Posth

2. — GRANITE PORPHYROÏDE A IFÉROUANE (Aïr).

A droite, auprès de la case du kébir, El Hadj Mohammed, des charges de chameau.

R. Chudeau. — Sahara Soudanais.Pl. II.

Cliché Pasquier

3. — ADR’AR’ DES IFOR’AS. TERRAIN ARCHÉEN.

Méharistes soudanais et sahariens à Timiaouin (28-30 avril 1907).

Cliché Chudeau

4. — ADR’AR’ DES IFOR’AS. LE PLI COUCHÉ DE L’OUED TESAMAK.

Au premier plan, quartzites cannelées.

Archéen. — Des massifs de granite et de gneiss granitoïde qui se présentent par grandes masses, couvrent des districts parfois accidentés de dômes hauts de 50 à 300 mètres. Ces dômes correspondent aux parties de la roche qui ont le mieux résisté aux agents d’érosion et ne présentent aucun alignement net ; il n’y a pas de directions privilégiées dans ces massifs. Ce n’est certainement pas le lieu de discuter ici la genèse de ces formations granitiques dont l’origine, dans les pays les mieux connus, est encore obscure ; on peut les désigner, provisoirement tout au moins, sous le nom d’Archéen[4], en restreignant ce terme aux seuls noyaux granitiques et en excluant formellement les micaschistes et les roches analogues.

Les terrains archéens forment quelques affleurements importants : El Eglab, à l’ouest du Touat, a été vu par Lenz et plus récemment par Mussel ; le volcan d’In Zize repose sur un socle de granite. L’Adr’ar’ des Ifor’as, les contreforts sud-ouest de la Coudia appartiennent en partie à la même formation. Vers l’est, du moins entre l’Ahaggar et l’Aïr, l’Archéen ne joue plus qu’un rôle subordonné et ne forme plus que des îlots peu étendus. Le sergent Lacombe a envoyé tout récemment au Muséum, des environs de Fachi (région de Bilma), des granites qui montrent que la pénéplaine ancienne, parfois recouverte par des sédiments récents, se continue vers le Tibesti. Dans la carte géologique, je n’ai pu marquer que peu d’Archéen en dehors de ma route : les descriptions d’itinéraire, quelque précises qu’elles soient à d’autres points de vue, ne permettent que bien rarement de pouvoir séparer l’Archéen du Silurien métamorphique.

Fig. 1. — Blocs de granite porphyroïde près du cimetière d’Iférouane (Aïr).

Fig. 2. — Archéen. Massif granitique sur la rive gauche de l’oued Tyout (nord de l’Aïr).

Quel que soit le pays où on les rencontre, les régions granitiques ont partout le même aspect (fig. [1] et [2]) : elles sont semées d’énormes blocs arrondis, souvent entassés en grand nombre : c’est ce qu’on appelle en France des « Chaos » et au Sahara des « Erouakib » (Nieger). (Pl. I, phot. [1] et [2]). La présence des dômes y est aussi fréquente (Pl. IV, [phot. 8]).

On a souvent observé, en Bretagne par exemple, que ces paysages granitiques font une impression de hautes montagnes, fût-ce au niveau de la mer ; l’illusion est peut-être encore plus forte au Sahara : en France il y a presque toujours un peu de terre entre les blocs et la végétation masque partiellement la roche ; au désert tout cela est à nu, les points de repère font défaut qui permettraient d’estimer les distances ; le mirage, presque journalier, surélève le moindre objet ; aussi, quoique partout les massifs archéens forment des mamelons bas et diffus dont les points culminants se dégagent à peine, la plupart sont appelés des Adr’ar’, comme s’ils étaient de véritables montagnes.

Silurien. — Entre ces massifs archéens, des terrains dont l’origine sédimentaire ne peut être contestée sont constitués par des strates le plus souvent verticales, bien parallèles, épaisses de quelques mètres, parfois de quelques décimètres.

On y trouve, en bandes alternantes et indéfiniment récurrentes, des gneiss, des micaschistes, des phyllades, plus rarement des quartzites, des cipolins et parfois des poudingues. J’ai observé à plusieurs reprises, dans les quartzites, des ripple-marks et des traces d’annélides (des tubes plus ou moins en U), notamment dans l’Adr’ar’ Ahnet et au sud de l’Aïr, près de Bidei. Toutes ces assises sont injectées de nombreuses roches éruptives.

Cet ensemble, qui joue un rôle très considérable au Sahara, m’a paru bien homogène ; tout au plus peut-on remarquer que, vers le nord, dans le Bled El Mass et l’Adr’ar’ Ahnet, le caractère cristallin est moins accentué que dans la majeure partie du désert ; autour des massifs archéens, les cipolins et les quartzites, rares ailleurs, deviennent abondants : les récifs à polypiers et les grès, forme première des cipolins et des quartzites, ne prennent naissance qu’à peu de distance des rivages et la distribution de ces sédiments est probablement une preuve que l’Archéen formait déjà un continent ou des îlots lors de leurs dépôts ; il y aurait discordance entre les deux terrains.

Malgré ces différences de détail, il est impossible, pour le moment, d’établir une coupure dans cet ensemble que l’on peut désigner provisoirement sous le nom de Silurien, tout en admettant qu’il y aura lieu sans doute, lorsqu’il sera mieux connu, de distinguer à la base un étage précambrien. Cette distinction serait actuellement prématurée.

Le fait que, en bien des points du tassili du nord, l’Éodévonien repose en discordance sur les strates siluriennes redressées et arasées, indique une lacune entre les deux formations ; au Bled El Mass notamment le Silurien formait une pénéplaine avant le dépôt du Dévonien ; dans l’oued Amdja, la table d’Adafar repose aussi sur des schistes cristallins complètement nivelés ; les relations stratigraphiques sont analogues ([fig. 15]) dans les tassili du sud (Timissao, oued Tagrira).

Il faut donc admettre que, pendant le Silurien supérieur, la mer où se sont déposées les couches à Graptolithes, n’existait qu’au nord du tassili, et que, dans la majeure partie du Sahara, le Silurien n’est représenté que par ses termes inférieurs.

Dans une note récente[5], à propos des terrains que Voinot a observés entre le Mouidir et l’Anahef, Flamand, qui a eu tous les échantillons entre les mains, rapporte tout ce massif au Cristallophyllien que, en aucun point, ne viendraient pas interrompre des dépôts paléozoïques. Les descriptions si claires de Voinot, celles un peu plus anciennes de Guilho Lohan, ne permettent pas de douter de l’identité des formations géologiques, à l’est et à l’ouest de la Coudia ; Foureau a signalé les mêmes terrains dans le sud-est de l’Anahef. Je ne crois pas que le mot Cristallophyllien puisse être conservé autrement que pour désigner des terrains sédimentaires, d’âge très variable, modifiés par métamorphisme. C’est un terme qui ne nous renseigne que sur l’aspect pétrographique d’un échantillon et qu’il n’y a avantage à conserver que lorsque l’âge est complètement indéterminé. Au Sahara il est possible de préciser davantage : le Cristallophyllien y est antérieur au Dévonien ; il est donc certainement d’âge paléozoïque.

Le Silurien, bien que formé de roches très métamorphiques et le plus souvent aussi cristallines que des granites, donne naissance à des régions qui se distinguent au premier coup d’œil des régions archéennes : formé de bandes de duretés différentes et naturellement parallèles comme il convient à des roches sédimentaires, il donne naissance à une série de crêtes et de collines dont la direction est celle même des assises, le plus souvent nord-sud ; cette direction subméridienne dont Flamand a signalé l’importance au Tidikelt, est de beaucoup la plus fréquente au Sahara et semble dominer dans toute l’Afrique. Les crêtes les plus élevées, qui dominent souvent de plus de cent mètres la pénéplaine voisine, sont formées habituellement de quartzites, la roche la plus dure et la moins altérable de la série ([fig. 3]).

La direction des affleurements et par suite celle des rangées de collines est en général déviée autour des noyaux archéens : au S. d’In Zize elle est est-ouest ; dans l’Adr’ar’ des Ifor’as, l’Adr’ar’ Tidjem dessine une cuvette synclinale très nette ; la même disposition se retrouve entre Tit et Abalessa. Cette allure particulière des plissements est peut-être encore une preuve d’une discordance entre les deux terrains, et, quoiqu’il soit possible de l’interpréter autrement, il convient de la rapprocher de l’abondance relative des cipolins et des quartzites autour des massifs granitiques.

Les plissements qui ont redressé les couches siluriennes ont été fort énergiques et reproduisent les traits que l’on est accoutumé à observer dans les régions montagneuses. Dans le nord de l’Adr’ar’ des Ifor’as, une colline qui domine la rive gauche de l’oued Tesamak montre sur son flanc oriental des bancs de quartzites presque verticaux, et dont la surface couverte de cannelures (Pl. II, [phot. 4]) porte des traces incontestables de charriage ; au sommet de la colline les mêmes quartzites sont horizontales et un peu plus à l’ouest on en trouve des lambeaux épars reposant sur l’Archéèn. Nous aurions donc la racine d’un pli couché et déversé vers l’ouest.

Fig. 3. — Crêtes siluriennes (quartzites) à direction subméridienne. Rive droite de l’oued Takaraft (nord de l’Aïr).

La colline qui présente ce phénomène est l’extrémité nord d’une série de crêtes orientées suivant le méridien et dont la principale (Raz Taoundart) est un des points les plus élevés de l’Adr’ar’ ; toutes ces crêtes sont des quartzites et jalonnent un contact entre l’Archéen et le Silurien. Je n’ai malheureusement pu les voir de près que dans l’oued Tesamak.

Le contact du Silurien et du massif éruptif de l’Adr’ar’ Igherran, près de Timiaouin, est aussi anormal ; il y a des traces de charriage.

J’ai pu noter en outre dans la vallée de l’oued Aflisés, au voisinage de l’Adr’ar’ Denat, entre In Ouzel et Tin Zaouaten, un pli couché que j’ai pu suivre pendant six à sept kilomètres.

Il ne saurait être question, au cours d’une marche rapide comme celle que l’on est obligé de faire au Sahara, et surtout en l’absence de cartes topographiques détaillées, de chercher à débrouiller des accidents tectoniques aussi compliqués ; la chose serait sans intérêt pour le moment.

Il est bon toutefois de remarquer que le régime tabulaire qui, l’Atlas mis à part, semble être la règle en Afrique, n’y a pas toujours dominé, et que des plissements très nets ont autrefois donné naissance à une véritable chaîne de montagnes, en bordure du massif archéen africano-brésilien.

Ces schistes cristallins ont une grande extension dans le Sahara central et la carte ([hors texte]) montrera que, à part une courte interruption causée par les tassili du sud, le Silurien forme la majeure partie des terrains qui, depuis le Mouidir et l’Ahnet, s’étendent jusqu’à 17° de latitude.

Ils sont également bien développés dans le Rio de Oro, entre l’Atlantique et la sebkha d’Idjil ([fig. 4]).

Fig. 4. — Coupe géologique du Rio de Oro, de Villa Cisneros à la sebkha d’Idjil (370 km.). — D’après Quiroga, Revista de Geografia comercial, 15 déc. 1886, p. 77.

1, Granite formant des pénéplaines avec dômes de 40 m. à 50 m. ; 2, Gneiss, plaine à peine accidentée ; 3, Schistes cristallins (Micaschistes, amphibolites et granulites) ; 4, Paléozoïque (Quartzites, Schistes et Calcaires) ; 5, Tertiaire (en partie Miocène, d’après Font y Sagué) ; 6, Quaternaire (100 m.) (Calcaires argileux et grès à Hélix ; F, faille).

Dévonien. — On a décrit en détail, dans le Sahara Algérien, les plateaux de grès dévoniens qui constituent l’Ahnet et le Mouidir (I, [ p. 292-298]). De nombreux fossiles y ont été rencontrés et leur âge est rigoureusement fixé.

Au sud de la Coudia, des plateaux très comparables, encore assez mal connus sauf en quelques points, commencent un peu à l’est d’In Azaoua et s’étendent vers l’ouest jusqu’au nord de Tombouctou.

Dans la région de Timissao (tassili Tan Adr’ar’), ils sont constitués par des grès de couleur claire à patine foncée, que l’érosion a souvent découpés en colonnes et en obélisques ([Pl. III]) ; leur puissance est d’une centaine de mètres, beaucoup moindre que dans l’Ahnet où l’Éodévonien a 300 mètres d’épaisseur. De plus le niveau argileux qui, intercalé au milieu des grès joue un rôle assez considérable dans le plateau du Nord, n’a ici aucun représentant, sauf peut-être à l’oued El R’essour. Quelques Bilobites à l’entrée de la gorge de Timissao et d’autres beaucoup plus à l’est, près d’Assiou (Foureau), sont des documents paléontologiques un peu maigres pour affirmer l’âge dévonien de toute cette formation ; ils confirment cependant l’impression que donne l’identité d’aspect avec les grès de l’Ahnet. De plus, au cours de la tournée à Taoudenni qui a suivi longtemps la bordure nord de ces plateaux, Mussel[6] a trouvé à Bekati El Bess, près de Sounfat, quelques fossiles (Productus, Rhynchonella, Spirifer) que Flamand considère comme dévoniens. L’âge de ces grès peut donc être considéré comme assez bien établi.

Fig. 5. — Gours dévoniens, dans le Tiniri, au sud d’In Azaoua.

Ces tassili forment une longue bande, limitée vers le nord par une falaise ; elle est interrompue et découpée en plusieurs plateaux (Timissao-Tirek-In Ameggui-Tin Ghaor) autour de l’Adr’ar’ des Ifor’as qui, grâce à son altitude élevée (1000 mètres) a été un centre hydrographique important : l’érosion fluviale explique la formation des témoins que nous venons d’indiquer.

La bordure méridionale de ce très long plateau est encore mal connue : dans la région d’In Azaoua, il n’y a pas de falaise continue, mais une série de gours isolés ([fig. 5]). Foureau [Doc. Sc., I, 191, et Cartes, Pl. III] a figuré des paysages identiques dans le Tagharba, au nord d’In Azaoua. De Timiaouin jusqu’au Timetrin, le capitaine Cauvin me signale une série de plateaux gréseux qui, vers le Nord, vont rejoindre ceux qu’a vus le colonel Laperrine.

Les grès dévoniens qui constituent ces plateaux sont horizontaux dans l’ensemble, avec quelques dérangements locaux, comme dans le tassili du nord dont ils reproduisent l’allure stratigraphique.

L’un des plus nets se trouve à une journée de marche au sud de Timissao : deux failles parallèles, orientées presque exactement est-ouest et distantes d’un kilomètre à peine, ont surélevé un lambeau de Silurien, dont le sommet a été porté à hauteur du tassili. Ce Silurien est surmonté de quelques aiguilles de grès bien visibles au sud des r’edir de Tin Azaoua, r’edir dont il est la condition.

C’est une dénivellation d’une cinquantaine de mètres au moins. L’oued Tichek a profité de ces failles pour creuser sa vallée et il a mis a nu de belles surfaces de grès dévoniens parfois polies comme un miroir, plus souvent cannelées ou striées. Sur le plateau, en amont de l’oued Tichek, la faille est bien jalonnée par une brèche de friction, large de quelques décimètres [Cf. Bull. S. Géol. de Fr., VII, 1907, p. 325].

Ces failles se prolongent à l’ouest de l’oued En Nefis où l’on voit une gara dévonienne portée par un socle silurien en saillie notable.

Le tassili de Timissao est limité presque partout par une falaise à pic formée de couches horizontales ; cependant au point où la piste de Tin Azaoua à Silet descend du plateau, pendant une centaine de mètres, le Dévonien plonge de 45° vers l’ouest : grâce à ce petit accident la descente de la falaise est singulièrement facilitée ; presque partout ailleurs elle forme une haute muraille infranchissable qu’il faut contourner ; les petits oueds qui en descendent l’ont à peine entaillée et leurs rives ne sont pas praticables ; le petit lac de Tamada, situé dans l’un d’eux, est d’un abord difficile pour les chameaux.

Dans le tassili de l’oued Tagrira, les failles et les diaclases sont particulièrement abondantes et ce plateau est une véritable chebka ; il y a eu aussi bossellement de la surface, et l’aguelman de l’oued El R’essour occupe le centre d’une cuvette synclinale ; les plongements ne dépassent pas d’ailleurs quelques degrés.

On retrouve les mêmes caractères tectoniques dans les tassili du nord.

Vers l’est, d’après les indications de Nachtigal [Sahara et Soudan, p. 283], le Dévonien du tassili des Azdjer se prolongerait jusqu’au Tibesti et au Kaouar.

Le commandant Gadel[7] donne quelques détails sur le plateau qui, à quelque distance à l’est, domine d’une centaine de mètres l’oasis de Bilma (Kaouar). La muraille qui la limite serait formée de grès et de schistes ; entre les blocs éboulés se trouvent de nombreuses cavernes qui, en cas d’alerte, servent de refuge aux habitants de l’oasis.

Ces renseignements ne permettent sûrement pas d’affirmer que l’on a bien affaire à du Dévonien ; j’ai cependant maintenu l’indication du Dévonien sur la carte auprès de Bilma, ne serait-ce que pour rappeler l’existence de ce plateau et les questions qu’il soulève. Parmi les échantillons que le sergent Lacombe a, tout récemment, envoyés au Muséum, quelques grès blancs à ciment siliceux, provenant des hauteurs voisines de Fachi, rappellent, par leur aspect, les roches éodévoniennes.

Beaucoup plus à l’ouest le Dévonien est connu. Dans son exploration en Mauritanie, Dereims, d’après les renseignements oraux qu’il a bien voulu me donner, l’a rencontré dans l’Adr’ar’ Tmar dont l’oasis d’Atar occupe le centre. Ce Dévonien est fossilifère : Dereims y avait recueilli des Spirifères, que la fin malheureuse de l’expédition l’a empêché de rapporter en Europe. Il est constitué comme celui de Timissao par des grès légèrement ferrugineux ; les sections fraîches sont de couleur claire, rougeâtre, mais la roche en place est couverte d’une patine noire. Lorsque l’on vient de l’Ouest, on quitte les terrains quaternaires vers Touizikt, à 150 kilomètres du littoral atlantique. La marche se poursuit pendant 200 kilomètres sur des gneiss, des micaschistes, des phyllades, des quartzites et de rares cipolins, d’affleurements nord-sud. Ces assises siluriennes, lardées de diabases, d’abord presque verticales, n’ont plus qu’un plongement assez faible vers l’est, au pied de la muraille d’Atar ; elles forment une pénéplaine qui ne diffère que par sa moindre altitude et son ensablement du tanezrouft d’In Zize et qui se prolonge vers le nord au moins jusqu’au Rio de Oro.

La muraille d’Atar est une falaise, haute d’au moins 120 mètres et qui, du nord au sud, se poursuit sur une très grande longueur ; on la retrouve peut-être plus au sud, dans le Tagant ; elle est constituée par les grès dévoniens. Dereims y signale quelques bancs plus schisteux et plusieurs niveaux calcaires.

Cette haute falaise franchie, on arrive sur un plateau formé de couches légèrement inclinées vers l’est, d’une quinzaine de degrés. Au point le plus bas se trouve l’oasis d’Atar. Un peu plus loin, une seconde falaise, due sans doute à une faille, délimite à l’ouest un second plateau sur lequel se dresse l’oasis de Chingueti.

Cette région d’Atar est bien encore une région tabulaire ; les plissements hercyniens ne s’y sont pas fait sentir.

R. Chudeau. — Sahara Soudanais.Pl. III.

Cliché Laperrine

5. — GRÈS DÉVONIENS A TIN GHAOR.

Cliché Laperrine

6. — GRÈS DÉVONIENS A TIN GHAOR.

Tassili du Sud.

Dans la région du Cap Blanc et dans le Rio de Oro, le Dévonien est inconnu ; le grès fondamental que Gruvel a signalé près de Port-Étienne, est quaternaire ou pliocène ; d’autres grès sont miocènes (Font y Sagué). Il ne semble pas qu’il y en ait de plus anciens, près de l’Atlantique.

Carbonifère. — Entre l’Adr’ar’ Tmar et les tassili touaregs, il semble que le Dévonien fait défaut ; du moins entre Taoudenni et le Touat, le Carbonifère repose directement sur le Silurien.

Lenz avait signalé des calcaires paléozoïques dans la région de l’erg Chach. Au cours de la fructueuse tournée des méharistes à Taoudenni, Mussel a pu recueillir d’importants matériaux qui permettent de préciser les indications un peu trop vagues de Lenz.

Fig. 6. — Coupe schématique d’El Khenachiche à Taoudenni. — D’après Mussel, Renseignements coloniaux publiés par le Comité de l’Afrique Française, juin 1907, p. 151 et 152. Les altitudes sont mal connues.

1, Schistes cristallins et Quartzites ; 2, Calcaires gris fossilifères ; 3, Calcaires rosés non fossilifères (15 à 18 m.) ; 4, Calcaires bleuâtres ou violacés, fossilifères au sommet (13 m.) ; 5, Argiles gypsifères (Infracrétacé ?) ; 6, Grès rouges (Infracrétacé ?) ; 7, Conglomérats siliceux ; 8, Atterrissements quaternaires, sebkha.

D’El Eglab où elles s’appuient sur l’Archéen, jusqu’au voisinage de la falaise d’El Khenachiche, des couches très plissées, que Mussel rapproche des assises siluriennes du Bled El Mass (au nord de l’Ahnet), forment partout le sous-sol ; dans l’Aoukarr qui est une véritable chebka, ces schistes cristallins et ces quartzites ne sont guère recouverts que par des dunes ou des atterrissements récents. Mais plus au sud ils sont surmontés d’un plateau calcaire, de structure tabulaire, la hammada El Haricha ([fig. 6]). Ces couches presque horizontales débutent par des calcaires gris de puissance mal déterminée, parfois légèrement gréseux et contenant Productus semi-reticulatus Mart, Pr. aff. Flemingi Sow., Spirifer aff. cuspidatus Mart. Au-dessus, 15 à 18 mètres de calcaires, verts et 10 mètres de calcaires violets n’ont fourni aucun fossile. Ces couches stériles sont surmontées de 3 mètres de calcaires violacés que termine parfois un niveau siliceux (0,60). Flamand y signale les formes suivantes :

Productus aff. africanus Stoch.

Lithostrotion irregulare Ph.

L. » Martini. M. Edw. et Haime.

C’est donc incontestablement du Carbonifère ; mais le nombre des fossiles est trop restreint, leur état de conservation trop médiocre pour qu’il soit possible de préciser davantage le niveau.

En tout cas, il importe de bien mettre en évidence que la hammada El Haricha repose directement sur les schistes siluriens et que rien ne semble représenter le Dévonien ; cette transgression du Carbonifère, qui manque dans la majeure partie du Sahara soudanais, est un fait important.

Les calcaires d’El Biar et de Taoudenni supportent, en discordance, quelques zones gréseuses (Crétacé inférieur ?) ; ils forment un dôme anticlinal peu marqué : du côté de Taoudenni les couches plongent de 5° vers l’ouest ; le pendage ne dépasse pas 10° vers le sud-est, entre El Biar et El Khenachiche.

Extension des terrains anciens vers le sud. — A hauteur du 17° de latitude nord, ces formations primaires disparaissent sous des sédiments beaucoup plus récents, horizontaux, du Crétacé et du Tertiaire ([fig. 68]). Cette interruption est de courte durée.

Elles réapparaissent sur le Niger à Tosaye, d’où le capitaine Aymard, d’après les renseignements inédits qu’il a bien voulu me communiquer, a pu les suivre vers le Sud jusqu’à la mare de Doro ; Aymard mentionne, le long de l’itinéraire, des lignes de collines, de gneiss ou de schistes, émergeant du sable et note à chaque instant la présence de quartz ; les cipolins et les serpentines que l’on exploite près de Hombori, à Dakoa, pour la confection des bracelets, ne diffèrent pas des roches siluriennes qui, dans tout le Sahara, sont employées au même usage ; Desplagnes [Le Plateau Central Nigérien, Pl. XIV] figure une exploitation semblable à Belia.

La continuité de cette arête silurienne entre Tosaye et Hombori n’est donc pas douteuse.

On retrouve avec une grande netteté, entre Ansongo et Say, le Silurien dans le lit du Niger, où il est la cause de nombreux rapides. Comme partout ailleurs, ce Silurien est injecté de nombreuses roches éruptives.

Plus à l’ouest, Desplagnes a recueilli des quartzites auprès de Sumpi ; il a rapporté, de la région du Faguibine, des arkoses qui prouvent la proximité de roches feldspathiques et font pressentir que les roches cristallines sont à peu de distance. La carte de Lenz [Petermann’s Mitt., 1882, I] indique le Silurien à mi-chemin entre Taoudenni et le Niger.

A l’est enfin, le massif de Zinder est en partie constitué par des bancs verticaux de quartzites et de micaschistes, à affleurement subméridien, qui appartiennent au même ensemble.

Au sud de ces régions du nord du Soudan, où les roches anciennes ne se montrent que dans d’étroites boutonnières, l’Archéen et le Silurien reprennent un rôle considérable. Desplagnes[8] mentionne, au sud de Bammako, dans la région aurifère des sources du Bakoy, des micaschistes et des schistes cristallins ainsi que des diabases.

Fig. 7. — Profil de Tobré à Boubon.

q, Quaternaire ; 3, Grès du Niger ; 2, Grès du Gourma ; 1, Quartzites siluriennes ; M, Micaschistes ; γ, Gneiss granitoïdes.

(D’après Hubert, La Géographie, XVII, 1908, Pl. 4.)

Chautard[9] signale, sous des grès horizontaux, des terrains sédimentaires plissés, très métamorphiques (quartzites et schistes amphiboliques) en Guinée et dans le Fouta Djalon ; des roches éruptives, des diabases surtout, les accompagnent. Quelques régions, comme le massif de Dinguiraye, sont constituées par des granites qui se présentent le plus souvent sous forme de dômes ou d’affleurements lenticulaires au milieu des sables. Chevalier[10] indique des formations semblables à la Côte d’Ivoire. Dans le gros travail qu’il vient de consacrer au Dahomey, Hubert[11] a décrit des formations bien analogues : « le village de Tchetti (un peu au sud du 8° de latitude nord) est au milieu d’un groupe de dômes sans orientation générale précise et dont les cinq plus importants ont une hauteur de commandement variant de 40 à 100 mètres. Ils sont constitués par un granit à grain assez fin. De Tchetti à Bassila (vers le 9° de latitude) et même au delà, on trouve, abondamment répartis dans tout le pays, des dômes isolés, analogues comme aspect à ceux déjà signalés » (p. 308). Hubert rapporte provisoirement au Silurien un important massif de quartzites que, à travers le Togo, on peut suivre, sur 800 kilomètres, depuis Akkra (Gold Coast) jusqu’au Niger, où leur présence a conditionné la formation d’un double coude, le W, en aval de Say. Il me semble cependant difficile d’admettre la nomenclature de Hubert : la dépendance étroite de ces quartzites de l’Atacora, très métamorphisées et riches en minéraux de fumerolles, et des schistes cristallins en concordance avec eux, est signalée à plusieurs reprises : en l’absence de fossiles, rien ne justifie donc, au point de vue stratigraphique, la séparation de ces deux roches ; la réunion du granite et du gneiss fondamental, dont l’origine est douteuse, avec les gneiss et les micaschistes certainement sédimentaires est bien contestable. Malgré ces divergences dans la nomenclature, il est aisé de reconnaître les grandes analogies que présentent les terrains cristallins du Dahomey avec ceux du Sahara. On trouvera dans Hubert d’assez nombreux détails sur les régions voisines de celle qu’il a étudiée, et sur la bibliographie.

Fig. 8. — Coupe schématique N.-S. vers 16° 30′ de Long. E., de Fort de Possel à Boli.

(Par Courtet.)

Fig. 9. — Les Grès du Gourma à Tambarga.

(D’après Hubert, Thèse, Pl. VIII, p. 160.)

Au sud du Tchad, Courtet[12] mentionne dans le pays de N’dellé notamment, de rares micaschistes et des quartzites abondantes, en couches verticales ; ces quartzites contiennent souvent du disthène qui leur donne une coloration bleue ; un peu plus au nord, les affleurements granitiques sont fréquents. De la région de Fort Crampel, déjà vue par la mission Chevalier, Bruel[13] a rapporté avec des granites, des gneiss, des micaschistes et des quartzites. La coupe inédite ci-jointe ([fig. 8]) que je dois à l’obligeance de Courtet, donnera une idée de la constitution géologique des terrains qui s’étendent de l’Oubangui à l’Ouadai ainsi que du peu d’importance des reliefs. — Barrat [Sur la Géologie du Congo Français, Annales des Mines, VII, 1895] et Cornet [Les dislocations du bassin du Congo, Annales de la Soc. Géol. de Belgique, XXXII, 1904-1905] ont montré la grande extension de ces formations anciennes, vers le Sud.

Complétant l’analogie avec ce que l’on observe dans le Nord, des grès horizontaux, reposant en discordance sur les terrains cristallins, forment d’importantes séries de plateaux.

Fig. 10. — Grès de Hombori. Pic de Botha (20 km. N.-E. de Douentza).

(D’après Desplagnes, Le Plateau Nigérien, p. 8.)

Un premier groupe, qui semble très homogène, s’étend du Gourma jusqu’à Hombori et Bandiagara, en passant par le nord de la Gold Coast. Les grès qui les forment sont à ciment siliceux, souvent recouverts d’une patine foncée ; leur puissance peut atteindre 500 à 600 mètres. Bien qu’horizontaux dans l’ensemble, ils ont subi quelques accidents tectoniques et sont parfois, localement, presque verticaux. L’érosion les a profondément découpés et Barth a dès longtemps figuré quelques-uns des aspects les plus pittoresques qu’ils présentent ; les croquis ci-joints (fig. [9,] [10] et [11]), empruntés à Desplagnes et à Hubert, donnent une idée de leur allure, en même temps qu’ils préciseront l’identité des paysages dans le Gourma et le Hombori.

Dans le bassin du Chari, Lœffler, Bruel et Courtet[14] ont rencontré des grès turriformes en général horizontaux, à peine métamorphiques et qui semblent bien analogues à ceux du Gourma et de Bandiagara.

La coupe ci-jointe ([fig. 12]) que Courtet a relevée aux environs de N’dellé, et qu’il a bien voulu me communiquer, précise assez bien leur allure. Les parties basses du pays forment une pénéplaine où l’on trouve des granites et des gneiss glanduleux, dessinant une chaîne de mamelons peu élevés, nord-ouest sud-est ; sur l’un d’entre eux est établi le fort français ; puis viennent des quartzites souvent micacées passant parfois aux micaschistes. Ces quartzites sont presque verticales ; elles semblent appartenir à un pli en éventail.

Fig. 11. — Mont Tombori, près Douentza.

(D’après Desplagnes, p. 6.)

Elles supportent en discordance des grès horizontaux, puissants d’une soixantaine de mètres. Ces grès de couleur claire, jaunâtres, ou rougeâtres, sont à grain extrêmement variable ; ils sont d’ordinaire à grain fin, mais ils passent souvent à de véritables poudingues contenant des galets de quartzite de 20 centimètres de long. Vers la base de ces grès, Courtet a noté un banc d’argile puissant de 0 m. 15 ; les conditions qui ont présidé à la formation de ces assises ont donc été très variables. Le plateau auquel ils donnent naissance, et qui porte la ville de N’dellé, est fréquemment couvert de formations ferrugineuses d’origine continentale et qui sont si communes à cette latitude.

Ces grès s’étendent très loin vers le Sud et, le long de la rivière Kotto, on peut les suivre pendant 400 kilomètres du Nord au Sud jusqu’à l’Oubangui. Leur limite orientale est inconnue.

Fig. 12. — Coupe près de N’Dellé, vers 8° 30′ Lat, 18° 20′ Long., par Courtet.

5, Alluvions actuelles ; 4, Grès ferrugineux superficiels (latérite) ; 3, Grès horizontaux et Poudingues ; 2, Quartzites redressées, en éventail ; 1, Granite et Gneiss.

Bien que les détails précis fassent encore défaut, il est à peu près certain que des grès semblables se rencontrent en d’autres points du bassin du Chari ; le capitaine Lœffler décrit en particulier [l. c., p. 240] la région rocheuse de Bouar, dans la haute Sanga (vers 13° longitude est, 6° latitude nord), comme formée d’énormes amas de rochers qui forment de multiples cavernes, refuge à peu près inviolable des populations du pays. Des cavernes semblables existent dans tous les grès anciens du Soudan ; il y en a à N’dellé, à Bilma et dans le Hombori. Cette indication ne suffirait certainement pas à affirmer l’identité des deux formations, mais Courtet a pu causer avec le capitaine Lœffler, et les éclaircissements complémentaires qu’il a ainsi obtenus lui paraissent amplement justifier le rapprochement qu’il m’a indiqué.

Dans l’Ennedi, des grès, curieusement découpés, affectant aussi un faciès ruiniforme, ont été vus récemment par le Cte Bordeaux[15] ; leur coloration va du blanc au noir, en passant par toute la gamme des bleus, des rouges et des violets. Les détails donnés ne permettent cependant pas d’affirmer qu’ils appartiennent au même groupe.

Il est assez difficile pour le moment d’attribuer un âge à ces grès ; les plissements qu’ils ont subis par place, permettent de croire qu’ils sont anciens. On les a souvent classés dans le Trias par analogie avec une formation semblable, mais bien éloignée, celle du Karoo dans l’Afrique australe. Il vaudrait mieux, ce semble, les rapprocher des grès des tassili du Sahara dont ils reproduisent l’allure tectonique. La distance qui sépare, géographiquement, les grès dévoniens de Timissao et de l’oued Tagrira, des plateaux du Gourma et de Bandiagara, est encore bien considérable, même si l’on attribue au Dévonien la bande de grès, plongeant de 45° vers le sud, que Gautier a vue au sud de l’Adr’ar’ des Ifor’as entre les terrains cristallins et le Crétacé, les grès horizontaux injectés de filons de quartz qui reposent sur le Silurien à Tosaye, et les schistes, interstratifiés de grès, que j’ai signalés dans le lit du Niger, à Labezzanga, où ils dessinent un synclinal à axe est-ouest.

Les analogies d’aspect et cette demi-continuité géographique ne permettent guère, cependant, d’affirmer l’âge dévonien des grès horizontaux anciens du Soudan. Les indices paléontologiques, les seuls valables, sont encore bien rares : ils se réduisent, je crois, à une affirmation unique ; le Dr Boussenot[16] signale, dans la région de Dori, une empreinte de trilobite dans les strates gréseuses, et parle de Dévonien. Cette affirmation aurait besoin d’être précisée, mais en tout cas elle est précieuse parce qu’elle prouve que, au moins par place, les grès du Gourma sont fossilifères.

D’autres grès ont été signalés dans la région de Goundam ; ils semblent se relier à ceux de Bammako et de Guinée et sont probablement beaucoup plus jeunes que ceux dont il vient d’être question ; nous aurons à revenir plus tard ([chap. II]) sur ce point.

Rebroussement des plis. — Il a déjà été indiqué à propos du Silurien que, dans la majeure partie du Sahara, les affleurements étaient orientés nord-sud, et cette direction sub-méridienne paraît jouer en Afrique un rôle considérable : la mer Rouge et le long chapelet des lacs de l’Afrique orientale sont dus à des cassures de même orientation. Remarquons cependant que l’Atacora[17], la bande de Tosaye, et les schistes du Bakoy affleurent suivant des lignes dirigées à peu près nord-est, sud-ouest. Au nord de l’Atacora, Hubert fait observer que les axes des plis font un angle de plus en plus ouvert avec le méridien. Ceci est exact et dans certains cas même, comme à Labbezzanga, la direction est franchement est-ouest ; il y a donc trace d’un rebroussement des plis, qui coïncide justement avec la zone, parallèle à l’équateur, que devaient envahir beaucoup plus tard les mers du Crétacé supérieur et du Tertiaire. Encore une question que l’imperfection de nos connaissances ne permet pas d’approfondir (V. [fig. 68,] p. 225).