I. — LE CLIMAT

Un chapitre sur la météorologie du Sahara central ne peut guère être qu’un constat de carence.

On possède seulement plusieurs séries d’observations, de trop courte durée en général, et de valeur souvent médiocre, pour quelques stations du pourtour du désert. Malgré le peu de sécurité qu’offrent la plupart de ces observations, elles mettent bien en évidence l’allure essentiellement différente des saisons, au nord et au sud du Sahara.

Fig. 46. — Moyennes des températures à Ghardaïa.

Les courbes indiquent les moyennes des maxima et des minima.

Dans la région algérienne ou tunisienne, les courbes thermiques présentent un seul maximum en juillet, parfois en août ; les différences entre les moyennes des maxima et celles des minima sont considérables dans l’intérieur ; les chiffres relatifs à Ghardaïa sont suffisamment caractéristiques à cet égard ; la figure se rapporte à la moyenne de cinq années 1887-1892 ; les températures extrêmes observées pendant cette période ont été + 50° en juillet 1892 et − 1° en décembre 1889 et janvier 1891. Ghardaïa (32°,35′ Lat. N., 1°,20′ Lat. E.) est à 500 mètres d’altitude environ, au fond d’une large vallée, entourée de plateaux calcaires.

Fig. 47. — Tozeur.

Les courbes indiquent les moyennes des maxima et des minima.

Fig. 48. — Bizerte.

Lorsque l’on se rapproche du littoral, l’amplitude des variations diminue, mais conserve à peu près les mêmes caractères comme en témoignent les courbes de Tozeur ([fig. 47]) et de Bizerte ([fig. 48]) empruntées à Ginestous[99]. Les températures extrêmes observées à Bizerte ont été 0° et + 44°,8 ; à Tozeur − 4° et + 49°. A Paris, les variations journalières sont beaucoup moins amples et beaucoup moins fixes : si on les calcule, comme dans les exemples précédents, sur la moyenne des maxima et des minima, on trouve 5°,4 en janvier et 11°,9 en juillet. A Ghardaïa l’amplitude est toujours supérieure à 20° et approche parfois de 30°.

Fig. 49. — Kayes.

Fig. 50. — Niamey.

Au sud du Sahara, les courbes de température présentent une allure toute différente. A Kayes par exemple ([fig. 49]) (14°,25′ Lat. N., 13°,54 Long. W., Alt. 60m.), la moyenne de quatre années (1902-1905) indique deux maxima, le premier en avril-mai, le second en octobre ; l’amplitude des variations moyennes passe, en chiffres ronds, de 10° en août à près de 20° pendant l’hiver ; les chiffres extrêmes observés ont été de 10° en janvier 1905 ; 47° en mai 1904. Les courbes de Niamey ([fig. 50]) (1906) et de Tombouctou ([fig. 51]) (1905-1906) sont très analogues ; les quelques chiffres que l’on possède pour Zinder, Guidambado et le territoire du Tchad indiquent tous un minimum au mois d’août. Les maxima extrêmes observés, en mars et avril, sont compris entre 45° et 48° ; les minima de décembre et de janvier varient habituellement de 4° à 7°,5 ; Freydenberg a noté − 2° à Kouloa en 1906. La même courbe subsiste pour Porto-Novo ([fig. 52]), mais très adoucie par la proximité de la mer.

Fig. 51. — Tombouctou.

Le contraste très marqué que présentent les courbes thermiques des stations situées au nord et au sud du désert, s’explique facilement par les différences que présente le régime des pluies dans les deux régions ([fig. 53]).

Fig. 52. — Porto Novo.

Les courbes indiquent les moyennes des maxima et des minima.

Dans le bassin méditerranéen, il pleut surtout pendant l’hiver ; au Soudan, pendant l’été, d’où un abaissement de température marqué et une moindre amplitude des variations diurnes, l’air étant moins sec. Comme pour les températures, les chiffres relatifs à la pluie ne portent en général que sur un petit nombre d’années d’observations ; les installations sont parfois médiocres ; les observateurs changent souvent et sont plus ou moins attentifs ; il serait illusoire de vouloir chercher à serrer d’un peu près l’étude du climat du Soudan. La géographie botanique permettra cependant de définir quelques zones, caractérisées, au fond, par l’abondance relative de la pluie. Cependant les différentes courbes sont assez d’accord entre elles, assez conformes à ce que font prévoir les théories météorologiques, pour que l’on puisse admettre quelles représentent en gros l’allure du climat du Soudan.

Fig. 53. — Régime des pluies au nord et au sud du Sahara.

Les hauteurs de pluie sont données en millimètres.

Dès maintenant il est établi qu’il y a de grandes variations dans les quantités de pluie que reçoit annuellement chaque station ; à Kayes on a recueilli 525 mm. 9 en 1902 et 1072 mm. 9 en 1905. A Tombouctou, d’après Yacouba, la pluie aurait varié depuis une dizaine d’années entre 150 et 300 millimètres ; les années 1905 avec 230 mm. 6 et 1906 avec 259 mm. 5 peuvent passer pour bonnes[100].

Fig. 54. — Moyennes des températures d’In Salah.

Les courbes indiquent les moyennes des maxima et des minima.

Au Sahara, on a de bonnes séries pour In Salah (27°,17′ Lat. N., 0°,7′ Long. E., Alt. 280 m.) encore un peu courtes malheureusement. La [figure 54] donne la moyenne des minima et celle des maxima pour les années 1903, 1904 et 1905 ; les extrêmes observés ont été − 1°,4, le 19 janvier 1904 ; et 50°,2, le 4 juillet de la même année. C’est bien le même type qu’à Ghardaïa. Chaque année on a noté quelques jours de pluie (9 en 1903), mais la pluie n’a jamais été mesurable.

Il semble que dans toutes les parties basses du Sahara, le régime des pluies est le même qu’à In Salah : sur tous les itinéraires on trouve mentionnés des puits qui cessent de contenir de l’eau deux ans, trois ans, sept ans, après le dernier orage. On parle même aux oasis de périodes de dix-huit ou vingt ans sans pluie. Les nomades, comme les sédentaires, ne tiennent compte dans ces affirmations que des pluies sérieuses ; celles qui ne mouillent pas le sol, qui ne sont pas mesurables, sont complètement négligées.

Il ne survient dans la majeure partie du Sahara que des orages accidentels, parfois très violents ; le printemps 1907 a été presque partout pluvieux ; le ksar de Noum en Nas, dans le Timmi (Touat) a été détruit par un torrent descendu du plateau voisin. Le 25 mars 1907[101], un orage de grêle a dévasté l’oasis de Brinken ; la direction suivie par l’orage était exactement sud-nord. Son action s’est fait sentir par bandes parallèles nettement délimitées ; chacune des bandes dévastées était large de 80 à 150 mètres, les bandes indemnes, où n’est pas tombé un seul grêlon, étaient plus étroites (15-60 m.).

Au cours de leur rezzou vers l’Ouest en 1906, les Taïtok, au voisinage des puits d’El Ksaïb, à quatre étapes au nord-ouest de Taoudenni, ont été sauvés de la soif par un orage qui leur a permis d’abreuver leurs chameaux et de remplir leurs outres.

Aux oasis ces orages accidentels sont considérés comme un malheur ; ils empêchent parfois la fécondation des dattiers et peuvent gravement compromettre la récolte ; ils ramènent, dans les parties basses, le sel de la profondeur à la surface du sol : après un orage, les jardins trop voisins d’une sebkha sont perdus pour plusieurs années ; il faut longtemps pour que l’eau des seguias puisse en laver la terre. Enfin dans les ksour les constructions en terre sèche, en « tin », avec leurs terrasses plates, supportent mal la pluie : chaque averse cause des ruines et nécessite des réparations. A Tombouctou, où malgré des pluies régulières on a conservé le type de construction des ksour, les maçons se chargent, à l’abonnement, de l’entretien des maisons. Chaque année, à Zinder, à Agadez, etc., il faut faire de grosses réparations au poste. Dans la zone vraiment pluvieuse, on ne trouve guère que des toits coniques ; les toits en terrasse disparaissent.

Sur les plateaux et les régions élevées, les pluies sont moins rares ; on n’a pas de renseignements sur les Eglab, mais les oueds qui en descendent sont humides et contiennent de nombreux points d’eau ; le Tadmaït arrose le Touat et le Tidikelt et contribue à la fertilité du Gourara et des oasis du Sud constantinois ; il faut donc qu’il y pleuve assez régulièrement. Bien que le Tadmaït soit assez mal connu, on sait qu’il y existe des daïa, qui contiennent parfois de l’eau et sont plus souvent couvertes de pâturages.

Les pluies ne sont pas très rares sur la Coudia et dans son voisinage immédiat ; elles peuvent survenir en toutes saisons ; d’ordinaire, comme au Soudan, elles arrivent pendant l’été, ou bien parfois, comme dans le bassin méditerranéen, pendant l’hiver.

En avril 1880 Flatters a noté 7 jours de pluie.

Dans leurs contre-rezzou à l’Ahaggar, Cottenest (printemps 1902) et Guilho-Lohan (hiver 1902)[102] ont reçu des averses. Du 1er août au 11 septembre 1905, j’ai noté onze fois de la pluie et il y avait eu des orages dès le mois de juin. Malheureusement il y a des années de sécheresse (1903-1904) ; le pays n’en souffre que peu si la mauvaise série ne dépasse pas trois ans, mais elle en dure souvent quatre ou cinq.

En 1906, au cours de sa tournée dans l’Ahaggar, Voinot a eu deux journées entières de pluie (27 et 29 janvier) ; il est tombé quelques gouttes d’eau le 6, 7, 19 et 21 avril. En décembre 1905 il avait plu entre In Salah et Amgad et il est tombé quelques averses en mai 1906 dans l’Ahnet. Enfin Cortier mentionne, dans les contreforts ouest de la Coudia, une petite pluie le 30 mars 1907 et de fortes averses le 31 mars et le 3 avril.

Ces orages sont en général assez brusques et très localisés. Le 4 août 1905, dans l’oued Tit, à 15 kilomètres à l’ouest d’Abalessa, la matinée avait été belle et sans vent. A midi et demi, très légère brise du sud-ouest ; à deux heures, tonnerre vers l’est ; le vent, toujours faible, s’établit entre nord et nord-ouest ; le ciel est à moitié couvert et le vent, franchement nord, est devenu grand frais ; à trois heures, toutes nos tentes sont arrachées et l’orage commence à tomber par très grosses gouttes, le vent passe au nord-est ; à cinq heures quarante-cinq, la pluie cesse et il y a une légère brise de l’ouest. La température, au cours de cet orage, a présenté quelques sauts brusques :

Thermomètre sec.Thermomètre mouillé.
12h,30m43°,522°,5
2 ,43°,525°
2 ,50m32°,5«
3 ,1527°,523°
5 ,4523°,521°,5
6 ,4531°,523°,5

Le relèvement de température de six heures quarante-cinq, après le soleil couché, est remarquable. A Abalessa, il n’était tombé qu’une averse insignifiante, et cette localisation des tornades explique que de l’air plus chaud puisse être amené par le moindre coup de vent au point refroidi par l’orage.

Des observations plus suivies ont été faites à Tamanr’asset[103] ; elles portent sur une année.

Août 1905. Chaleur très modérée ; les températures moyennes pendant la seconde quinzaine ont été 20°,8 à six heures du matin ; 36°,2 à deux heures et demie ; 30°,5, à six heures du soir.

Cinq ou six forts coups de vent durant quelques heures. Deux ou trois fortes averses durant de une à quatre heures.

Septembre. Température moyenne. Très peu de vent. Un fort orage avec pluie pendant cinq ou six heures.

Octobre. Température moyenne. Très peu de vent, pas de pluie.

Novembre. Nuits fraîches, mais non froides ; journées tempérées. Très peu de vent, pas de pluie.

Décembre. Nuits fraîches, mais non froides, journées tempérées. Dans les premiers jours du mois deux ou trois pluies légères de trois à quatre heures chacune ; l’oued coule pendant deux jours à Tamanr’asset.

Janvier 1906. Assez froid la nuit, tempéré le jour. Très peu de vent, pas de pluie. Rosée. Ni glace ni gelée blanche.

Février. Froid la nuit, frais le jour. Très peu de vent ; deux fortes pluies d’environ douze heures chacune dans les premiers jours du mois. Rosée abondante, ni glace, ni gelée blanche. L’oued coule pendant quatre jours à Tamanr’asset.

Mars. Du 1er au 10. Froid la nuit, frais le jour. Très peu de vent. Pas de pluie.

A partir du 10. La température change brusquement et devient tempérée le jour ; les nuits, ni chaudes ni froides. Presque tous les jours grand vent venant du sud et amenant brume et chaleur. Pas de pluie.

Avril. Température moyenne. Presque tous les jours grand vent venant souvent du sud. Pas de pluie.

Mai. Du 1er au 20. Température modérée. De dix heures du matin au coucher du soleil, grand vent venant ordinairement de l’ouest ; le reste du temps pas de vent. Le 11, quelques gouttes de pluie ; le 12 quelques très légères averses.

A partir du 20, la température change brusquement, les journées deviennent chaudes, les nuits restent tempérées et fraîches. De dix heures du matin au coucher du soleil, vent modéré venant souvent du sud ; le reste du temps, pas de vent. Une très petite averse le 30.

Juin. La moyenne des températures est 14° à cinq heures, 36° à midi, 30° à six heures. De dix heures du matin au coucher du soleil vent modéré, venant souvent du sud ; le reste du temps, pas de vent.

Les 8, 25 et 26, quelques gouttes de pluie. De minuit au lever du soleil, l’air est souvent humide.

Juillet. Moyenne des températures : cinq heures 15° ; midi 37° ; six heures 31°. De dix heures du matin au coucher du soleil vent modéré venant souvent de l’est ; le reste du temps, presque pas de vent. Ciel souvent couvert le jour, ordinairement découvert la nuit. Le 1er et le 2, quelques gouttes de pluie.

Pour la pluie, l’année 1905-1906 a été exceptionnelle ; d’ordinaire, il pleut en été plutôt qu’en hiver.

D’après Duveyrier, la neige serait assez fréquente sur la Coudia et tiendrait parfois trois mois sur l’Ilamane. Au cours de la période août 1905-juillet 1906, l’absence de neige est expressément mentionnée sur l’Ilamane qui, de Tamanr’asset, est très en vue. L’indication de Duveyrier est probablement erronée et tient à une faute de traduction : le tamahek n’a qu’un seul mot (ar’eris) pour désigner l’eau solide sous toutes ses formes (glace, grêle, neige, gelée blanche).

Le sol de l’Ahaggar est d’ordinaire imperméable, de sorte que toute l’eau tombée se rassemble rapidement dans les vallées et s’écoule parfois à de grandes distances : les crues de l’oued Tamanr’asset dépassent parfois Timissao.

Ces crues sont extrêmement brusques : le 5 août 1905, un orage survint vers trois heures de l’après-midi à notre campement près de l’oued Tit (15 km. est d’Abalessa) ; vers cinq heures, l’oued commence à couler avec une vitesse d’environ 2 mètres par seconde ; il contient 0 m. 25 d’eau ; vers sept heures, il n’en contient plus que 0,12 et sa vitesse n’est guère que de 1 mètre ; vers neuf heures il est à sec.

Cet exemple est insignifiant ; mais parfois l’eau est assez profonde pour noyer un homme ; on trouve souvent accrochés aux branches, à deux ou trois mètres du sol, des débris qui n’ont pu être amenés que par les crues. A la suite de ces orages, les alluvions sont largement mouillées et peuvent conserver d’importantes réserves d’humidité, que la structure du pays rend assez facilement utilisables.

Plus au sud, les régions élevées comme l’Aïr ou l’Adr’ar’ des Ifor’as appartiennent, par leur climat, au Soudan et présentent une saison de pluies régulières.

A notre arrivée dans l’Adra’r’, à In Ouzel, le 23 juin 1905, il pleuvait depuis deux ou trois semaines ; l’état de la végétation herbeuse qui sortait du sol toute fraîche, confirmait les indications des indigènes ; jusqu’à la fin de notre séjour (28 juillet) il a été noté 10 jours de pluie.

En 1907[104], le 6 mai, un gros orage forme dans l’oued Tekakand de beaux aguelmans. Il est probable que cet orage isolé est exceptionnel et que la saison pluvieuse ne commence régulièrement qu’un peu plus tard. Voici, pour la première quinzaine de juin, les observations de Dinaux : le 30 mai, une heure de pluie violente à quatre heures du soir ; le 2 juin, trois heures de pluie torrentielle (entre trois heures et huit heures du soir) : l’oued Eferir est transformé en un marécage de deux kilomètres de large ; le 8 juin, une demi-heure de pluie violente (trois heures du soir) ; le 9 juin une heure d’averses intermittentes (quatre heures) ; le 12 juin, pluie torrentielle de trois à six heures du soir. L’Oued in Ouzel coula une partie de la nuit.

Le caractère particulier de ces crues a déjà été indiqué ; à cause de la largeur des vallées, elles ne sont jamais violentes ; la nappe d’eau n’a pas de profondeur et le courant n’est pas rapide, sauf peut-être dans quelques oueds de montagne.

Cette saison des pluies de juin, juillet, août paraît très régulière et chaque région de l’Adr’ar’ reçoit trois ou quatre grandes tornades chaque année, habituellement dans la soirée : c’est vers quatre ou cinq heures de l’après-midi que le ciel commence à se couvrir ; les nuages apparaissent souvent au sud-est.

Parfois cependant une seconde période pluvieuse se produit deux mois après la fin des orages réguliers. Les crues qui peuvent survenir ainsi à la fin d’octobre sont en général redoutées ; elles détruisent la végétation herbacée qui s’était établie dans les oueds et restreignent singulièrement les pâturages.

Les observations thermométriques sont encore peu nombreuses ; cependant, pendant la saison des pluies, les maxima sont relativement peu élevés ; pendant la première quinzaine de juin 1905, dans le tanezrouft d’In Zize, la température dépassait tous les jours 45° et approchait parfois de 50° ; dans la seconde quinzaine de juin et de juillet, dans l’Adr’ar’, le thermomètre a rarement indiqué plus de 40° ; dix-huit fois sur trente-quatre, c’est-à-dire dans la majorité des cas, le maximum est resté inférieur à ce chiffre ; le 9 juillet, il a été de 31° ; la plus haute température observée (44°) a été notée une seule fois. A cinq heures du matin les lectures sont en général voisines de 25°.

Il est probable que, si l’on pouvait la construire, la courbe aurait une allure voisine de celle de Tombouctou ; mais on ne sait rien sur les températures de l’hiver dans l’Adr’ar’ ; il est vraisemblable que dans les mois de décembre, janvier et février, le thermomètre descend parfois au voisinage de 5° ou 6°, mais ce n’est là qu’une impression.

Dans l’Adr’ar’, comme dans toute la zone sahélienne, l’air est en général sec ; même pendant la saison des pluies, l’écart entre les deux thermomètres, sec et humide, atteint facilement 15° dans l’après-midi ; le matin cependant l’humidité est parfois sensible ; l’écart entre les deux thermomètres est souvent faible, 4° ou 5° ; il tombe rarement à 2°.

Le climat de l’Aïr est très comparable à celui de l’Adr’ar’ ; il présente aussi une saison de pluies régulières, mais plus tardive ; le Teloua, qui passe à Agadez, coule habituellement, d’après les renseignements qu’a bien voulu me donner Lefebvre, six à sept fois par an ; les années sèches, il ne présente que deux ou trois crues ; en 1905, qui a été une année particulièrement pluvieuse, il a coulé 19 fois. Du 17 septembre 1905, date d’arrivée à l’oued Tidek, jusqu’au 5 novembre, départ d’Agadez, j’ai noté neuf fois de la pluie.

Foureau pendant son séjour dans l’Aïr (mars-juillet 1899) a noté trente-trois jours de pluie ; pour la plupart des jours, il s’agit seulement de quelques gouttes d’eau et la Mission Saharienne n’a reçu que quatre averses sérieuses.

Les températures paraissent les mêmes que dans l’Adr’ar’ ; du 17 septembre au 5 novembre 1906, j’ai noté deux fois 40°, le 27 septembre dans l’oued Kadamellet et le 26 octobre à Alar’sess ; une seule fois 43°, le 14 octobre, près d’Iférouane. Les températures de 38° ou 39° ont été fréquentes. En septembre, les minima ont toujours été supérieurs à 20° ; en octobre, ils sont descendus quelquefois à 19°. Le 6 novembre, j’ai observé 13° à quelques kilomètres à l’ouest d’Agadez. Dans l’Aïr comme partout, un temps couvert s’oppose au rayonnement : le 7 octobre à Iférouane, après une nuit couverte qui avait amené la pluie sur le Timgué, il y avait 36° à six heures du matin ; 39° à deux heures et 36° à six heures du soir.

L’état hygrométrique a été le même que dans l’Adr’ar’.

La région de Tombouctou, le Télemsi, le Tégama, le bassin du Tchad qui appartiennent eux aussi à la zone sahélienne, ne se distinguent guère, au point de vue climatérique, de l’Adr’ar’ ou de l’Aïr. Du 27 juillet ou 22 août 1905, de Tabankort à Tombouctou, Gautier a noté dix tornades dont deux d’une extrême violence ; à Bourem, d’après le lieutenant Barbeyrac, il tombe en moyenne 8 à 9 tornades par an ; il est très remarquable que ces tornades soient amenées par vent du nord-est ; l’humidité ne peut cependant provenir que de l’Atlantique. Pendant les reconnaissances qu’il a exécutées à l’intérieur de la partie nord du Tchad (juin-août 1905), le capitaine Freydenberg a observé dix tornades suivies de pluie, cinq venant du nord-est et cinq du sud-ouest. Un peu plus au sud, à Massakory, le lieutenant Deschamps a compté, du 19 mai au 26 septembre 1905, 269 heures de pluies. Du 1er mai au 12 août 1906, en allant de Zinder à Tombouctou, j’ai suivi jusqu’à Niamey la limite méridionale de la zone sahélienne ; j’ai reçu, pendant ce voyage, 28 averses ; à partir du 15 mai surtout, presque chaque jour on voyait une ou deux tornades à l’horizon. L’année 1906 a cependant été plutôt sèche, du moins au début de l’hivernage ; au moment de mon passage dans la région de Tahoua, pendant la première quinzaine de juin, on n’avait pas encore pu, faute de pluie, semer le mil ; les indigènes commençaient à être inquiets.

Il pleut d’ailleurs accidentellement, dans tout le Soudan, en dehors de la saison d’hivernage : en février 1906, on a recueilli à Tombouctou 2 mm. 3 d’eau ; Foureau, en janvier 1900, a noté trois ondées au Tchad.

Les tornades de l’été présentent les mêmes caractères dans toute la zone sahélienne, mais, dans l’Adr’ar’ et dans l’Aïr, l’horizon est toujours borné, de sorte qu’on voit mal l’ensemble des phénomènes. Dans les pays de plaine, on les voit au contraire fort bien ; de loin, les tornades sont nettement délimitées et on peut les embrasser d’un seul coup d’œil. Elles sont habituellement d’une violence extrême ; sur le fleuve, les chalands sont obligés de se mettre à l’abri et malgré cette précaution, ils sont violemment agités par la houle qui accompagne le coup de vent ; malgré l’abri que procurent les berges du fleuve, les vagues embarquent fréquemment. La tornade pousse le plus souvent devant elle une colonne de poussière que l’on voit s’avancer de loin comme un grand mur jaunâtre ou rougeâtre et qui semblé être l’origine des brumes du Soudan. Au-dessus de cette colonne, on aperçoit souvent un cumulo-nimbus.

Parfois il n’y a pas autre chose et la tornade est sèche ; souvent aussi elle amène la pluie ; dès qu’il pleut, le vent change complètement de direction et diminue de vitesse.

Les cyclones (?) qui donnent naissance à ces tornades sont de très petit diamètre, aussi sont-ils en général sans influence sur le baromètre.

La plupart de ces tornades sont de courte durée ; elles sont accompagnées d’ordinaire d’éclairs et de tonnerre et apparaissent le plus souvent le soir ou la nuit ; parfois aussi elles commencent à minuit ou une heure du matin.

Ces perturbations violentes et brèves sont certainement les plus fréquentes dans la zone sahélienne ; cependant la pluie prend quelquefois un caractère différent. Le 22 juin 1906, à l’est de Matankari (13°,40′ Lat. N.) tout près de la limite des zones soudanaise et sahélienne, de huit heures et demie à huit heures trois quarts du matin, j’ai noté un fort orage, accompagné de grêle, par vent d’est ; à neuf heures le vent (3)[105] était passé au sud-est et une pluie fine, très continue et peu abondante, d’un type familier en Europe, commençait à tomber ; vers dix heures le vent devenait sud-ouest (2) ; la pluie cessa à onze heures ; pendant ces deux dernières heures, il n’y a eu ni éclair ni tonnerre.

Le 26 juin au soir, le vent était assez faible et soufflait du sud ; vers minuit il passait brusquement à l’ouest ; dès que la pluie, qui dura de minuit à onze heures du matin, le 27, commença à tomber, le vent assez faible s’établit à l’est ; à 11 heures, il était passé au sud-ouest (4) ; toute l’après-midi, il se maintenait à l’ouest (1).

Dans la majeure partie du Sahara, le vent dominant souffle du nord-est ; les dunes fournissent à cet égard un excellent enregistreur et il ne saurait y avoir de doute ; les dunes fossiles qui s’étendent du Sénégal au Tchad montrent qu’à une époque antérieure le régime était le même, comme il fallait s’y attendre puisque les causes qui déterminent les alizés sont permanentes.

Il y a cependant quelques exceptions. Les unes sont très locales et probablement négligeables : le bras d’erg qui borde à quelques cents mètres la falaise orientale du tassili Tan Adr’ar’ indique des vents d’ouest. D’autres sont plus importantes ; dans la région du Cap Blanc les vents viennent du nord d’une façon presque constante. La même direction domine entre Araouan et Taoudenni : les bras d’erg s’étendent de l’est à l’ouest sur 300 kilomètres et il ne peut être question ici de remous locaux. Les dunes fossiles entre Araouan et Tombouctou indiquent au contraire des vents du sud ; l’asséchement du lac de Taoudenni n’est peut-être pas étranger à ce changement de régime.

D’ailleurs les dunes ne peuvent donner que la résultante du vent ; les quelques observations que l’on a montrent des variations saisonnières considérables. Tamanr’asset, d’après les observations relatées plus haut, en fournit un bon exemple. A In Salah, en 1905, on a noté 460 fois le vent du nord-est ; 194 fois du nord ; 84 fois du sud-ouest ; à Tombouctou, 215 fois du nord, 194 fois du nord-est, 188 fois du nord-ouest, 166 fois du sud-ouest et 146 fois de l’ouest ; les autres directions sont rares. La même année, à Zinder, le vent dominant a été est-nord-est de janvier à fin avril ; il a été sud-ouest en mai et juin, variable en juillet et août ; en septembre et octobre, le vent d’ouest a été le plus fréquent ; celui d’est, en novembre et décembre.

Ces changements sont évidemment liés à la saison des pluies ; il semble que l’Adr’ar’ est un centre de pressions basses pendant l’été, hautes pendant l’hiver. Gautier [cf. t. I, [ p. 52]] a insisté sur le rôle possible des grands ergs, plus chauds en été et plus froids en hiver que les hammadas voisines, dans la distribution des pressions : les hammadas et les ergs constituent peut-être au Sahara, au point de vue météorologique, des entités aussi distinctes que, à la surface du globe, les mers et les continents.

Malgré les nombreux documents déjà connus, il semble qu’un essai de synthèse serait prématuré.