II. — LES PAYS

Dans toute cette zone des hautes plaines sédimentaires du Soudan vit une population assez nombreuse, malgré les ravages qu’y a faits jusqu’en ces dernières années la traite des esclaves.

Presque partout deux demi-civilisations coexistent ; des villages, habités par des populations noires, vivent surtout de la culture ; entre les villages nomadisent des pasteurs sans liens anthropologiques ou ethniques avec les sédentaires.

Au cours de luttes interminables entre les innombrables sultans noirs, les villages ont souvent changé de maîtres et fait partie des groupements les plus divers. Leur longue histoire, sans grand intérêt probablement, ne pourra guère être débrouillée, et seulement pour une courte période, que par des gens résidant longtemps dans le pays.

Le travail a été commencé ; et, aux traditions soigneusement recueillies par Barth, sont venues s’ajouter quelques monographies excellentes comme celle que le commandant Gadel a consacrée à Zinder.

Il est encore impossible cependant de chercher à faire une synthèse de tous ces renseignements. Il faudra se borner à mettre en évidence quelques groupements naturels qui ont été imposés par des conditions géographiques ou géologiques.

Dans l’ensemble, la région de hautes plaines dont nous venons de chercher à définir la structure géologique, forme d’une manière très graduelle la transition entre le Sahara où il ne pleut pas et la région équatoriale où il pleut beaucoup. Dans leurs parties septentrionales, les plus proches du désert, ces hautes plaines se prêtent mal à la vie des hommes ; à mesure que l’on va vers le sud, l’eau devient moins rare et la vie plus aisée ; les villages apparaissent, localisés surtout, d’abord, dans quelques districts où des reliefs insignifiants suffisent cependant à accroître les précipitations atmosphériques et fournissent de bonnes positions de défense. Plus que la certitude d’avoir de l’eau facilement, la préoccupation de la sécurité a déterminé le choix de l’emplacement des villages, non seulement en Afrique, mais dans le monde entier, comme en témoignent encore tant de vieux villages français, juchés sur des collines d’accès difficile.

Nomades. — A part ces régions favorisées, la zone qui s’étend du Tchad au Sénégal est habitée surtout par des nomades de différentes races, qui se pénètrent peu.

A l’est, les Tebbous, fort mal connus, ont leur centre dans le Tibesti ; depuis des siècles, jusqu’à notre arrivée, ils étaient en lutte avec les gens de l’Aïr pour la possession de Bilma ; leurs campements les plus éloignés vers l’ouest sont au nord du Koutous, à Garagoa ; on les retrouve entre Chirmalek et le Tchad ; le poste de Mirrh a été établi pour les surveiller. Ils ne vont que peu au sud de cette ligne, qui forme à peu près la limite commune à leurs parcours et à ceux des Peuhls.

Entre le Tchad et le Borkou, ils ont été refoulés par une tribu arabe, les Ouled Sliman venus du Fezzan il y a un petit nombre d’années ; tribu sur laquelle Nachtigal, et plus récemment Mangin [La Géographie, XV, 1907], ont donné d’assez nombreux détails.

Le domaine des Touaregs commence à l’Aïr ; plus au sud, ils s’étendent davantage à l’est et campent dans l’Alakhos ; leurs dernières tentes dans cette région sont à Zéno. On les retrouve vers l’ouest, après quelques interruptions entre le Télemsi et Tombouctou, jusqu’à la région du Faguibine. Leur limite méridionale paraît compliquée et semble décrire de nombreux crochets : les Kel Gress pénètrent jusqu’à Sokoto ; à l’est et à l’ouest de l’Adr’ar’ de Tahoua, où les nomades sont Touaregs, les Peuhls au contraire remontent assez loin vers le nord : on les rencontre tout au moins à Kankara et à Amashi, comme autour de Matankari. Je n’ai pas de documents suffisants pour préciser la limite des deux races ; il semble en tous cas qu’elles ne nomadisent pas ensemble. De la vallée du Télemsi à Tombouctou, la plaine au nord du Niger et jusqu’au Timetrin est occupée par des nomades de langue arabe, Kountah et Berabiches qui séparent les Oulimminden et les Ifor’as, des Touaregs de Tombouctou (Kel Antassar, etc.[85]).

Parfois les habitats de ces différents peuples correspondent visiblement à des régions naturelles : l’Adr’ar’ des Ifor’as arrête les Kountah. Vers l’ouest, le Djouf semble être la limite extrême des Touaregs ; mais le plus souvent les limites sont indécises et ne semblent correspondre à aucun accident géographique notable. Chaque peuplade nomade a quelques districts montagneux où elle est solidement installée et qui lui servent de citadelle ; elle s’étend plus ou moins dans la plaine suivant le hasard des combats : les oasis du Kaouar ont de tout temps été l’objet de luttes entre les Tebbous du Tibesti et les Touaregs de l’Aïr. Les premiers y étaient les maîtres au moment du passage de Nachtigal (1870) ; lors de notre installation à Bilma (1906), les salines dépendaient des Kel Aïr.

A quelque race qu’ils appartiennent, la vie de tous les nomades est la même : du Sud algérien aux falaises de Hombori, les nomades sont à la recherche de bons pâturages pour leurs troupeaux ; ils ajoutent, aux bénéfices un peu aléatoires de l’élevage, l’escorte et au besoin le pillage des caravanes et quand ils sont en contact avec des sédentaires, ils leur imposent une protection onéreuse : l’histoire du Damergou ou de Tahoua reproduit celle des Oasis, et cette manière de faire, qui est pour les peuples pasteurs presque une nécessité, n’est pas spéciale aux bergers africains.

Quant au choix des animaux qui constituent le cheptel, il est une affaire de météorologie et non pas de race humaine. Partout l’élevage du mouton et de la chèvre est important ; dans les pays les plus secs on y ajoute le chameau ; quand la pluie devient moins rare, le bœuf apparaît à côté du chameau ; un peu plus loin du désert, en Algérie comme au Soudan, le cheval devient possible et le dromadaire disparaît d’abord comme monture, puis comme animal porteur. Ces substitutions progressives se font chez les Tebbous tout comme chez les Arabes et les Touaregs. Seuls les Peuhls, qui ne touchent nulle part au Sahara, n’élèvent, comme animaux de bât ou de selle, que le cheval et le bœuf.

Ce n’est pas le lieu de discuter ici sérieusement la question controversée de savoir si la vie, nomade ou sédentaire, est un caractère de race ; les caractères anthropologiques des Africains sont encore trop mal connus pour qu’ils puissent servir d’appui à une semblable discussion. Il semble toutefois que les conditions de milieu ont, plus que les caractères anatomiques, une influence sur le mode d’existence que chaque groupement humain adopte. Malgré leur nom, les Kel Oui sont des Haoussas et ils vivent de la vie des Touaregs ; sur les rives du Niger, il y a des villages de Peuhls. Quant aux Touaregs véritables, ils sont apparentés de bien près à des populations sédentaires d’Europe ou d’Afrique mineure.

Adr’ar’ de Tahoua. — Tahoua est le chef-lieu d’une région bien caractérisée, l’Adr’ar’ de Tahoua, appelé parfois l’Adr’ar’ Doutchi. Cette expression bizarre est formée du mot tamachek adr’ar’ et d’un mot haoussa « doutchi » qui veut dire caillou, rocher ou colline pierreuse. Cet Adr’ar’ est un plateau de calcaires et d’argiles éocènes ([fig. 35,] p. 96), protégé le plus souvent par un manteau latéritique ; il est entaillé par de profondes vallées, les « dallols », souvenir d’un état hydrographique antérieur. Ces vallées, larges souvent de 5 à 6 kilomètres, sont flanquées de falaises élevées, hautes parfois de plus de 100 mètres ; ce sont certainement des vallées d’érosion, creusées naguère par des fleuves venus de l’Aïr et de l’Ahaggar, fleuves aujourd’hui décapités ([fig. 68,] p. 225).

Le fond des dallols a conservé des alluvions, mais le vent y a fait cependant son œuvre et des dunes nombreuses interrompent la pente de la vallée ; ces barrages ont favorisé l’établissement de grands étangs ; celui de Keita ([Pl. XX]) est presque un lac.

Fig. 40. — Dallols près de Labat.

Adr’ar’ de Tahoua.

La majorité des villages, pour des raisons défensives, est établie au bord du plateau, souvent assez loin des puits dont la plupart, profonds d’une dizaine de mètres, sont creusés dans les alluvions, vers le milieu des dallols. Quelques villages cependant, comme Kalfou (Pl. XXVII, [phot. 52]), sont installés au milieu des plateaux, dans des cuvettes synclinales où ils ont pu trouver de l’eau.

La culture du mil est la seule importante ; on le sème dans la première quinzaine de juin et il est mûr quatre mois après ; il y a aussi quelques champs de coton.

Les sédentaires sont naturellement des noirs, mais le pays est sous la domination des Touaregs, les Kel Gress vers l’est et surtout lès Oulimminden, dont la région de parcours est au nord de l’Adr’ar’ et s’étend jusqu’à Gao. D’après les traditions locales cette domination remonterait à trois ou quatre siècles ; elle est vraisemblablement beaucoup plus ancienne ; les redjems, surtout des basinas, identiques à ceux du Sahara, sont abondants dans l’Adr’ar’ de Tahoua, comme dans tous les pays occupés actuellement par les populations berbères[86]. Quoique aucun d’eux n’ait été fouillé, il semble impossible de les confondre avec les autres types de sépulture décrits par Desplagnes [Le Plateau Central Nigérien] et qui sont attribuables à d’autres races.

L’influence targuie est en tous cas bien marquée, même chez les sédentaires ; habituellement, chez les noirs, ce sont les femmes qui font toutes les corvées ; dans la région de Tahoua, les hommes prennent une part active au travail.

La limite orientale de l’Adr’ar’ de Tahoua est très précise : un peu à l’est de Guidambado commencent les plateaux éocènes qui débutent par une falaise, au-dessus des grès du Crétacé supérieur. La plaine que forment ces grès au contact de l’Adr’ar’ (désert des Mousgou, Gober) est à peine habitée.

Djerma. — Vers l’ouest les limites sont beaucoup plus indécises. Les grès bariolés qui sont à la base de l’Éocène se continuent jusqu’au Niger, constituant la région du Djerma[87], région qu’habitent des populations de langue sonr’ai.

Fig. 41. — Matankari, sur le dallol Maouri.

Au premier plan, place du marché.

Quelques bandes de terrain, très allongées du nord au sud, et larges de l’est à l’ouest de 70 à 80 kilomètres, manquent d’eau ; elles sont désignées sur plusieurs cartes par le nom d’Azaoua. On trouve pour d’autres régions désertes ou tout au moins privées d’eau, les noms d’Azaouad, d’Azaouak, d’Ahaouak. La langue touareg présente au moins quatre dialectes, celui des Kel Ahaggar, celui des Kel Oui, celui des Ifor’as et celui des Oulimminden ; le premier seul est bien connu. Dans le dialecte des Kel Ahaggar, Azaoua est le nom d’un arbre, le tamarix, qui, sauf dans la région du Tchad, manque au Soudan. Il est donc possible que le mot Azaoua soit inexact : ce serait plutôt Azaouad ou Azaouak, dont le sens précis est inconnu, qui conviendrait. Quoi qu’il en soit de cette question philologique, les puits et par suite les villages sont localisés dans les grandes vallées (dallols Bosso, Maouri). Il semble que ces bandes désertes ont servi de barrière à l’extension des langues sonr’ai et haoussa, mais il y a eu, je crois, quelques pénétrations réciproques : la distribution géographique de ces deux langues, au voisinage de leur frontière, serait à préciser sur place.

R. Chudeau. — Sahara Soudanais.Pl. XIV.

Cliché Posth

27. — LE DALLOL BUSSO, A YENI.

Cliché Pasquier

28. — LES RUINES DE LA MOSQUÉE DE GAO.

Les bœufs sont au milieu du cimetière musulman.

Tessaoua. — La plupart des pays où les villages sont rapprochés, sont des régions de collines ou de plateaux bien marqués ; le petit sultanat de Tessaoua fait exception à cette règle ; il correspond au point où une vallée importante, affluent du Goulbi n’Sokoto, reçoit plusieurs rivières. Toutes ces vallées ([fig. 32,] p. 91), encaissées de quelques mètres, sont creusées dans des grès ; à Kongoumé, les falaises, orientées est-ouest, dans la direction des vents dominants, sont à peine ensablées ; auprès de Tessaoua, le Goulbi, large de plusieurs kilomètres, coulerait, s’il y avait de l’eau, du sud au nord, de sorte que les falaises gréseuses ont à peu près complètement disparu sous un amoncellement de sable ; l’ensemble de la région forme à peine des collines surbaissées et d’accès facile ; ce sont de mauvaises conditions de défense, mais le pays est fertile : à la culture du mil, du coton et de l’indigo s’ajoutent les cultures maraîchères (oignon, manioc, arachide, etc.). Le tabac vient également fort bien ; sa préparation est très soignée et le tabac de Tessaoua, célèbre au loin, est un des meilleurs que l’on puisse fumer au Soudan.

Cette richesse du sol, qui tient uniquement à l’abondance de l’eau, a permis à la population de se réunir dans de gros villages (Maijirgui, 1000 h. — Kanambakachy, 1500 h., etc.), tous protégés par de fortes palissades. Ces villages sont rapprochés les uns des autres et les zones débroussaillées qui les entourent, d’un diamètre de 5 à 6 kilomètres, se rejoignent : on ne voit partout que des cultures autour de Tessaoua. Habituellement vers le 14° de latitude nord, les villages sont beaucoup plus éloignés les uns des autres et leurs champs sont séparés par d’épais massifs de savane ou de brousse à mimosées.

Grâce à sa densité, la population du Tessaoua a pu résister aux Peuhls qui font paître leurs troupeaux de bœufs vers le sud et aux Touaregs qui élèvent leurs chameaux vers le nord [Barth, Reisen, II, p. 13 et 10]. Le sultanat de Tessaoua a une soixantaine de kilomètres du nord au sud, une vingtaine de l’est à l’ouest ; sa population serait d’environ 70000 habitants.

Depuis notre occupation, la sécurité est devenue plus grande ; à Tessaoua et dans les gros villages, beaucoup de cases demeurent inoccupées, les cultivateurs préférant habiter de petits hameaux au milieu de leurs champs ; cet heureux symptôme de calme et de prospérité est d’ailleurs assez général au Soudan.

Le Tessaoua est séparé de l’Adr’ar’ de Tahoua par le désert du Gober ou des Mousgou[88]. Quelques villages seuls, Guidam Moussa (500 hab.), Kornaka (400 hab.), jalonnent la route d’étapes ; au nord il n’y a que des nomades et vers le sud, les premiers villages de la Nigeria sont à plus de 50 kilomètres. Malgré cet isolement on a pu créer à Amonkay Ouroua, à 23 kilomètres de Kornaka, un petit village : 4 ou 5 familles de noirs ont osé s’y installer, tentées par un sol assez fertile et un puits peu profond (8 m.). Vers l’ouest, les premiers villages de la région de Tahoua sont séparés d’Amonkay par une soixantaine de kilomètres où nomadisent des Peuhls.

Je crois qu’il est difficile de trouver un meilleur exemple de la confiance que les officiers du troisième territoire ont su imposer à leurs administrés.

Demagherim. — Les crêtes siluriennes, flanquées de mamelons granitiques, qui constituent les massifs d’Alberkaram et de Zinder, forment une région naturelle, le Demagherim, où la population sédentaire, de langue haoussa, est assez dense[89].

Les crêtes siluriennes sont constituées par des quartzites perméables à affleurements nord-sud entre lesquels, formant le fond de cuvettes ensablées, se trouvent des micaschistes et des roches éruptives. L’eau se conserve bien dans ces dépressions ; les mares temporaires sont fréquentes et les puits alimentés par des pluies régulières sont peu profonds : à la fin de la saison sèche, on trouve l’eau à une douzaine de mètres au plus.

Dans la plupart des dépressions, il y a des mares d’hivernage où la végétation arborescente devient fort belle (Daganou-Mazammi) ; certains arbres, en particulier les gao (Tamarindus) y atteignent une vingtaine de mètres.

Ce massif d’Alberkaram est d’un accès particulièrement difficile ; les cols sont rares dans les crêtes de quartzites ; aussi la population, les Kardas, a pu vivre assez isolée et est restée en majeure partie fétichiste.

Les districts granitiques qui bordent à l’est et à l’ouest ce massif silurien sont d’un accès plus facile : les hauteurs sont des mamelons isolés ; toutes les parties basses sont envahies par des dunes mortes qui, recouvrant des terrains imperméables, conservent d’abondantes réserves d’eau.

A Merria, l’ancienne capitale, il y a même une source, la seule du pays, qui donne naissance à un ruisseau permanent. Ce ruisseau qui coule pendant 5 ou 600 mètres est employé à l’irrigation. La culture maraîchère (légumes, citrons), très développée à Merria, alimente Zinder. Le marché hebdomadaire qui s’y tient a l’importance des marchés d’un chef-lieu de canton de France.

La structure mamelonnée des régions granitiques se prête admirablement à l’établissement de mares ; quelques-unes sont de véritables lacs. L’un des plus beaux est à Gidi-Mouni ; il a plusieurs kilomètres de long et est bordé de dômes granitiques.

Barth [Reisen, IV, p. 73] en donne une bonne représentation sous un nom inexact (Bada-Muni). Sur les bords du lac et dans les canaux qui en dérivent, la végétation est fort belle, et la culture très développée ; il y a quelques dattiers et les baobabs, plus rares au nord, sont abondants.

Dans tout le Demagherim, les villages sont nombreux et rapprochés ; beaucoup sont importants. Cependant, seule la capitale actuelle, Zinder, mérite le nom de ville. Zinder est le nom arabe, à peine connu des indigènes qui désignent l’enceinte fortifiée où résidait le sultan[90] sous son nom haoussa de Damangara ; à 1500 mètres au nord, le faubourg où résident les marchands et où s’arrêtent les caravaniers est Zengou.

Zinder est une ville récente qui a remplacé Merria comme capitale vers 1820 ; elle a été fondée et fortifiée, au commencement du XIXe siècle, par un chef de bande, d’origine kardas, qui en a fait surtout une place forte, une citadelle d’où il pouvait facilement aller piller ses voisins. Les sultans de Zinder ont reçu longtemps l’investiture du Bornou ; Ahmadou I (1893-1899) est le premier qui se soit déclaré indépendant.

Cette origine artificielle explique que Zinder se soit peu développée : l’emplacement a été choisi uniquement au point de vue du brigandage ; sa population, 10000 habitants, est la même en 1902 (Gadel) qu’en 1852 (Barth).

L’industrie y est à peu près nulle, le commerce médiocre ; les chances d’avenir paraissent assez faibles. Kano, beaucoup mieux située, est une concurrente redoutable, à moins de 100 kilomètres. Il n’y a pas place pour deux villes importantes dans la même région.

Damergou. — Le Damergou forme au milieu du Tegama une région bien délimitée ; ses dimensions n’excèdent pas 100 kilomètres de l’est à l’ouest et une trentaine du nord au sud. Cette région doit son existence aux argiles turoniennes qui forment à sa surface une série de collines ; malgré leur peu de hauteur, une trentaine de mètres, ces mamelons suffisent à accroître légèrement les chances de pluie ; les argiles, entraînées par le ruissellement, viennent colmater les fonds où abondent les mares d’hivernage. Peu de ces mares sont permanentes, mais le sol reste assez longtemps humide pour que la culture puisse donner de bons résultats ; le petit mil vient fort bien et donne lieu à une exportation importante vers Agadez et l’Aïr, plus de 10000 charges par an. Le coton y pousse bien et la culture maraîchère est assez développée.

Jusqu’à ces dernières années, malgré la protection des Ikazkazan, les sédentaires du Damergou, qui est un pays ouvert, étaient pillés régulièrement au cours des luttes entre les Touaregs de l’Aïr[91] ; aussi les habitants cherchaient-ils à se grouper dans un petit nombre de gros villages vaguement fortifiés. Depuis l’occupation française, la sécurité plus grande leur a permis de se disséminer davantage et de créer de petits hameaux au voisinage des terrains favorables à la culture.

Le commerce est important ; les grandes caravanes transsahariennes s’arrêtent dans le Damergou et plusieurs marchands de Tripolitaine y ont, à demeure, des représentants ; en plus de ce mouvement de transit, les gros villages (Djadjidouna, Sabankafi, Danmeli, etc.) ont, chaque semaine, leur marché où l’on vend surtout des céréales, du bétail, des nattes, des poteries et du savon, ces derniers articles fabriqués sur place.

Les puits sont malheureusement assez médiocres, et la profondeur de la nappe aquifère empêche de les multiplier ; mais les habitants savent se contenter de peu : à Achaouadden par exemple, il y a, près du village, une petite mare qui contient de l’eau pendant deux mois ; le reste de l’année, il faut aller à des puits dont le plus proche est à 7 kilomètres. Le village est cependant assez prospère.

Mounio. — Le Mounio est formé d’une série de massifs granitiques qui, à une époque récente (Tertiaire ?) ont été injectés dans les grès du Tegama. Le relief est médiocre ; les principaux sommets ne semblent pas dépasser 600 mètres et le chiffre qu’indique Barth pour le mont Guediyo, 950 m., à l’extrémité nord-ouest du Mounio, est probablement beaucoup trop fort ; les dépressions sont au voisinage de 400 mètres.

Fig. 42. — Mamelons de microgranites alcalins du Mounio, partiellement ensablés.

Du poste de Gouré. — Horizon sud.

Le pays est assez pittoresque ; les mamelons granitiques sont enfouis jusqu’à mi-hauteur dans du sable qui, sûrement, a été amené par le vent ; j’ai pu vérifier à plusieurs reprises que c’est bien du sable siliceux assez pur et non un amas de minéraux divers, provenant de la décomposition sur place des granites. Les fonds sont occupés le plus souvent par des mares habituellement éphémères, mais qui suffisent à faire croître de grands arbres parmi lesquels dominent les acacias et les doums, accompagnés parfois de dattiers. Sur les pentes sableuses, la végétation est assez dense et les sommets rocheux eux-mêmes sont couverts presque partout d’euphorbes et d’aderas ; dans les parties dénudées, le granite est rose ou gris bleu et l’ensemble fait un paysage en somme agréable ([fig. 61,] p. 151).

Le Mounio a un aspect jeune ; il est à peine entamé par l’érosion ; vers la périphérie, on peut suivre les lits de quelques rivières ; aucune n’a remonté sa source au cœur du pays ; les différentes cuvettes sont sans lien entre elles et c’est là une circonstance fâcheuse ; chaque cuvette ne peut conserver que la pluie qui est tombée sur le petit bassin dont elle occupe le centre ; nulle part, l’eau ne peut s’accumuler en quantité assez considérable pour qu’il y ait des puits tout à fait permanents. Chaque village est à la merci des averses qui, chaque année, tombent dans son voisinage ; les puits sont peu profonds (5-10 m.), et la nature imperméable du sous-sol granitique ne permet pas de croire qu’en les creusant davantage ils auraient un débit moins inconstant.

Aussi les villages sont-ils d’importance très variable ; la population est obligée à de fréquents déplacements. Vers 1850, Barth a évalué la population de Gouré à 9000 habitants ; les cases ruinées sont assez nombreuses pour confirmer ce chiffre. Vers 1900, Gouré était presque complètement abandonné ; en 1906, c’était un village de 600 habitants.

Malgré ces conditions défavorables, le Mounio est toujours resté assez peuplé ; son relief est trop accentué pour qu’il ne soit pas facile à défendre ; il est traversé par la grande route, assez fréquentée, qui, du Tchad et du Bornou, va au Niger, en sorte que le commerce y a une certaine importance.

Fig. 43. — Mamelons de microgranites alcalins du Mounio, partiellement ensablés.

Du poste de Gouré. — Horizon ouest.

Koutous. — Le Koutous est essentiellement un plateau gréseux dont les dimensions n’excèdent pas une cinquantaine de kilomètres ; son altitude s’abaisse progressivement de l’ouest vers l’est. Auprès de Guesket, la cote du plateau est voisine de 650 ; elle n’est plus que de 500 mètres à Guirbo ; plus à l’est, le Koutous disparaît sous l’erg. Quelques vallées pour la plupart ensablées, presque des cañons, entaillent profondément le plateau et en font une chebka ; vers l’ouest leur sol se raccorde avec celui de la haute plaine voisine et contiguë du Tegama. Les flancs de ces vallées sont toujours envahis par le sable qui, vers l’ouest, à Guesket, masque à peine le pied de la falaise ; à mesure que l’on s’avance vers l’est, on voit le sable arriver à mi-hauteur, comme à Kellé, et enfin au sommet du plateau comme à Guirbo ; la distance verticale entre le sommet de la falaise et l’orifice des puits met bien ce fait en évidence : cette distance est de 120 mètres à Guesket, de 60 à Laraba et de 20 seulement à Guirbo ([Planche de coupes] hors texte, coupe VI).

Les puits, creusés dans les grès du Tegama, sont très profonds surtout vers l’ouest. Sur une carte manuscrite que j’ai pu consulter à Gouré, le lieutenant Paquette donne les chiffres suivants :

Bilakora70mètresLaraba58mètres.
Boultoum20Magadji46
Dallacori54Malammi80
Guesket65Marthium40
Guirbo28Mondoa18
Kaokilloum24Tiokodda60
Kellé18

J’ai pu vérifier l’exactitude de quelques-uns de ces nombres[92].

Ces puits ont un diamètre de deux à trois mètres ; tous les matériaux de déblais sont accumulés autour de l’orifice qui se trouve ainsi au milieu d’un monticule haut de quelques mètres ; l’eau en est protégée contre les impuretés ; un coffrage de bois, formé de pieux enfoncés radialement, protège les parties ébouleuses du puits. Pour tirer l’eau, on se sert d’un seau de cuir contenant une quarantaine de litres au moins ; la corde de traction tirée par un bœuf est le plus souvent en cuir et passe sur un tronc d’arbre à peine dégrossi que deux fourches soutiennent à un mètre du sol et qui tient lieu de poulie ; le seau, sorti du puits, est descendu à bras d’homme au pied du monticule de déblais et l’eau est versée dans des auges de bois. L’outre à manche qui se vide toute seule et les canalisations semblent inconnues dans le Koutous.

Fig. 44. — Les plateaux du Koutous. Du village de Kellé.

Le fond de la vallée, couvert d’une haute brousse (dasi), est indiqué en hachures fines.

La principale occupation des habitants est l’extraction de l’eau nécessaire à leurs nombreux troupeaux ; jour et nuit, sans aucun arrêt, on travaille aux puits pour abreuver les zébus, les chèvres et les moutons qui sont nombreux et en très bel état.

Les pâturages du Koutous sont permanents et toujours bons ; pendant la saison sèche les troupeaux de chameaux y affluent en grand nombre ; il en vient de loin, même de la région de Zinder.

La culture du mil réussit assez bien, sans irrigation, de sorte que, malgré la profondeur de ses puits, le Koutous est un pays moyennement riche ; mais il a un mauvais voisinage ; au nord et à l’est, les Tebbous, à l’ouest, les Touaregs le menacent constamment. Aussi les villages sont-ils presque tous éloignés des puits et établis au voisinage immédiat du plateau qui, en cas de danger, fournit une bonne position défensive : les pierres qui le recouvrent donnent en abondance des munitions qui ont, à maintes reprises, permis aux habitants du Koutous de repousser de puissants ennemis et de rester à peu près indépendants. Pour plus de sécurité, les magasins à mil et à niébé sont établis dans les recoins des falaises, où des réserves d’eau sont installées en cas de nouvelles alarmantes.

Fig. 45. — Grès du Koutous.

Du puits de Laraba. Le village dont la place est indiquée est Guéréré. La falaise a une vingtaine de mètres.

Dans le Koutous et le Mounio réunis, il y aurait environ 20000 habitants (capitaine Chambert), qui font partie du groupe bornouan et parlent des dialectes béri-béri.

Alakhos. — L’Alakhos n’est que la partie occidentale du Koutous ; l’érosion y est plus avancée et au lieu qu’il soit un plateau entaillé de vallées, il est constitué par une plaine parsemée de quelques étroits plateaux, derniers témoins des grès du Koutous. Les villages assez nombreux de ce district sont tous adossés à l’un de ces témoins, le plus souvent à mi-côte, au sommet de la partie ensablée ([fig. 60,] p. 150) ; ils sont donc assez souvent éloignés des puits qui sont habituellement profonds, comme dans toute la zone infracrétacée. Les habitants, une population noire, de langue béri-béri[93], sont apparentés à ceux du Koutous. Mais les villages de l’Alakhos, isolés les uns des autres, n’ont pas pu, comme leurs voisins de l’est, résister à l’invasion des nomades ; ils sont sous la domination des Touaregs qui font paître leurs troupeaux dans la plaine entre les gours. Cette conquête, par une tribu des Ikaskazan, daterait de la fin du XVIIIe siècle.

Le Manga. — Contrastant avec ces différents districts qui presque tous vivent essentiellement de culture, entre le Mounio et le Tchad, au nord de la Komadougou-Yobé, s’étend, au milieu de la brousse à mimosées, une région, le Manga, essentiellement industrielle ou plutôt minière. Le Manga est dans l’ensemble une plaine, caractérisée par des dépressions, des cuvettes à contour elliptique, à parois abruptes taillées comme à l’emporte-pièce. Au nord, le long de la ligne Gouré, Mirrh, Woudi, les pluies sont rares ; elles ne suffisent pas pour ramener, de la profondeur, le sel à la surface du sol. Plus au sud, elles deviennent plus abondantes ; quelques dépressions sont occupées par des mares permanentes, d’autres, plus nombreuses, par des mares temporaires dont la dessiccation laisse, comme résidu, une croûte saline. Quelques autres ne s’assèchent qu’à moitié et l’eau y arrive à saturation ; il se forme à leur surface une couche de sel, scintillant au beau soleil du Soudan et qui donne l’illusion d’un étang glacé sous un ciel de feu.

Bien que le pays ne présente que de mauvaises dispositions défensives, que l’eau douce y soit rare et la culture difficile, il s’est établi dans le Manga un certain nombre de gros villages qui ont un caractère industriel marqué, comme Garankawa ou Gourselik ; les exploitations sont loin d’occuper tous les bas-fonds où elles seraient possibles ; il semble toutefois que leur nombre tend à s’accroître ; en 1905 un nouveau village, Garé, venait de s’établir près d’une mare jusqu’alors dédaignée.

Une richesse minérale a permis à des sédentaires de vivre dans un pays qui convient surtout à l’élevage et où les Peulhs ont de nombreux troupeaux.

Kaouar. — A une grande distance vers le nord, se trouvent les oasis du Kaouar ; les conditions géologiques qui ont permis leur création sont encore mal connues. On sait que les terrains crétacés arrivent au voisinage ; on sait aussi que les roches anciennes s’y rencontrent. Le sergent Lacombe a rapporté des granites du mont Fosso, et le Dévonien se trouve probablement à peu de distance à l’est de Bilma et de Fachi. Il est donc vraisemblable qu’autour de l’oasis les terrains cristallins (Archéen et Silurien), imperméables, sont recouverts par un manteau peu épais de grès crétacé et que l’eau, provenant du Tibesti où, grâce à l’altitude, il pleut tous les ans, comme dans l’Aïr, se trouve à une profondeur médiocre ; au centre du bassin, dans sa partie la plus déprimée, l’eau est à fleur de sol et les oasis du Kaouar ont pu s’y établir. Ces oasis s’étendent, du nord au sud, sur environ 80 kilomètres ; la largeur de la bande fertile est peu considérable ; Nachtigal lui attribuait 8 à 10 kilomètres ; d’après Gadel elle ne serait que de 4 à 5.

Elle contient une dizaine de villages habités par 2500 Tebbous et Béribéris (dont 500 captifs) ; le cheptel est négligeable ; il se réduit à 540 chameaux, 43 chevaux, 252 ânes et 980 chèvres et moutons. Il y a environ 100000 palmiers, à l’ombre desquels on cultive des céréales, surtout du blé.

Les habitants ont heureusement pour vivre d’autres ressources que celle de la culture ; la plus importante est le commerce du sel, qu’ils peuvent échanger contre du mil. Ils exportent annuellement peut-être 40000 charges qui, prises sur place, ont une bien faible valeur ; d’ailleurs les Kel Aïr, qui, ces dernières années, étaient les maîtres du pays, prétendaient, en cette qualité, ne rien payer en enlevant le sel.

En dehors du commerce du sel, Bilma a été un point de transit important ; l’oasis est une halte forcée sur la route de Tripolitaine au Tchad et aux états Bornouans. Cette route était suivie, il y a peu d’années encore, par de nombreuses caravanes. Les attaques trop fréquentes des Tebbous et des Ouled Sliman l’on fait abandonner. Ce délaissement de la plupart des routes caravanières par suite de l’insécurité est un fait constant ; il semble facile d’en indiquer la cause. Au beau temps du commerce des esclaves, les caravanes étaient nombreuses ; les droits qu’elles payaient pour s’assurer la protection des nomades, les chameaux qu’elles leur louaient, procuraient à tous des ressources suffisantes pour vivre ; ils savaient en général s’en contenter.

Depuis que la traite des noirs est devenue plus difficile, ou même impossible, ces ressources ont diminué ; la misère s’est accentuée ; le pourcentage que les nomades touchaient ne les a plus contentés et ils ont pris le tout. La même cause a produit dans tout le Sahara les mêmes effets : Flye Sainte-Marie[94] a mis ce phénomène en évidence pour les routes de l’Iguidi.

A Taoudenni même, la situation est devenue particulièrement grave. En 1905 et en 1906, les r’ezzou marocains qui jusqu’alors s’étaient contentés de piller les caravanes venues du sud et de leur enlever des chameaux, trouvant que leurs prises devenaient insuffisantes, s’attaquèrent aux commerçants du ksar. L’un d’eux qui avait vécu en bonne amitié avec les habitants, acceptant chaque jour la diffa, enleva tous les captifs qui travaillaient aux salines et ne les rendit à leurs propriétaires que contre une forte rançon. Ce fait, sans précédents dans l’histoire de la saline, contraire à toutes les bonnes traditions du désert, scandalisa fort les commerçants de Taoudenni[95].

L’insécurité au Sahara a été fille de la civilisation ; tout semble indiquer qu’elle ne sera que passagère.

A Bilma, la raréfaction des caravanes a obligé les habitants à travailler un peu plus et déjà, au moment du passage d’Ayasse (1905), beaucoup d’entre eux se rendaient compte de la nécessité qu’il y avait pour eux à développer les cultures.

Il semble que, depuis fort longtemps, la région de Bilma a formé un centre ethnique distinct : parmi les outils néolithiques que Ayasse a rapportés, à côté des types que l’on trouve à l’ouest et au sud de Bilma, se trouvent quelques pièces très spéciales ; l’une d’elles est très curieuse ; elle a la forme d’une hache étroite et épaisse, mais au lieu d’un tranchant, elle présente à son extrémité la plus large une pointe formée par une sorte de pyramide triangulaire ; l’une des faces de cette pyramide, parallèle au plan sagittal de la pièce, est large, les deux autres beaucoup plus étroites. Jusqu’à présent, on ne connaît aucun spécimen analogue à cette espèce de gouge.

On peut donc penser que, à l’époque néolithique, « il s’était constitué en pays tebbou un centre industriel qui, tout en ayant fait des emprunts aux contrées septentrionales et méridionales, n’en avait pas moins conservé des caractères propres. Le fait mérite d’être vérifié, car il permettrait de supposer qu’il a vécu autrefois en ce point un îlot ethnique particulier qui avait cependant des relations avec les tribus du nord et avec celles du sud[96] ».

Fachi. — L’oasis de Fachi (oasis Agram) située à 150 kilomètres à l’ouest de Bilma, est beaucoup moins importante ; elle couvre 14 kilomètres du nord au sud avec une largeur de 3 ou 4 kilomètres.

Sur toute sa longueur, elle est limitée à l’est par une chaîne rocheuse dont le point le plus élevé est le mont Fosso qui domine l’oasis d’une centaine de mètres. Entre cette chaîne granitique (?), surmontée de plateaux gréseux revêtus de la patine du désert, et l’Aïr, s’étend probablement une plaine formée par les grès du Tegama où vont se perdre les eaux de quelques koris d’Aïr (K. Ténéré, K. de Tafidet) ; il est vraisemblable que ce sont ces koris qui alimentent Fachi.

L’oasis a été vue pour la première fois par des Européens en octobre 1907 (commandant Mouret, capitaine Martin, sergent Lacombe).

Les îles du Tchad. — Les peuplades qui habitent les alentours du Tchad sont assez nombreuses ; au nord les Tebbous, à l’est les Ouled Sliman, au sud les Peuhls représentent les principaux éléments nomades. Les populations du lac sont plus intéressantes ; elles ont trouvé dans les îles du Tchad un refuge presque assuré contre les invasions ; même lorsque les eaux sont basses, il reste dans les bahrs trop de parties marécageuses pour que l’on puisse s’y aventurer sans risques.

Il semble que deux peuplades différentes au moins occupent ces îles : les archipels du sud sont occupés par les Kouris ou Kanembous, qui sont venus probablement du Kanem et se rattachent peut-être aux Tebbous. Tous sont musulmans. Ils ont de nombreux troupeaux, mais se déplacent peu ; chez eux l’agriculture est assez développée et ils sont en réalité sédentaires. D’après le colonel Destenave[97] ils seraient environ 25000. La population ne semble pas s’accroître rapidement et l’on a attribué ce fait à l’abus des mariages consanguins. Chevalier [L’Afrique centrale française, p. 406-410] donne quelques statistiques détaillées ; dans trois villages il y a en tout 764 habitants dont 292 enfants ; dans deux d’entre eux, le tiers des unions est stérile ; peu de familles ont plus de deux enfants.

Les îles du nord du Tchad sont habitées par les Boudoumas (25000) dont l’origine est obscure ; Destenave, d’après les traditions qu’il a recueillies, pense qu’ils avaient quitté le Sokoto il y a trois siècles ; pour Freydenberg[98], qui donne une longue suite de chefs, ils seraient au contraire venus de l’est, du Chittati. Il est probable qu’ils doivent rentrer dans les groupes peuhls. Ce sont presque exclusivement des éleveurs, restés en général fétichistes et qui ont conservé quelques vieilles coutumes : les mariages entre gens de même clan sont interdits ; le lévirat, c’est-à-dire le mariage obligatoire de la veuve avec le frère aîné du défunt, se retrouve chez les Boudoumas.

Complètement à l’abri dans leurs îles, les habitants du Tchad ont longtemps profité de leur position presque inexpugnable pour razzier les caravanes qui passaient sur les bords du lac. Leurs pirogues en jonc, qui nous semblent cependant bien rudimentaires, leur permettaient d’aborder la rive bornouanne, ce qui nécessite deux jours de navigation.

[54]En Égypte et dans le désert Libyque, on connaît des grès d’âge albien (Infracrétacé) riches en bois silicifiés (Grès de Nubie).

[55]Le Gober est une région actuellement presque inhabitée qui s’étend à l’est de l’Adr’ar’ de Tahoua, au sud du 14° Lat. Barth, qui l’a traversé, donne quelques détails sur son histoire.

[56]Freydenberg, Le Tchad et le bassin de Chari. Thèse, 1908.

[57]Il n’est certainement pas question de couches calcaires, au moins superficielles (Chevalier).

[58]Capitaine Lelean, Geological Magazine, I, 1904, p. 290.

[59]Le puits de Tabrichat (30 m.), voisin de Tabankort, contenait 8 mètres d’eau en mars 1904 (Combemorel).

[60]Ormaïort est à une demi-journée au nord de Bémba. Combemorel, Rens. col. Bull. Comité Afr. fr., janvier 1909.

[61]Rens. col. Bull. Comité de l’Afr. fr., 1907.

[62]Cortier écrit Lernachiche.

[63]Cortier, La Géographie, 1906. — Cauvin. Bull. Soc. Géogr. commerciale, 1908.

[64]Amer. Journal of Sc., XIX, 1905, p. 171.

[65]Les premières ont été rapportées par le commandant Gadel. — De Lapparent, C. R. Ac. Sc., CXXXV, 1903, p. 1298. Le capitaine Cauvin en a donné quelques-unes au Muséum.

[66]M. Choffat (in litteris) n’ose pas affirmer que les échantillons que je lui ai soumis rentrent bien dans cette espèce. Il faudrait, pour être certain, des matériaux abondants.

[67]Nouvelles données sur la zone littorale d’Angola. Lisboa, 1905.

[68]De Lapparent, C. R. Ac. Sc., 1901, CXXXII, 388.

[69]La Géographie, XVII, 15 février 1908.

[70]Beiträge zur Geologie von Kamerun. Stuttgard, 1904, p. 85-241.

[71]De Lapparent, C. R. Ac. Sc., CXXXVI, 1903, p. 1118.

[72]Ce poste est habituellement désigné sous le nom de Guidambado, village situé à 3 kilomètres à l’est de Bouza.

[73]De Lapparent, C. R. Ac. Sc., 26 déc. 1904.

[74]Au sud de Tahoua, à Mogguer, une dépression importante est tapissée de concrétions ferrugineuses qui ont peut-être une origine lacustre.

[75]Cette observation de Hubert (Thèse, p. 10 et 376) est exacte, mais le fait a si peu d’importance que j’avais jugé inutile de le signaler. Le même auteur nie l’âge éocène des grès du Niger, sans fournir d’arguments sérieux.

[76]C’est un débris végétal informe. — Stanislas Meunier, C. R. Congrès des Sociétés Savantes, 1904, p. 156.

[77]Choffat, Nouvelles données sur la zone littorale d’Angola, Lisboa, 1905.

[78]Bullen Newton, Ann. and Magazine of Natural History, [7], XV, 1905, p. 83-91.

[79]Bather, Geological Magazine, [5], 1, 1904, p. 292. — Lambert, Bull. Soc. Géol. de France, [4], 6, 1906, p. 693 ; contrairement à la tendance générale, Lambert place les couches de Tahoua dans l’Éocène inférieur.

[80]Cottreau, Bull. Soc. Géol. de France, Séance du 21 déc. 1908.

[81]W. Wolff, in Bornhardt, Zur Oberflächengestaltung und Geologie Deutsch-Ostafrikas. Berlin, 1900, p. 572. Wolff fait une nouvelle espèce (Op. africana) qui ne me semble pas distincte de O. canalifera.

[82]Bull. Soc. Géol. de France, [4], VII, 1907, p. 334.

[83]Chautard, Bull. Soc. Géol. de France, [4], VI, 1906. — État actuel de nos connaissances sur les formations sédimentaires de l’Afrique occidentale Française, Dakar, 1906 (extrait du Journal officiel de l’A. O. F., 20 janvier). Bibliographie étendue.

[84]Beiträge zur Geologie von Kamerun, p. 245-285, et communication verbale.

[85]On a fort peu de renseignements sur les Touaregs de la rive droite du Niger, encore à peine soumis.

[86]Ces tombeaux se trouvent aussi au nord de Tahoua, dans la région des mares et dans l’Azaouak (Pasquier).

[87]Il faut probablement rapprocher ce mot de Garamante.

[88]Les Mousgou ou Kel Azoua sont une tribu des Oulimminden.

[89]Gadel, Notice sur la résidence de Zinder, Revue des troupes coloniales, 1903, 2e sem., p. 614.

[90]Le dernier sultan, à la suite d’un complot heureusement étouffé, a été déposé et banni en 1906.

[91]Jusqu’en 1906, d’importantes caravanes Kel Oui, de 5 à 6000 chameaux, ont été enlevées à quelques kilomètres du Damergou. Voir, pour les détails, Jean et Gadel.

[92]Ces puits sont la demeure de nombreuses chauves-souris ; le 18 avril 1906, à Marthium, un peu avant le coucher du soleil, elles ont mis près de dix minutes à sortir du puits, en vol serré.

[93]Le village de Moa, au sud de l’Alakhos, est encore de langue béribéri ; à l’ouest, commence le domaine du haoussa.

[94]Flye Sainte Marie, Le commerce et l’agriculture au Touat. Bull. Soc. Géogr. d’Oran, XXIV, 1904.

[95]Nieger, La Géographie, XVI, 1907, p. 375.

[96]Verneau, La Géographie, XVII, 1908, p. 116.

[97]Destenave, Revue Générale des Sciences, XIV, 1903, p. 717.

[98]Freydenberg, Le Tchad et le bassin de Chari, 1908, p. 155.


CHAPITRE III

MÉTÉOROLOGIE

Le Climat. — La Brume.