PRÉFACE
Au début du premier volume de cet ouvrage, E.-F. Gautier a indiqué à l’appui de quelles personnalités nous avions dû de pouvoir réunir les subventions nécessaires à notre voyage à travers le Sahara ; nous avons pu nous mettre en route grâce à MM. Paul Bourde, Le Châtelier, Étienne, le regretté Dr Hamy, MM. Levasseur et Michel Lévy.
En cours de route, nous avons trouvé partout et auprès de tous le meilleur accueil. Dans le territoire des Oasis, je dois des remerciements particuliers au colonel Laperrine à qui la connaissance du Sahara est redevable de tant de progrès, ainsi qu’au commandant Dinaux qui fut mon compagnon de route depuis l’Ahnet jusqu’à Iférouane. Le père de Foucauld, qui a toutes les indulgences, me pardonnera de le nommer parmi ceux de qui la conversation m’a été le plus profitable.
Dès que la nouvelle de mon arrivée en Afrique Occidentale fut parvenue à Dakar, M. le Gouverneur général Roume voulut bien donner les ordres nécessaires pour que mon voyage soit rendu facile ; je lui en suis profondément reconnaissant. Je dois remercier aussi M. le Gouverneur général Ponty qui a bien voulu, en me confiant de nouvelles missions en Afrique, me permettre de continuer les études entreprises.
Grâce à l’obligeance des officiers et des administrateurs que j’ai rencontrés au hasard de mon itinéraire, j’ai pu recueillir dans tous les postes du Soudan où je suis passé, de nombreux renseignements ; je suis particulièrement l’obligé du commandant Gadel et du commandant Lefébvre qui sont venus me chercher à Iférouane, allongeant ainsi de plus de 500 kilomètres la tournée qu’ils avaient projetée. J’ai beaucoup appris au cours des longues conversations que j’ai pu avoir avec eux, pendant plusieurs semaines d’étapes faites en commun et pendant mes séjours à Zinder, où j’ai été leur hôte.
Conformément au plan que Gautier et moi avions adopté, je me suis chargé, dans ce second volume, de rédiger les résultats relatifs aux régions que je connaissais le moins mal ; ces monographies de pays font l’objet des deux premiers chapitres.
Dans les chapitres suivants, j’ai cherché au contraire à exposer quelques questions relatives à l’ensemble du Sahara ; l’état encore très lacunaire de nos connaissances sur cette partie de l’Afrique, malgré les gros efforts et les rapports précis[1] des officiers des Oasis et du Soudan, a obligé à systématiser, outre mesure, les faits connus d’une manière positive ; on a dû trop souvent extrapoler. Cette méthode, malgré ses dangers, a paru la seule convenable pour poser nettement les problèmes. Elle présente encore un autre avantage : bien des gens qui, sans cela, garderaient le silence, se feront un plaisir de corriger des erreurs ; grâce à leur concours, bien des détails seront précisés, les cartes seront rectifiées et les hypothèses pourront serrer de plus près la réalité.
La division du Sahara que nous avons adoptée, Sahara algérien et Sahara soudanais, résulte des itinéraires que des circonstances parfois imprévues nous ont permis de suivre chacun de notre côté ; il se trouve qu’elle est partiellement justifiée au point de vue géologique, comme au point de vue humain.
Dans le Sahara algérien, l’arabe est la langue dominante ; dans le Sahara soudanais (auquel il conviendrait de joindre le Mouidir-Ahnet), les langues et les usages berbères ont mieux résisté aux diverses poussées de l’Islam. Ces faits, d’ordre historique, ne peuvent pas être complètement indépendants de la géographie.
Des terrains sédimentaires récents, horizontaux en général, d’altitude peu élevée, jouent le premier rôle dans le Nord ; les importants massifs de dunes qui les recouvrent y assurent des pâturages presque continus, qui rendent assez faciles les relations entre les diverses palmeraies.
Les roches cristallines anciennes, habituellement verticales, qui constituent le massif central du Sahara sont le plus souvent d’une stérilité désolante. L’altitude en est trop élevée pour que le sable ait pu y donner naissance à des ergs importants ; les tanezroufts, à peine indiqués plus au Nord, y occupent une place considérable. Seuls, pour des causes en quelque sorte accidentelles, quelques districts se prêtent un peu à la vie des hommes. Entre ces parties presque habitables du Sahara touareg les communications sont difficiles : cet isolement, qu’imposent la météorologie et l’architecture du sol, a vraisemblablement facilité la conservation, au milieu du Sahara, d’une société berbère.
Enfin, au sud du désert, existe une longue bande qui reproduit à peu près les conditions géologiques du Sahara algérien : peu importe en effet que les strates horizontales y soient un peu plus jeunes et les dunes un peu plus vieilles. Mais cette bande n’appartient plus au désert ; elle a une saison des pluies insuffisante mais régulière. Cette zone sahélienne forme véritablement, au point de vue humain, comme Barth l’a indiqué autrefois, la transition entre le Sahara et le Soudan. Les Touaregs y sont actuellement les maîtres, mais les souverains noirs de Gao et du Bornou y ont longtemps commandé.
Vers l’ouest, cette zone sahélienne se relie à la Mauritanie et par suite au Maroc ; elle a permis à la langue arabe de tourner le Sahara central et de s’avancer dans la vallée du Niger jusqu’au Télemsi.
J’aurais voulu pouvoir donner une illustration homogène ; j’avais pris, en cours de route, de nombreuses photographies, mais la durée de mon voyage a été trop longue et, à mon arrivée en France, aucun de mes clichés n’était utilisable ; quelques croquis, pris au hasard des stations, ne pouvaient suppléer que d’une façon insuffisante à cette grave lacune. Mais j’ai eu, pour certaines régions tout au moins, la bonne fortune de trouver d’intéressantes photographies que leurs auteurs ont bien voulu mettre complètement à ma disposition. Je dois au colonel Laperrine quelques clichés relatifs à l’Ahaggar et à l’Adr’ar’ des Ifor’as. Les capitaines Pasquier et Posth m’ont prêté de belles séries provenant surtout des terrains de parcours des Oulimminden et de l’Aïr ; le capitaine Cauvin m’a permis de donner quelques vues de l’Azaouad et de Taoudenni.
Grâce à leur obligeance, j’ai pu remplacer largement les documents qui me faisaient défaut.
Je dois aussi remercier mon vieil ami A. Dereims qui a bien voulu revoir de près toutes les épreuves.
[1]En dehors des notes citées au cours du volume, j’ai largement utilisé quelques-unes de mes publications antérieures, notamment les suivantes :
R. Chudeau, Sur la géologie du Sahara, in C. R. Acad. Sc., CXLI, 1905, p. 566-567. — Nouvelles observations sur la Géologie du Sahara, id., CXLII, 1906, p. 241-243. — D’Iférouane à Zinder, id., CXLII, 1906, p. 530-531. — De Zinder au Tchad, id., CXLIII, 1906, p. 193-195. — Le Lutétien au Sahara et au Soudan, id., CXLIV, 1907, p. 811-813. — La Géologie du Sahara Central, id., CXLIV, 1907, p. 1385-1387. — Sur les roches alcalines de l’Afrique occidentale, id., CXLV, 1907, p. 82-85. — D’Alger à Tombouctou, par l’Ahaggar, l’Aïr et le Tchad, in La Géographie, XV, 1907, p. 261-270. — L’Aïr et la région de Zinder, id., XV, 5, 1907, p. 321-336, pl. IV (carte géologique au 1250000e). — D’In Zize à In Azaoua, id., XV, 6, 1907, p. 401-420, pl. V (carte géologique au 1250000e). — Le commerce du Sahara, id., XVI, 5, 1907, p. 325-329. — Excursion géologique au Sahara et au Soudan, in Bull. Soc. Géologique de France [4] VII, 1907, p. 319-347, pl. XI (coupes géologiques). — Géologie du Sahara central, Ass. française Av. des Sciences, 36, Reims, 1907, p. 380-389. — Phénomènes actuels et phénomènes récents au Sahara, id., p. 389-400. — Études sur le Sahara et le Soudan, in Annales de Géographie, XVIII, 1908, p. 34-55, pl. I.
J’ai puisé aussi, sans toujours le citer, dans plusieurs notes de Gautier :
E.-F. Gautier, A travers le Sahara français, in La Géographie, XV, 1 et 2, 1907, p. 1-29 et p. 103-120, pl. I (carte géologique au 1250000e). — Études sahariennes, in Annales de Géographie, XVI, 1906, p. 46-69 et p. 117-138.
SAHARA SOUDANAIS
CHAPITRE I
LA PÉNÉPLAINE CENTRALE DU SAHARA
I. Constitution géologique. — Archéen. — Silurien. — Dévonien. — Carbonifère. — Extension des terrains anciens vers le Sud. Rebroussement des plis.
II. Les Régions. — Les Tanezrouft. Leurs points d’eau. — L’Ahaggar : Orographie. Hydrographie. Les villages. Les nomades. — L’Adr’ar’ des Ifor’as : Orographie. Hydrographie. Les villages. Les Ifor’as. — Adr’ar’ Tiguirit. — L’Aïr : Orographie. Hydrographie. Les villages. Histoire. Les habitants.