IV. — LES AGENTS DÉSERTIQUES

Érosion éolienne. — On a, je crois, beaucoup exagéré l’influence du vent comme facteur d’érosion : il n’est évidemment pas douteux que les phénomènes de « corrasion » existent. On en connaît de nombreux exemples même en Europe et l’on sait que, industriellement, on dépolit le verre au moyen de sable projeté par un soufflet.

L’existence des « roches perchées » n’est pas niable, non plus que le rôle qu’a joué le vent dans leur modelé. Au désert, les calcaires et un grand nombre de roches sont polis par le passage du sable entraîné par le vent et leur surface est souvent sillonnée de vermiculures, profondes au plus de quelques millimètres, qui y dessinent d’élégantes arabesques. Les roches éruptives n’échappent pas à cette action : auprès du poste de Gouré, on peut voir son effet sur les microgranites alcalins du Mounio ; les cristaux de quartz, plus durs, sont en saillie de 2 ou 3 millimètres sur le reste de la roche.

Tous ces faits sont bien connus ; ils ont été étudiés autrefois par Rolland ; plus récemment, Foureau [Doc. Sc., p. 217-221, et Pl. XVIII, XIX] leur a consacré tout un chapitre et plusieurs illustrations.

Mais il s’agit d’actions toutes superficielles ; je n’ai rien vu que l’on puisse comparer aux phénomènes qui ont été récemment décrits en Égypte : la dépression bordée de falaises, hautes d’une centaine de mètres au moins, où se trouve l’oasis de Baharia, a des dimensions considérables ; sa longueur est de 95 kilomètres, sa largeur varie de 4 à 30 kilomètres ; elle avait été longtemps attribuée à une faille circulaire, à un phénomène d’effondrement. Les recherches récentes, très précises, des géologues égyptiens montrent, sans ambiguïté possible, que cette explication doit être abandonnée. Le Baharia a été creusé par érosion et comme il semblait impossible de faire intervenir l’eau, on a été amené à attribuer cet important travail à l’action du vent. Ces démonstrations « par l’absurde » sont, en dehors de la géométrie où l’on est certain d’avoir épuisé toutes les hypothèses possibles, toujours un peu inquiétantes. Les observations que j’ai pu faire au Sahara ne confirment pas une action du vent aussi grandiose ; les Égyptiens y renoncent aussi[197].

On trouve souvent sur le sol des débris d’œufs d’autruche. J’en ai pu observer de nombreux, particulièrement entre l’Ahnet et In Zize, où, aux dires des indigènes, l’autruche a disparu depuis cinquante ans. Beaucoup de ces débris, placés forcément au ras du sol, au point où l’action du sable charrié par le vent est le plus énergique, présentent des stries dont les plus profondes atteignent à peine un demi-millimètre. Malheureusement la disparition de l’autruche n’est pas totale ; dans l’Iguidi, Flye Sainte-Marie en a relevé une piste fraîche pendant l’hiver 1904-1905 ; Voinot en a vu quelques-unes dans le reg d’Amadr’or (1905-1906). L’usure des œufs d’autruche ne fournit donc qu’un argument assez maigre.

L’étude des inscriptions et des dessins qui abondent sur tous les rochers du Sahara [cf. t. I, [ p. 87-120]] est plus décisive. Les roches qui portent ces dessins ont une surface lisse et luisante dont le poli peut être attribué en partie à l’usure éolienne, mais elles sont toutes protégées par une croûte d’origine chimique, une écorce brune, le vernis du désert. Cette croûte dont la couleur va du brun foncé (grès néocomiens) ou noir de jais (grès dévoniens) est dure et résistante ; on le remarque particulièrement à propos des grès crétacés, qui sont plutôt tendres et auxquels la croûte fait une carapace et une protection. Nul doute qu’il y ait là un obstacle à la puissance érosive du vent. Sur certaines collines du Colorado, W. Cross [Wind erosion in the Plateau Country, Bull. of the Geol. Soc. America, XIX, mars 1908] a observé que la roche, des grès tendres, était creusée par le vent partout où la couche protectrice, le vernis du désert, faisait défaut ; il se forme ainsi parfois de véritables grottes.

C’est peut-être à cette patine résistante que beaucoup de gravures rupestres doivent leur conservation. Les régions désertiques et sèches sont par excellence leur domaine ; elles sont rares dans le Tell, sans être tout à fait absentes. Cette exclusion peut s’expliquer, au moins partiellement, par des causes historiques ; mais, provisoirement tout au moins, on n’échappe pas à l’hypothèse que des causes climatiques aient pu jouer un rôle. Les gravures auraient été conservées en plus grande abondance là où les agents de destruction étaient le moins efficaces.

Les gravures préhistoriques, dans l’Afrique du Nord, sont plus difficiles à dater qu’en Europe, parce qu’une représentation d’éléphant, par exemple, n’offre pas en soi la même garantie d’âge reculé que la représentation d’un mammouth ou d’un renne. Il suffit en effet de remonter à Carthage pour retrouver l’éléphant dans la faune nord africaine. L’attribution de gravures sahariennes à l’âge quaternaire reste donc hypothétique ; il est improbable cependant que les plus anciennes d’entres elles soient postérieures à la période romaine. Il en est certainement de très vieilles qui sont restées très nettes sous leur patine. Plusieurs milliers d’années d’érosion éolienne n’ont pas suffi à les effacer. Croit-on que ces égratignures auraient survécu pendant le même nombre de siècles à l’action de la pluie ? Leurs analogues d’Europe n’ont résisté qu’au fond des cavernes, sous le manteau protecteur des alluvions et des stalactites.

Au Sahara même, la presque totalité des gravures est sur des roches siliceuses, grès ou granite. Est-il vraisemblable que les indigènes se soient abstenus de parti pris de graver sur des calcaires ? Au surplus, on connaît au moins deux stations de gravures sur calcaire ; l’une dans le Tadmaït, a été signalé par Flamand, l’autre, connue sous le nom de Hadjra Mektouba, se trouve sur la rive droite de la Saoura, à hauteur du ksar d’El Ouata, entre le Gourara et le Touat [cf. t. I, [ p. 100-101]]. Au premier abord, à Hadjra Mektouba, on ne voit qu’une multitude de graffiti libyco-berbères, plus ou moins récents. Mais à la regarder avec soin, en cherchant les incidences favorables, on y retrouve une multitude de très vieilles figures floues et indistinctes, cependant reconnaissables. En même temps qu’elles, on voit partout à la surface de la pierre, inscrite en cuvettes et en lapiez, l’action des eaux pluviales ; c’est la pluie qui, par son action chimique, a en partie effacé les vieilles images et non pas le vent. Ainsi donc, même dans les pays où il pleut tous les vingt ans, sur les roches calcaires tout au moins, l’action des eaux météoriques est plus efficace et reste mieux marquée que celle du vent. Ces Hadjra Mektouba sont horizontales, au ras du sol, nullement à l’abri, dans les conditions les plus favorables à l’action éolienne et malgré cela le vent, aidé du sable, n’a pas pu, en une vingtaine de siècles au moins, effacer des traits dont la profondeur ne dépassait guère 1 centimètre. Sous nos climats, les hiéroglyphes d’Égypte auraient disparu depuis longtemps et l’on ne peut songer à mettre en parallèle, au point de vue de l’intensité de leurs actions, l’érosion pluviale et l’érosion éolienne.

Comme les hiéroglyphes, les dessins rupestres sont gravés en creux dans la roche ; une usure un peu profonde est nécessaire pour les effacer. D’autres vestiges anciens sont plus superficiels et semblent incapables de résister à la moindre érosion.

Certaines inscriptions sont peintes à l’ocre et l’une d’elles au moins peut être datée avec quelque précision : à Timissao, près du puits, existe une grotte ou plutôt un abri sous roche. Au plafond de cette grotte se trouve une inscription célèbre dans tout le Sahara, et dont Duveyrier avait déjà entendu parler ; elle est peinte à l’ocre et encadrée d’un rectangle de 1 mètre de long sur 0 m. 80 de large ; les lettres ont une dizaine de centimètres. M. Benhazera [Six mois chez les Touaregs, p. 205 et suiv.] a pu en copier la moitié.

Cette inscription serait bien écrite en caractères koufiques qui, comme on sait, furent abandonnés peu de temps après l’hégire ; sa signification semble bien indiquer qu’elle émane des premiers missionnaires qui aient cherché à convertir le pays à l’Islamisme ; s’appuyant en outre sur quelques données historiques, Benhazera fixe au VIIe ou VIIIe siècle de l’ère chrétienne la date de cette inscription.

Située à 5 mètres au-dessus du sol, dans une vallée étroite où le vent s’engouffre avec force, cette inscription n’a pas pu être effacée par l’érosion éolienne, en plus d’un millier d’années[198].

Les talus de sable qui, dans le Manga, forment la bordure des cuvettes sont souvent attaqués par de véritables « torrents éoliens ». Profitant d’une brèche, ouverte dans cette petite dune, le vent y entraîne lorsqu’il est violent, de grandes masses de sable qui creusent un véritable ravin, au fond duquel se trouve parfois, sur la face orientale de la cuvette, une sorte de cône de déjection. Le phénomène est fréquent entre Mirrh et le Tchad ; Freydenberg a pu l’observer à l’est du lac et il a noté, près de Mao, un affouillement de 60 à 80 centimètres, creusé en une heure [l. c., p. 57-58].

Mais il s’agit de sable de dune non cimenté, d’un sol extrêmement meuble, incapable de résister au moindre agent d’érosion.

De semblables phénomènes sont fréquents dans les dunes où le moindre ébranlement, quelle que soit sa cause, peut produire des éboulements considérables ; on connaît leurs analogues dans les champs de neige et dans les cendres volcaniques, où des avalanches sèches produisent souvent des érosions autrement considérables.

Il semble donc que la puissance érosive du vent et du sable qu’il entraîne est extrêmement faible ; le rôle du vent se borne à enlever tous les matériaux meubles que la sécheresse lui a livrés ; la genèse des regs [cf. t. I, [p. 3]] en est un excellent exemple ; le vent excelle aussi à dépouiller toutes les hauteurs de la terre végétale, laissant partout la roche à nu ; il en résulte dans le paysage des lignes très heurtées, des formes presque géométriques qui, à première vue, font croire à une érosion formidable ; tous les reliefs du Sahara sont réduits à leur squelette. Un aspect aussi décharné ne nous est familier, en Europe, que sur les hautes montagnes ou au bord de la mer et nous sommes portés à l’attribuer, au désert comme chez nous, à une érosion puissante : il s’agit d’un simple époussetage.

Insolation. — Grâce à la sécheresse de l’air au Sahara, les variations de température de la surface des roches sont considérables ; elles peuvent atteindre en vingt-quatre heures une soixantaine de degrés. A cause de leur mauvaise conductibilité, la plupart des roches supportent mal un pareil régime ; il se produit une desquamation, un décollement des parties superficielles, auquel sont le plus souvent attribuables les menues esquilles qui, à la surface des hammadas calcaires et des tassilis gréseux, jonchent le sol et rendent la marche pénible sur ces surfaces horizontales. La protection que ces éclats assurent, contre l’insolation et le rayonnement, aux roches qu’ils recouvrent, empêche le phénomène de se manifester profondément.

Sous l’influence du même phénomène, beaucoup de blocs éruptifs s’ouvrent « en roses » ; les écailles qui se détachent par ce mécanisme sont en général assez minces (quelques centimètres au plus), mais elles peuvent atteindre plusieurs décimètres carrés de surface. Ces écailles granitiques ont souvent été utilisées dans la construction des tombeaux.

Beaucoup se séparent complètement et tombent sur le sol au pied du bloc dont elles proviennent ; il semble donc que cette desquamation puisse se continuer indéfiniment ; mais, en fait, l’abondance des dessins et des inscriptions tifinar’s, vieux au moins de plusieurs siècles, sur un grand nombre de blocs de granite, met bien en évidence la lenteur de leur destruction et le peu d’importance de ce mécanisme ; même au Sahara, l’insolation, pas plus d’ailleurs que l’érosion éolienne, ne paraît capable de modifier sérieusement le modelé acquis ; la réunion de ces deux facteurs, dont on a visiblement exagéré l’importance, est incapable d’expliquer la genèse des éléments sableux qui ont servi à l’édification des dunes.

D’ailleurs dès qu’un éclat est assez petit pour que ses différentes parties puissent se mettre rapidement en équilibre thermique, le soleil ne peut plus rien sur lui et il ne semble pas que l’insolation soit capable de réduire une roche à l’état de sable.

Nous sommes donc ramenés, par une voie indirecte, à chercher ailleurs l’origine des éléments qui ont servi à la construction des ergs ; il faut admettre que ces éléments sont antérieurs au désert ; ils ont été formés par ruissellement et par érosion fluviale à une époque où les oueds du Sahara étaient de vrais fleuves ; les dunes proviennent d’un remaniement par le vent des alluvions quaternaires [cf. t. I, [chap. II]].

On a parfois attribué à l’insolation la formation de squames épaisses de 2 mètres, et de grandes dimensions superficielles ; je ne crois pas que cette manière de voir soit justifiée : en Europe, où le phénomène a été bien étudié, les variations de la température du sol s’amortissent très vite avec la profondeur ; à 1 mètre, elles ne sont plus que de quelques centièmes de degré. Cette loi de décroissance, conforme d’ailleurs aux données expérimentales de la physique, est certainement applicable aux roches des pays chauds.[199] où il est douteux que, à 2 mètres de profondeur, les variations diurnes de la température dépassent quelques dixièmes de degré ; les dilatations qui en résultent sont bien faibles pour expliquer une rupture, d’autant plus qu’elles se produisent lentement.

Cette desquamation par insolation ne peut porter que sur des plaques peu épaisses, à cause des conditions physiques qu’elle nécessite.

[176]On trouvera de nombreux renseignements techniques et des indications bibliographiques sur les roches africaines dans les publications suivantes :

Lacroix, Résultats minéralogiques de récentes explorations dans l’Afrique occidentale française et dans la région du Tchad, La Revue Coloniale, 1905, p. 129-139, 205-223. — Gentil, Pétrographie, in Foureau, Documents scientifiques de la Mission Saharienne, 1905, p. 697-749. — A. de Romeu, Sur les roches éruptives rapportées par le capitaine Théveniaut de l’Adr’ar’, Bull. du Muséum, 1907, p. 179-181. — Chudeau, C. R. Ac. Sc., 1907, CXLV, p. 82-85. — Courtet, in Chevalier, L’Afrique Centrale Française, 1908, p. 670-690. — Hubert, Contribution à l’étude de la Géographie physique du Dahomey, Thèse, 1908, p. 459-501. — Freydenberg, Le Tchad et le bassin du Chari, Thèse, 1908, p. 171-187.

[177]D’après Rolland, Géologie du Sahara Algérien (Mission Choisy), 1890, p. 247.

[178]Dans des notes antérieures, Gautier et moi, avions indiqué qu’il y avait peut-être des roches d’épanchement dans l’Adr’ar’ des Ifor’as. Jusqu’à présent, l’examen pétrographique n’a pas confirmé cette impression.

[179]Lacroix, Contributions à l’étude des brèches et des conglomérats volcaniques, in Bull. Soc. Géol. Fr., [4], VI, 1906, p. 635-685.

[180]Freydenberg, La Géographie, XVII, 1908, p. 111.

[181]Hubert, C. R. Ac. Sc., 1er août 1904.

[182]Bull. Soc. Géol. Fr., 4e s., VII, 1907, p. 427-440.

[183]Arsandaux, Contribution à l’étude des roches alcalines de l’Est africain, Thèse, Paris, 1906. — Lacroix, C. R. Ac. Sc., CXXX, 1900, p. 1208.

[184]Bull. Soc. Géol. Fr., 4e s., VIII, 1908, p. 35. — Des mêmes auteurs, une note plus détaillée, avec bibliographie, La latérisation, in Bull. Soc. de l’Industrie Minérale, [4], IX, 1908.

[185]Thèse, Paris, 1905, p. 132.

[186]La Géographie, XV, 1907, p. 107. — Id., XVII, 1908, p. 111.

[187]Doc. Sc., t. II, p. 672 et suiv.

[188]Lemoine, Bull. du Comité de l’Afr. fr., janvier 1908, p. 38-40.

[189]Capitaine Friry, Note sur la Géologie du Sénégal, p. 292, in Bull. du Muséum, 1908, no 6, p. 285-300.

[190]Rens. col. Bull. du Comité de l’Afr. fr., juillet 1907, p. 173. — La Géographie, XVI, 1907, p. 376.

[191]Les observations barométriques ont donné une différence de niveau de 150 mètres entre la ligne de faîte du plateau et la sebkha de Taoudenni.

[192]Koukchat = enveloppe, écorce.

[193]Lacroix, Bull. Soc. Française de Minéralogie, 1908. — Gadel, Revue Coloniale, 1907, p. 351. — J’ai pris aussi quelques renseignements dans une lettre du lieutenant F. de Jonquières, et dans une note manuscrite du sergent Lacombe.

[194]Peut-être y a-t-il un rapprochement à faire, au point de vue clinique, entre le sel de Bilma et les roches éruptives alcalines du centre africain ?

[195]Teguidda voudrait dire source, d’après Jean, Les Touaregs du S.-E., p. 135.

[196]Gadel, Notes sur l’Aïr, p. 51. — Jean, l. c., p. 136-137. — Rapport inédit de Posth.

[197]Toutes les oasis du désert libyque (Fayoum, Baharia, Farafra, Kharga) auraient une origine analogue. Par suite de l’érosion, depuis l’Éocène, les calcaires à operculines, assez résistants, ont disparu de toutes les parties hautes des accidents anticlinaux, laissant à nu les terrains crétacés, formés de roches tendres. Pendant la fin des temps tertiaires et le début du Quaternaire, les roches, mises ainsi à découvert et déjà disloquées par les actions tectoniques, auraient disparu sous l’influence du ruissellement et, à l’époque actuelle, du sable traîné par le vent. Ce dernier produirait maintenant les effets les plus remarquables. Dans les cuvettes ainsi creusées se sont établies les oasis.

Cette manière de voir, nettement indiquée à propos de Baharia, qui est une dépression sans issue, [Beadnell, Découvertes géologiques récentes dans la vallée du Nil et le désert Libyen, in VIIIe Congrès géologique, Paris, 1900, p. 857] est encore reprise par J. Ball [Kharga Oasis : its topography and geology, Cairo, 1900, p. 100 et 101] ; cependant l’existence de galets et de tufs, avec feuilles de Quercus Ilex, au fond de la dépression, est donnée comme une preuve que l’érosion fluviale a commencé le travail ; le vent n’a fait qu’agrandir la cuvette ; un peu plus tard, Ball et Beadnell [Baharia Oasis, etc., Cairo, 1903, p. 72] reconnaissent qu’un lac a joué un certain rôle dans l’affaire. Enfin Beadnell [The topography and geology of the Fayum province of Egypt, Cairo, 1905] donne (fig. 6, p. 67) la carte d’une rivière qui, pendant l’Éocène supérieur et l’Oligocène, aboutissait au Fayoum. Cette rivière passait à Baharia où elle s’épandait en lac. Il semble donc que le gros travail a été fait par l’eau ; le vent se serait chargé de déblayer les matériaux meubles et de parachever la sculpture des falaises. Davis arrive à des conclusions analogues pour les déserts américains [Bull. Mus. Comp. Zoology, XXXVIII, 1901, p. 187-192 et XLII, 1903, p. 34].

[198]L’âge koufique de cette inscription a, paraît-il, été contesté ; elle serait récente. En tous cas, dès 1860, elle était célèbre au Sahara et déjà considérée comme ancienne. Croit-on qu’en France, un graffiti, tracé à l’ocre, resterait pleinement lisible pendant plus d’un demi-siècle ?

[199]Dans les dunes du Sahara où les variations de la température superficielle sont considérables, il suffit de creuser un trou de quelques centimètres pour trouver une température sensiblement constante.


CHAPITRE VIII

LE COMMERCE

Le commerce transsaharien. — Le commerce saharien. — L’avenir.

Le commerce transsaharien. — Il a été de mode, pendant longtemps, de considérer le commerce transsaharien soit comme très riche et assez important pour justifier l’établissement d’un chemin de fer, soit au contraire comme très pauvre et parfaitement négligeable. Les études de ces dernières années permettent, sinon de mettre la question tout à fait au point, du moins de croire que les échanges qui se font par caravanes à travers le désert ont une importance suffisante pour justifier une étude attentive et pour attirer l’attention du commerce français.

Autrefois le trafic saharien était très simple : la traite des noirs en faisait la base ; les plumes d’autruche, l’or[200] étaient l’objet de transactions insignifiantes et déjà Duveyrier savait que la sécurité plus grande que le général Faidherbe avait assurée à la voie du Sénégal, permettait à ces matières riches de s’écouler par Saint-Louis.

La suppression de la traite qui ne subsiste plus guère qu’au sud du Maroc et, beaucoup plus à l’est, entre l’Ouadaï et Ben Ghazi, a depuis une trentaine d’années modifié complètement les conditions du transit saharien.

Au commencement du XIXe siècle, le Niger était fréquenté par les caravanes du Gourara qui fournissaient d’esclaves l’Algérie et le Maroc.

Le Tidikelt commerçait avec l’Aïr et Kano ; le fait que de nombreuses tribus de la région sont bilingues [cf. t. I, [ p. 307]] facilitait singulièrement les relations entre les Arabes du Sud algérien et les Berbères du Soudan. Chaque année, les ksour seuls d’In Salah envoyaient vers Kano une caravane de 500 chameaux portant des étoffes algériennes. Ils ramenaient de 500 à 1000 esclaves qui, payés 25 francs au Soudan, se vendaient 150 à In Salah. Les vieillards du Tidikelt ont conservé le souvenir d’affaires encore plus fructueuses : en 1853, un cheval, acheté 315 francs au Tidikelt, fut échangé à Kano contre 40 négresses. Le voyage complet durait six mois.

A cette époque, le Tidikelt avait de nombreux chameaux ; cependant il devait parfois en louer au Touaregs de l’Ahaggar : le prix était de 20 metkals d’or (125 fr.) jusqu’à Zinder ; c’est encore à peu près le prix actuel[201].

Presque tous les ans, partant du Tafilala ou de l’oued Draa, des rezzou vont encore jusqu’à Taoudenni enlever des esclaves ; ils atteignent parfois le Timetrin ou l’Adr’ar’ des Ifor’as et l’un d’eux a récemment menacé Tombouctou et Bemba. La reconnaissance de l’Iguidi, celles des pistes qui, du Touat, mènent au Djouf et de Taoudenni au Niger[202], permettent d’espérer que ces actes de brigandage déjà peu fructueux deviendront de plus en plus hasardeux et que les pillards, menacés d’avoir leur retraite coupée, renonceront à ces coups de main dont la rémunération ne serait plus suffisante. Il convient cependant de remarquer qu’au voisinage de l’Atlantique les fusils à pierre font place à des armes plus perfectionnées : le rezzou[203] que les Taïtoq de l’Ahnet avaient lancé à la fin de 1906 contre les tribus du Sahel a été presque entièrement détruit par les fusils à tir rapide des Maures, qui, cette année même (1908), nous ont fait éprouver des pertes cruelles.

Il semble par contre que, entre la Tripolitaine et l’Ouadaï[204], l’antique commerce des esclaves a conservé toute son importance : les noirs sont échangés contre des armes et des munitions de guerre, destinées en majeure partie à l’Ouadaï et au Darfour ; si nous n’y veillons, la situation peut devenir dangereuse pour l’Angleterre comme pour nous[205].

Le commerce de Benghazi avec l’Ouadaï[206] et les régions voisines de l’Afrique centrale est en progrès depuis quelques années ; en 1905, les caravanes avaient transporté dans l’Ouadaï 300 charges de chameaux[207], consistant surtout en objets manufacturés d’origine anglaise, en thé et en sucre ; leur valeur était de 218000 francs. En 1906, les statistiques des consuls ont compté 500 charges valant 363000 francs. On a de plus constaté, officiellement, l’arrivée de 8000 fusils et revolvers à Benghazi en 1905, et de 9000, en 1906 ; ces chiffres sont évidemment un minimum, la contrebande de guerre ne se faisant pas habituellement au grand jour. La plupart de ces armes sont dirigées sur l’Afrique centrale. Sur une route différente, une caravane de 200 chameaux, chargée d’armes et de munitions, était passée à Iférouane peu de temps avant mon arrivée dans l’Aïr (sept. 1905). La contre-partie de ces importations est formée surtout par le commerce des esclaves.

Entre ces deux voies extrêmes qui échappent encore, au moins en partie, à notre contrôle, il existe quelques autres pistes.

Celle de Mourzouk au Tchad par Bilma, très pénible, est délaissée depuis quelques années : le pillage du Bornou par Rabah avait appauvri son terminus et les fréquentes attaques des Tebbous et des Ouled Sliman la rendaient trop peu sûre ; elle est si peu fréquentée que le lieutenant Ayasse[208], pour sa reconnaissance du Kaouar, (20 déc. 1904-4 février 1905), n’a pu trouver aucun guide connaissant la piste de N’Guigmi à Bilma. L’occupation de Bilma (1906) rendra à cette route une sécurité suffisante, mais il est douteux que cette occupation puisse être maintenue ; l’absence complète de pâturages dans la région y rend trop onéreux l’entretien d’un peloton de méharistes, la seule arme que l’on puisse utiliser dans le Tiniri.

Les échanges entre le Tidikelt et la région de Tombouctou sont depuis quelques années peu importants.

Ils ont eu cependant leur période de prospérité pendant une vingtaine d’années : vers 1840, la conquête de l’Algérie avait partiellement fermé ce marché au commerce des esclaves. Les caravaniers d’In Salah, renonçant à Kano, se tournèrent alors vers R’adamés et agirent comme simples commanditaires de négociants tripolitains dont ils transportaient les marchandises à Tombouctou : ils touchaient 100 metkals d’or (625 fr.) pour le transport de trois charges de R’adamés au Niger.

La prise de Tombouctou par El Hadj Omar et ses Toucouleurs (1861), l’hostilité des Touaregs obligèrent les habitants du Tidikelt à renoncer à ce commerce ; à cause des facilités de transport par le Sénégal, le chemin de fer de Kayes à Koulikoro et le Niger, facilités qu’accroîtra la ligne bientôt achevée de Thiès à Kayes, il est douteux que la paix française puisse le faire revivre.

Une caravane de 68 chameaux, partie du Tidikelt, a fait une tentative en 1904 ; elle a trouvé le marché de Tombouctou encombré de marchandises venues par le fleuve.

Mabroucka, fondée il y a environ deux siècles par les Arabes d’Araouan, a servi longtemps d’entrepôt aux caravanes de Tombouctou au Touat ; elle a pu avoir une population d’un millier d’habitants. Ce ksar a été détruit et pillé il y a une dizaine d’années et comme il n’a plus de raison d’être, il ne s’est pas relevé de ses ruines. Cauvin[209] qui l’a vu en mai 1907, n’y a trouvé qu’un seul habitant, un vieux marabout qui n’avait jamais voulu le quitter.

Restent les pistes qui, passant par l’Aïr, aboutissent aux États haoussas (Zinder-Kano). Elles ont été récemment étudiées sur place et les notes (Gadel, Dinaux, Métois) dont elles ont été l’objet aboutissent aux mêmes conclusions, qui sont bien d’accord avec les renseignements et les impressions que j’ai pu recueillir dans l’Ahaggar, l’Aïr et à Zinder.

La plupart des caravanes qui aboutissent à Zinder et à Kano partent de Tripoli où elles s’approvisionnent de produits anglais dont Malte est le principal entrepôt[210]. Elles passent ensuite par R’ât où les Turcs tiennent garnison. La neutralisation injustifiée de Djanet, que le capitaine Touchard avait occupé en 1905, nous rendra difficile la surveillance de cette voie qui est importante. Du 1er janvier à la fin d’avril 1904, il est passé à Djadjidouna (Damergou) 700000 francs de marchandises à destination de Kano ; 300000 francs, de Zinder. Cette statistique, arrêtée trop tôt, ne porte à peu près que sur le quart des caravanes qui passent annuellement à Djadjidouna.

Une partie des marchandises (couvertures, burnous, etc.) provenait de Tripolitaine ; les articles européens de qualité médiocre (papiers, cotonnades, sucres, quincailleries, etc.) étaient de fabrication anglaise, allemande ou italienne. La France n’était représentée que par une centaine de francs de bougies [Jean, Les Touaregs du S.-E., p. 47-48].

Pendant mon séjour à Iférouane (21 septembre-14 octobre 1905), j’y ai vu passer chaque jour de petites caravanes d’une vingtaine de chameaux. Le commandant Gadel, qui a pu faire, soit à Agadès, soit à Zinder, des observations plus longues et contrôlées par les statistiques des postes, donne les chiffres suivants : les Arabes apportent environ 1300 charges[211] à Zinder et une centaine à Tessaoua ; les articles principaux sont des cotonnades, les allumettes, les bougies, le papier, quelques parfums, etc., le tout de provenance anglaise. De Zinder il part annuellement, vers le nord, 1000 charges de filali[212], 15 d’ivoire et autant de plumes d’autruche ; de Tessaoua, 150 charges de filali.

Les chiffres indiqués sont évidemment faibles ; ils suffiraient à peine à assurer chaque année la charge d’un train de marchandises : un chemin de fer transsaharien ne saurait être envisagé autrement que comme instrument impérial. Malgré son peu d’importance, ce trafic représente largement trois millions sur lesquels les bénéfices sont considérables ; il ne peut que s’accroître : depuis que nous assurons la paix à ces malheureuses régions que ravageaient, il y a quelques années encore, les conquérants noirs (Rabah a été vaincu et tué à Koussri le 22 avril 1900), la population se refait rapidement, les cultures se développent et le commerce ne peut que suivre la même marche.

Le commerce saharien. — A côté de ce trafic direct entre la Méditerranée et le Soudan, il existe à l’intérieur du Sahara un commerce assez considérable.

Les Touaregs de l’Ahaggar sont obligés d’acheter au dehors des dattes et des céréales que leur pays ne produit pas en quantité suffisante. Chaque année, à l’automne, ils vont au Tidikelt chercher des dattes qu’ils échangent contre du bétail (chameaux, ânes et chèvres) ; ils achètent en même temps des cotonnades qui leur servent surtout dans leur commerce avec le Soudan. D’autres caravanes, à la même époque, vont dans l’Aïr et le Damergou, parfois jusqu’au Zinder, acheter du mil qu’ils troquent contre le sel d’Amadr’or et les cotonnades du Tidikelt. Ce commerce annuel est le plus important, mais il n’est pas le seul. Presque chaque mois, quelques Arabes du Tidikelt, des Ahl Azzi surtout, passent à l’Ahaggar avec quelques chameaux : la cotonnade est toujours le fond du chargement ; le sucre, un peu de verroterie et de quincaillerie ne sont que des accessoires ; ils échangent d’abord presque toutes leurs marchandises, dans les ar’erem, contre des céréales, puis ils vont de campements en campements vendre leur grain et leur pacotille contre des chèvres qu’ils ramènent à In Salah.

Depuis que les tournées fréquentes des troupes du Tidikelt ont rendu l’argent moins rare à l’Ahaggar, beaucoup de ces Ahl Azzi préfèrent être payés en pièces de cinq francs.

Régulièrement aussi quelques Touaregs, appartenant surtout aux tribus Isak’k’amaren, circulent entre l’Ahaggar, le Tidikelt, R’ât et l’Aïr. Leur commerce porte surtout sur les produits de l’industrie du Soudan : selles de méhari, filali, peaux de bouc, vêtements brodés, et quelques objets de luxe achetés à R’ât.

Enfin quelques caravaniers vont jusqu’à l’Adr’ar’ des Ifor’as, où, en dehors du bétail, ils trouvent du riz du Niger.

Plus au sud, il ne subsiste plus qu’une seule marchandise, le sel, donnant lieu à des transactions importantes. En 1906, la grande caravane du mois de mai, l’azalai, a apporté sur le marché de Tombouctou 48000 barres de sel de Taoudenni (la barre pèse 40 kg.)[213] soit 12000 charges ; ce chiffre n’est qu’un minimum, l’impôt de 10 p. 100 que prélève le fisc sur ce produit rendant la contrebande fructueuse dans un pays dont la surveillance est difficile. De Bilma, l’exportation est peut-être encore plus considérable : d’après Gadel, les Kel Oui dirigeraient 15000 charges de sel sur Zinder, 1500 sur Guidambado et 800 sur Tessaoua ; il y a encore d’autres lignes et de Jonquières évalue à 40000 le nombre des chameaux qui viennent annuellement dans le Kaouar chercher le sel. Pour les Teguiddas et l’Amadr’or, les chiffres font défaut, mais doivent être assez importants.

La contre-partie est fournie par les cotonnades du Soudan, mais surtout par les céréales qui donnent parfois lieu à des transactions très avantageuses : une mesure de beau sel d’Amadr’or s’échange contre 6 ou 7 mesures de mil dans l’Aïr, et jusqu’à 30 ou 40 dans le Damergou suivant Benhazera ; d’après une note manuscrite du sergent Lacombe, un pain de sel de Bilma de 10 kilogrammes vaut sur place 0 fr. 10 et se vend à Zinder de 10 à 12 francs. La barre de sel de Taoudenni vaut 10 à 12 francs à Tombouctou ; sur place, elle est échangée contre 1 franc en riz ou en mil ; cela fait une trentaine de francs de bénéfice par charge.

Cette prédominance du commerce du sel dans les confins sahariens est inquiétante : les nomades ont dû, depuis quelques années, renoncer au commerce des esclaves qui était pour eux une source de gros revenus ; malgré l’infériorité probable de certains noirs, il n’y a évidemment pas lieu de regretter la suppression de ce trafic. Mais le Sahara est à peine remis de la perturbation économique qu’a amenée l’interdiction de la traite. Le commerce du sel est menacé d’une révolution analogue : à mesure que se perfectionnent les voies d’accès au Niger, les articles européens deviennent d’un transport de plus en plus facile ; déjà, de Dakar ou de Saint-Louis, le sel commence à pénétrer jusqu’au grand fleuve ; les noirs hésitent encore un peu à acheter un produit qui ne se présente pas sous l’aspect traditionnel, mais la différence de prix assurera rapidement le triomphe du sel sénégalais et d’ici quelques années, les grandes caravanes de Taoudenni ne seront plus qu’un souvenir.

Il ne faut pas d’ailleurs s’exagérer l’importance de ce ksar ; sur la foi des racontars indigènes, on lui attribuait 2000 habitants. D’après Cauvin [l. c., 553], Taoudenni est un village assez misérable, entouré d’un mur d’enceinte rectangulaire (120 m. sur 80 m.) en mauvais état, que ne défendent plus deux canons hors d’usage (Pl. XXXVII, phot. [71,] [72]) ; il n’y aurait que 150 à 200 habitants, 45 à 50 chefs de cases. Cortier [La Géographie, XIV, 1906, p. 327] donne un plan de Taoudenni.

Bou Djebeha (Pl. XXXVI, [phot. 69]) n’a que 40 cases ; il n’y a aucune culture, malgré 29 puits de profondeur médiocre. Araouan (Pl. XXXVI, [phot. 70]) paraît plus important (1000 h. ?) Ce serait une très vieille ville, antérieure à Tombouctou[214]. Ces trois ksour ne vivent que du commerce du sel et paraissent appeler à une prompte disparition dont les causes seront purement économiques.

Bilma, à cause de son éloignement, est moins rapidement menacé que Taoudenni, mais perdra cependant une partie de sa clientèle : la région de Tahoua est trop près du Niger pour ne pas lui échapper.

R. Chudeau. — Sahara Soudanais.Pl. XXXVI.

Cliché Cauvin

69. — LE KSAR DE BOU DJEBIHA.

Cliché Cauvin

70. — LE KSAR D’ARAOUAN.

R. Chudeau. — Sahara Soudanais.Pl. XXXVII.

Cliché Cauvin

71. — VUE D’ENSEMBLE DU KSAR DE TAOUDENNI.

Cliché Cauvin

72. — UNE PLACE, A TAOUDENNI.

R. Chudeau. — Sahara Soudanais.Pl. XXXVIII.

Cliché Cauvin

73. — LE VILLAGE D’AGORGOTT, PRÈS TAOUDENNI.

Cliché Posth

74. — UNE CARAVANE APPORTANT LE MIL DANS LE POSTE DE TINCHAMANE.

Au fond, le minaret d’Agadez.

L’avenir. — Évidemment les choses humaines finissent toujours par se tasser, mais la crise sera dure, et toute cause d’appauvrissement de peuplades naturellement turbulentes constitue un danger pour la paix.

Sur les bords du Niger, l’agriculture se développe très rapidement et il faudra encore de longues années pour que tous les terrains exploitables soient mis en valeur ; l’avenir de l’élevage est aussi assuré dans ces régions.

Plus au nord, de même qu’entre le Niger et le Tchad, la situation se présente moins bien ; les cultures de l’Adr’ar’ des Ifor’as, celles de l’Ahaggar et aussi celles de l’Aïr peuvent devenir plus étendues, mais l’extension possible semble assez limitée ; les oasis de l’archipel touatien peuvent, en utilisant mieux leurs foggaras, en améliorant leurs procédés de cultures, en introduisant peut-être quelques plantes nouvelles, accroître légèrement leurs ressources. Il leur est dès maintenant difficile de mettre en valeur de nouvelles surfaces.

Il semble douteux que le Sahara central puisse jamais vivre sans les ressources étrangères qu’il puisait autrefois dans les pillages et dans la location de ses chameaux aux caravanes. Cette seconde ressource est la seule à encourager ; pendant quelques années encore, la voie du désert sera la moins coûteuse pour la région de Zinder et du Tchad, et il est à souhaiter que l’on arrive à détourner vers Gabès ou l’Algérie le trafic qui part actuellement de Malte et de Tripoli.

Ce trafic n’est pas considérable, mais il mérite cependant d’attirer l’attention.

Cette route de la Méditerranée au Centre africain par R’at et l’Aïr est encore assez vivante, et pour détourner une partie de son trafic vers l’Algérie et la Tunisie, le Tidikelt n’aurait qu’à reprendre ses anciennes traditions ; ce n’est que depuis le milieu du siècle dernier qu’il a abandonné cette route aux Azdjer.

L’abandon n’a d’ailleurs jamais été complet, et, chaque année, quelques indigènes du Tidikelt vont encore dans l’Aïr : mais le trafic est insignifiant et il ne passait guère qu’une dizaine de chameaux par an, ces années dernières. Il y avait encore, en 1905, dans le Damergou, à Djadjidouna, un habitant d’In Salah qui leur servait de dépositaire.

Il serait intéressant, maintenant que notre domination assure aux routes de l’Ahaggar une grande sécurité, de chercher à rendre un peu de vie à ces régions. Le regretté Dr Decorse, qui connaissait bien le Soudan, a posé nettement la question et le capitaine Dinaux en a fait une étude précise.

De Tripoli à Iférouane, il y a 1900 kilomètres ; R’at, situé à moitié route, fréquenté par les Azdjer, est un bon centre de ravitaillement où l’on est sûr de trouver des chameaux à louer.

Comme point de départ, Gabès paraît aussi bien situé que Tripoli ; la ligne Gabès, Ouargla, In Salah, fréquentée par les Chaambas et les nomades du Tidikelt, est suffisamment riche en eau, pour des caravanes même importantes ; d’In Salah à l’Aïr, les chameaux des Touaregs de l’Ahaggar pourraient facilement assurer le transport ; il y a malheureusement par cette voie 2500 kilomètres de la Méditerranée à Iférouane et il n’est pas certain que la plus grande sécurité de la route compense suffisamment cette différence de 600 kilomètres. La chose mérite toutefois d’être tentée.

Il est d’ailleurs possible, en évitant le crochet d’In Azaoua, d’abréger un peu ce trajet ; il existe une route directe entre l’Ahaggar et Agadez par Izilek et la plaine de Talak. Izilek, qui a été reconnu récemment par le lieutenant Halphen, est un carrefour important ; une route, venant de Tîn Zaouaten (Adr’ar’ des Ifor’as), y passe et s’y bifurque sur In Azaoua et sur Iférouane. C’est d’ailleurs cette route directe de Tarahaouthaout à Talak que suivent les troupeaux de bœufs qui vont de l’Aïr à l’Ahaggar.

Une expérience intéressante a déjà été faite en avril 1905. Le poste d’Agadez a reçu à cette époque, par l’intermédiaire d’In Salah, du Sud algérien, 180 kilogrammes de marchandises. Le prix du transport d’Europe à la capitale de l’Aïr, a été inférieur à 125 francs les 100 kilogrammes ; d’Agadez à Zinder il faut compter une trentaine de francs en plus. Par la voie du Sénégal et du Niger, le prix du transport de France à Niamey d’un quintal était de 131 francs ; de Niamey à Zinder il reste encore 800 kilomètres de voie de terre, soit une soixantaine de francs.

Malgré les meilleures conditions que les voyages du Mage à Ansongo assurent sur le Niger, il est bien probable que les transports pour Zinder par le Sahara sont un peu moins coûteux que par le Sénégal. Pour l’Aïr et Agadez, l’économie n’est pas douteuse et la voie est plus rapide.

Ces expériences ont d’ailleurs été continuées, et dans le but de chercher à renouer les anciennes relations commerciales avec le Soudan, des facilités avaient été consenties à quelques indigènes du Tidikelt. Les premiers d’entre eux sont rentrés à In Salah en août 1908, très satisfaits de leur voyage.

Tous les caravaniers interrogés à Zinder ou à Agadez, aussi bien qu’au Tidikelt, les commerçants indigènes de R’adamés comme ceux du Sud tunisien et les Européens, déjà assez nombreux, qui connaissent le pays sont d’accord sur un point important : seuls les méharistes français peuvent actuellement assurer au Sahara et aux voies caravanières une sécurité satisfaisante ; tous les nomades préfèrent circuler, avec leurs marchandises, en territoires français. Les Tadjakant de Taoudenni ont déjà demandé que l’action de nos colonnes soit plus énergique dans le Sahara occidental.

Cette unanimité s’est déjà traduite par des faits ; depuis quelque temps, il est arrivé chaque mois à Gabès pour 30000 ou 40000 francs de marchandises soudanaises, consistant surtout en peaux de filali, fort prisées en Afrique mineure, et en plumes d’autruches et ivoire qui intéressent le commerce européen. C’est là un symptôme de bon augure pour l’avenir de Gabès : les marchandises qui transitent par l’Aïr représentent annuellement 5 ou 6 millions, chiffre négligeable peut-être pour l’ensemble du commerce de la Tunisie, mais à coup sûr intéressant pour le port du sud de la Régence.

Il y a malheureusement encore un point noir ; les caravaniers ont trouvé à Gabès à peu près tous les produits européens dont ils avaient besoin et le plus souvent de marques françaises ; ils ont été moins heureux comme vendeurs. Ils ont eu quelque peine à écouler les produits du Soudan ; il ne semble pas que cette difficulté soit insoluble et l’on peut espérer que quelques Tunisiens, colons ou indigènes, au besoin même, quelques Français de la métropole, feront preuve d’une initiative égale à celle des nomades sahariens.

Il semble bien que la chose en vaille la peine ; les négociants anglais de Tripoli ont jugé ce commerce assez important pour organiser des transports maritimes directs de Tripoli à Lagos ; des entraves douanières cherchaient en même temps à restreindre les transports par le Sahara, au profit des cargo-boats.

Malgré tout, l’avenir du commerce saharien est extrêmement grêle ; dès maintenant on peut affirmer que les caravanes entre la Méditerranée et le bassin du Niger sont mortes ; l’achèvement de la ligne de Thiès à Kayes, en assurant en toutes saisons les transports entre l’Europe et le grand fleuve du Soudan, rendra toute tentative de résurrection impossible. Taoudenni n’a plus que quelques années à vivre, et les villages commerciaux qui, comme Araouan ou Bou Djebiha, ne sont que des relais sur la route de Tombouctou aux salines, subiront le même sort. Un projet de voie ferrée, d’Algérie au Niger, ne mérite même plus d’être discuté.

Les seules voies caravanières qui aient quelque chance de durée, et peut-être même d’accroissement, sont celles qui aboutissent aux régions de Zinder et du Tchad. Elles font actuellement environ 5 ou 6 millions d’affaires ; ce n’est pas un chiffre colossal, et il ne semble pas que son accroissement puisse jamais devenir bien considérable ; les chemins de fer qui, du fond du golfe de Guinée, pénètrent de plus en plus dans les États haoussas leur feront une concurrence sévère.

Du Niger vers le Tchad, les transports se font à dos de chameaux ou à dos de bœufs ; déjà cependant, jusqu’à Matankari, on a pu employer des voitures et malgré le poids trop considérable des modèles officiels, ce mode de transport s’est montré moins coûteux. La traversée de l’Adr’ar’ de Tahoua arrête les charrettes ; il y aurait quelques travaux, assez sérieux, à faire pour permettre à des voitures de franchir les falaises des dallols ; mais depuis Guidambado jusqu’au Tchad et jusqu’au Kanem, sur plus de 800 kilomètres, la plaine est carrossable. Les animaux de trait ne manquent pas ; si les chevaux sont peu nombreux encore et un peu faibles, les chameaux et les bœufs abondent et l’expérience a montré qu’il était facile de les atteler.

Il semble donc que la concurrence des chemins de fer venant du sud, celle des charrois venant du Niger restreindront de plus eu plus le domaine, déjà limité, qui reste aux caravanes. L’Aïr avec 20000 habitants, Bilma avec 3000, l’Ahaggar avec 6000, échapperont longtemps encore aux autres modes de transport, mais cela est misérable. Quant au reste du Sahara, il est vide et sans avenir.

Quant à un chemin de fer transsaharien aboutissant aux États haoussas ou bornouans, son utilité économique paraît bien douteuse, à moins, peut-être, que l’on n’y voit qu’un premier tronçon d’un transafricain, entrant en lutte avec la voie du Cap au Caire qui est probablement un peu trop excentrique. Un projet aussi gigantesque pourra être intéressant dans un avenir lointain.

[200]L’extraction de l’or est plus active dans l’Afrique occidentale française que ne l’indiquent les statistiques ; une partie de ce produit, facile à dissimuler, sort en contrebande.

[201]Flye Sainte-Marie, Bull. Soc. Géogr. d’Oran, XXIV, 1904. — Ct Gadel, Notes sur l’Aïr, in Bull. de la Soc. de Géog. de l’A. O. F., p. 28-52, Dakar, 1907. — Cne Dinaux, Rapport de tournée. Renseignements coloniaux et documents publiés par le Comité de l’Afrique française, XVII, p. 65-69, 1907. — Cne Métois, Aïn-Salah et ses dépendances, in Annales de Géographie, 15 juillet 1907.

[202]Flye Sainte-Marie, Bull. Afrique française, Renseignements coloniaux et documents, XV, 1905, p. 381-406. — Laperrine, id., XVII, p. 77-90. — Cortier, La Géographie, XIV, 15 déc. 1906. — Nieger, La Géographie, XVI, déc. 1907.

[203]Ce rezzou, qui s’est heurté à un fort parti de Reguibat à 23 jours à l’ouest de Tombouctou, est un bel exemple, malgré sa fin malheureuse, de ce que peut donner une troupe de méharistes professionnels. On en trouvera le détail dans Dinaux [Renseignements publiés par le Comité de l’Afrique française, avril 1908, p. 108] et Cortier [D’une rive..., 1908, p. 112].

[204]Mangin, La Géographie, XV, 1907 ; — La Dépêche Coloniale, 8 avril 1907.

[205]Les engagements importants qui ont eu lieu ces derniers mois à l’Ouadaï, permettent d’espérer que cette irritante question sera bientôt liquidée (Bull. du Comité de l’Afrique française, nov. 1908, p. 380).

[206]Rabot, La Géographie, XVI, 1908, p. 407.

[207]La charge est de 150 kg. environ.

[208]Ayasse, Revue des troupes coloniales, juin 1907, p. 553.

[209]Cauvin, Bull. Soc. Géogr. Comm., XXX, 1908, p. 567.

[210]Les cotonnades européennes sont connues au Sahara sous le nom de malti.

[211]Ce nombre de charges est un minimum ; quelques-unes vont directement à Tahoua ; quelques autres, peut-être assez nombreuses, passent en contrebande.

[212]Le filali est une peau de mouton teinte en rouge Bordeaux par les fruits d’Acacia arabica ; l’industrie européenne n’arrive pas encore à produire cet article.

[213]Cauvin, Journal officiel du Haut-Sénégal et Niger, 1er mai 1907, Bull. Soc. Géogr. Com., XXX, sept., 1908,p. 555.

[214]Pichon, qui a visité Araouan et Bou Djebeha dès 1900, signale l’abondance des pâturages à Bou Djebeha qui aurait été fondé il y a cinquante ans. Quant à Araouan, ce n’est qu’un relai de caravanes ; ses nombreux puits (une centaine) donnent une eau très médiocre ; les pâturages manquent autour du ksar qui, d’après Pichon, n’aurait que deux siècles d’existence.


APPENDICES

APPENDICE I

LA CARTOGRAPHIE DU SAHARA

Les cartes que l’on peut établir du Sahara ont encore un caractère provisoire. Les observations astronomiques sont encore clairsemées, surtout dans le Sahara soudanais : du nord au sud, elles forment trois bandes principales. Du Tidikelt et du Touat au Niger, on possède de bonnes séries de position dues à Villate [La Géographie, XII, 1905, p. 229, et XIII, 1906, p. 446], E.-F. Gautier [cf. t. I, [ p. 339]], Cortier [D’une rive à l’autre du Sahara, p. 399] et Nieger [La Géographie, XVI, 1907, p. 364]. La route de la Méditerranée vers Zinder, par l’Aïr, a été repérée avec soin par Foureau [Doc. Sc., p. 45, 65]. Entre le Tchad, Bilma et la Tripolitaine, nous avons les observations de Monteil [De Saint-Louis à Tripoli par le Tchad]. De l’ouest à l’est, le cours du Niger a été relevé méthodiquement par diverses missions hydrographiques (Hourst, Mazeran, Le Blévec).

Entre le Niger et le Tchad, plusieurs commissions de délimitation [Moll, Tilho ; La Géographie, XIII, 1906, p. 214] ont fixé la position des principaux points.

Il subsiste cependant quelques divergences inadmissibles ; la longitude de Gao est 2°,5′ W. d’après Hourst et 2°,27′,33″ d’après Cortier : une erreur matérielle peut seule expliquer une semblable divergence.

Malgré ces quelques incertitudes, on peut considérer que, dans l’ensemble, assez de points sont déterminés avec précision pour que les itinéraires qui viennent s’y appuyer soient valables. Le réseau de ces itinéraires est à mailles encore larges, mais qui se resserrent rapidement.

L’hypsométrie est encore bien indécise. Elle repose sur des observations d’anéroïdes, plus rarement d’hypsomètres.

Les observations de Foureau [l. c., p. 157], dont le calcul a été fait par Angot, laissent une incertitude de ± 30 mètres [p. 97]. Les itinéraires de Voinot contiennent de nombreuses indications d’altitude qui peuvent inspirer une certaine confiance.

Dans l’esquisse hypsométrique, les courbes de 500 mètres et de 1000 mètres sont probablement à peu près exactes ; celle de 200 mètres est beaucoup plus douteuse.

La très grande activité déployée en ces dernières années par les officiers du Soudan et par ceux des Oasis est la cause des divergences, parfois notables, qui existent entre les deux cartes que l’on trouvera à la fin de ce volume.

L’esquisse hypsométrique a été établie à la fin de 1907 ; l’esquisse géologique à la fin de 1908. Dans l’intervalle, de nombreux itinéraires ont été levés ou sont parvenus en Europe. Ces données nouvelles ont permis à Cortier de dresser au 1000000e une carte du Sahara méridional. Cette carte est encore inédite ; on en trouvera une réduction dans l’Année Cartographique [18me année, 1908] au 5000000e. Grâce à l’obligeance de Cortier et du Service Géographique du Ministère des Colonies, j’ai pu profiter largement de ce travail pour le dessin de l’esquisse géologique qui, j’espère, donnera, au point de vue hydrographique surtout, des renseignements exacts : entre Gao et l’Aïr surtout, il a fallu modifier profondément le tracé des cours d’eau.

Pour placer les teintes géologiques, j’ai dû recourir à des indications de valeur très inégale. Les itinéraires de Gautier et les miens m’ont naturellement servi de base ; les profils géologiques de la planche hors texte indiqueront suffisamment quelles routes nous avons suivies. J’ai puisé de nombreux renseignements dans Foureau [Doc. Sc., p. 576-696 et Pl. XI] qui, de Tir’ammar à Zinder, a saisi en gros le 6° Long. E. et de Zinder au Tchad, le 14° de Lat. N. — Mussel [Rens. Col. publiés par le Comité Afr. Fr., juin 1907] a fait le tour du tanezrouft d’Ouallen (In Zize, Guernen, Sounfat, Achourat, Taoudenni, Tin Haïa, Touat). Son travail m’a été d’autant plus utile que j’avais eu le plaisir de l’avoir pour compagnon de route dans l’Ahnet et que nous avions ainsi des points de comparaison communs.

Pour la région du Tchad, je dois beaucoup à Freydenberg et à Courtet qui, outre les renseignements que j’ai puisés dans leurs ouvrages, m’ont fourni de nombreuses indications verbales. J’ai emprunté à Hubert les tracés de l’Atacora et du plateau du Gourma.

A ces différents renseignements, qui ont permis de tracer un réseau à très larges mailles, sont venus s’ajouter ceux que l’on peut déduire des échantillons parvenus en Europe. Thévenin [Les fossiles de l’Afrique Centrale, Revue Coloniale, 1905, p. 655-667] et Lacroix [Résultats minéralogiques, etc., id., p. 129-139 et 205-223] ont résumé ce qui était connu il y a trois ans ; depuis les envois ont continué et j’ai pu, je crois, avoir connaissance de tout ce qui est arrivé du Soudan à l’École des Mines, au Muséum ou à la Sorbonne. J’en ai donné le détail dans le texte et les gîtes fossilifères ont été indiqués sur la carte.

Il aurait évidemment été prudent de ne mettre de couleur que le long des itinéraires et aux points d’où provenaient les fossiles. J’ai pensé toutefois que les rapports d’itinéraires, parfois même les renseignements indigènes, pouvaient permettre d’étendre les teintes de façon à donner une carte plus parlante et mettant mieux en évidence certains ensembles qui paraissent vraiment homogènes. Il sera facile, d’après ce qui vient d’être dit, de faire la part des faits positifs et des indications douteuses.

La question de l’orthographe des noms géographiques est partout difficile ; au Sahara et au Soudan, elle semble insoluble. Les Touaregs ont bien une écriture, mais la langue est mal fixée et chacun écrit à sa fantaisie [Motylinski, Dictionnaire, p. 7]. Pour les langues du Soudan, il faut se fier à l’oreille et l’on sait quelles erreurs on commet ainsi. Quelques Haoussas et quelques Bornouans se servent de l’alphabet arabe, mais ils sont peu nombreux et ont de plus modifié la valeur de certaines lettres.

J’ai essayé, dans le texte, d’écrire toujours de la même façon les mêmes noms, en adoptant autant que possible l’orthographe de Motylinski, ou celle de Cortier, qui a pu être guidé par de Foucauld dans cette tâche difficile. On trouvera quelques divergences entre le texte et les cartes ; aucune d’entre elles n’est assez marquée pour rendre le nom méconnaissable.


APPENDICE II

NOTES COMPLÉMENTAIRES SE RAPPORTANT AU TOME II, « SAHARA SOUDANAIS »

I

P. 213. — D’après R. Arnaud [Précis de politique musulmane, Alger, 1906, p. 88], en Mauritanie, le pouvoir serait détenu chez les hassanes (guerriers) par un cheick héréditaire, assisté d’une djmaa (conseil des notables) ; une des plus nobles familles a la garde héréditaire du tambour de guerre. Les notes inédites de Paul Blanchet et de A. Dereims montrent que ceci n’est pas général : chez certaines tribus, dans tout l’Adr’ar’ Tmar, tout au moins, le chef est, comme chez les Touaregs, élu par les notables qui doivent seulement le choisir dans une famille déterminée.

II

P. 228. — Voici, copiés sur le carnet de Dereims, les renseignements relatifs à ces ruines, renseignements donnés par Amar, vieux serviteur de Bou El Mogdad,

« A une distance de Oualata égale à celle de Jaïrinié[215] à Amzeggag (?), il y a deux villes en ruines ; elles sont bâties en pierres blanches, avec sculptures de grande taille. Autour de ces villes, il y a des tumuli que les fils d’Adam viennent visiter. — Il y aurait en cet endroit du sable blanc, du sable noir et du sable rouge que l’on tirerait de puits différents. »

[215]Jaïrinié est sur le littoral de Mauritanie, vers 17°,40′ Lat. N. Amzeggag n’est porté sur aucune carte, mais, d’après les indications complémentaires de A. Dereims, il s’agit d’une très courte distance.


APPENDICE III

NOUVELLES NOTES COMPLÉMENTAIRES SE RAPPORTANT AU TOME I, « SAHARA ALGÉRIEN ».

I

P. 160. — A propos du « Sultan noir » qui aurait pris Béchar au XIIe s., M. Basset me communique une intéressante rectification : « Le Sultan noir est un héros légendaire qu’on personnifie tantôt dans un Almohade, tantôt dans un Mérinide, tantôt dans un Chérif. Ici ce serait Mouley ed Dehebi, qui n’a pu prendre Béchar au XIIe siècle puisqu’il vivait à la fin du XVIe. » Pour plus de détails voir : R. Basset, Nédromah et les Traras, 1901, appendice IV.

Nous saisissons sur le fait, une fois de plus, l’extrême incertitude des souvenirs indigènes.

II

P. 163. — A propos du mot ar’rem, M. Basset me fait observer qu’il est d’un usage courant dans le M’zab et à Ouargla, avec le sens de ksar. Il n’y a même qu’un synonyme, le mot taourirt, qui correspond d’ailleurs à une nuance peu différente de sens (Kalaa, ksar juché sur une éminence).

III

P. 164. — Au sujet de Sidi Beyazid el Bistami (alias de la ville de Bezdama), M. Basset, professeur d’arabe à l’école des Lettres d’Alger, me communique les observations suivantes :

Sur Beyazid el Bistami, on trouvera des renseignements détaillés dans :

Tadhkirat u’l Awliyá (commémoration des Saints), texte persan publié par Nicholson. T. I, Londres, 1905, in-8o, p. 134-179 ;

Djami, Nefahat el Ous (notice par de Sacy, Notices et Extraits des manuscrits de la Bibliothèque du Roi, t. XII, Paris, 1831, p. 404) ;

Nicholson, an historical inquiry concerning the origine and developments of Sufism (Journal of the Royal Asiatic Society, 1906, 2e trimestre).

Beyazid a vécu au IIIe siècle de l’hégire en Orient ; il n’est jamais venu au Maghreb. Il faut noter, d’autre part, que Ibn Khaldoun ne prononce pas son nom à propos des Beni Goumi, dont il parle longuement.

Il est donc évident que les Beni Goumi, se plaçant sous l’invocation de ce saint, ont voulu se rattacher à lui par une légende inventée de toutes pièces. Et il est probable que les origines de cette légende remontent aux environs du XVIe siècle, à l’époque des prédications maraboutiques.

E. F. G.

IV

P. 262-264. — Fr. Coello [Conocimientos que se tenian del Sahara occidental antes de la expedicion (de Cervera et de Quiroga), Rev. de Geografia comercial, 15 déc. 1886, p. 70] a indiqué que l’influence des Maures chassés d’Espagne s’était fait sentir jusqu’à Chinguetti, où les études littéraires étaient encore en grand honneur. Les traditions recueillies en 1900 par Paul Blanchet et A. Dereims pendant leur séjour à Atar confirment pleinement l’indication de Coello. Beaucoup d’habitants de Chinguetti conservent encore la clef de la maison que leurs ancêtres possédaient à Grenade ; ils sont en état de fournir des détails sur les principaux monuments et la topographie de la ville qu’ils ont perdue.

Blanchet, qui savait bien l’arabe, avait été frappé de la pureté de la langue qu’emploient les Maures des bonnes familles d’Atar.

R. Chudeau.


INDEX DES TOMES I ET II


Les chiffres romains renvoient au tome (I : Sahara algérien ; II : Sahara soudanais).


TABLE DES FIGURES ET CARTES


Fig.1. —Blocs de granite porphyroïde près du cimetière d’Iférouane (Aïr)[3]
2. —Archéen. Massif granitique sur la rive g. de l’oued Tyout (Aïr)[3]
3. —Crêtes siluriennes (quartzites) à direction subméridienne[6]
4. —Coupe géologique du Rio de Oro[7]
5. —Gours dévoniens, au sud d’In Azaoua[8]
6. —Coupe d’El Khenachiche à Taoudenni[11]
7. —Profil de Tobré à Boubon[13]
8. —Coupe de Fort de Possel à Boli[14]
9. —Les grès du Gourma à Tambarga[15]
10. —Grès de Hombori[15]
11. —Mont Tombori[15]
12. —Coupe près de N’Dellé[16]
13. —Croquis hypsométrique de l’Afrique septentrionale et centrale[19]
14. —Zone inhabitée du Sahara central[21]
15. —Coupe du tassili Tan Tagrira[27]
16. —Essai de schéma du Massif Central saharien[30]
17. —La Coudia, vue de l’oued Sirsouf[31]
18. —L’Adr’ar’ Arigan[33]
19. —L’Adr’ar’ Haggar’en[43]
20. —L’Adr’ar’ Adesnou[57]
21. —L’Adr’ar’ Timgué[59]
22. —Région méridionale de l’Aïr[60]
23. —L’Akelamellen[62]
24. —L’Adr’ar’ Timgué[67]
25. —Bassin lacustre des Teguidda[77]
26. —Falaise de Tigueddi, à Marandet[79]
27. —Une cuvette du Manga[84]
28. —Falaise d’El Khenachiche[86]
29. —Crétacé supérieur du Damergou[88]
30. —Coupe de Djadjidouna à Béréré[89]
31. —Bord du massif d’Alberkaram[90]
32. —Vallée entre Kongoumé et Maïjirgui[91]
33. —Coupe de la falaise de Bouza[94]
34. —Falaise de Bouza[95]
35. —Coupe de l’Adr’ar’ de Tahoua[96]
36. —Village de Kaouara[98]
37. —Matankari[98]
38. —Le Tondibi[99]
39. —Le Kennadji[100]
40. —Dallols près de Labat[107]
41. —Matankari[108]
42. —Les mamelons du Mounio[113]
43. —Les mamelons du Mounio[114]
44. —Les plateaux du Koutous[115]
45. —Les grès du Koutous[116]
46. —Températures de Ghardaia[122]
47. — — Tozeur[123]
48. — — Bizerte[123]
49. — — Kayes[124]
50. — — Niamey[124]
51. — — Tombouctou[125]
52. — — Porto-Novo[125]
53. —Régime des pluies au nord et au sud du Sahara[126]
54. —Températures d’In Salah[127]
55. —Un coup de brume (oued En Nefis)[138]
56. —Un coup de brume (Tit)[139]
57. —Un coup de brume (Tit)[139]
58. —Zones de végétation de l’Afrique occidentale[145]
59. —Fragment de topographie de l’Alakhos[150]
60. —Profil de Guidjamon à Ganadja[150]
61. —Stations botaniques du Mounio[151]
62. —L’Adr’ar’ Adesnou[152]
63. —Coupe demi-schématique d’une vallée d’Aïr : Le Teloua à Salem-Salem[153]
64. —Contreforts méridionaux de l’Ahaggar[162]
65. —Le moyen Niger[175]
66. —Deux types de bâts : Chameaux saharien et sahélien[206]
67. —Campement tebbou[218]
68. —Les massifs anciens et les bassins de l’Afrique occidentale[225]
69. —Répartition des Ergs[245]
70. —Ergs morts[250]
71. —Le Tin Hamor et le Telaouas[262]
72. —Le plateau d’Adjellela[262]
73. —Montagne d’Aoudéras[263]
74. —Adr’ar’ Ohrsane[264]
75. —Microgranites de Gouré[266]
76. —Coupe au nord de Gouré[267]
77. —Roches d’épanchement et roches alcalines de l’Afrique du Nord[269]
78. —Plateaux de Tamaské[274]
79. —Un plateau de grès du Niger, en aval de Gao[275]
80. —Un bloc de granite sur les bords du Niger[277]

CARTES ET COUPES HORS TEXTE

[I.]Coupes géologiques.
[II.]Esquisse hypsométrique du Sahara central et de sa bordure soudanaise.
[III.]Esquisse géologique du Sahara central et de sa bordure soudanaise.

TABLE DES PLANCHES HORS TEXTE


Entre les pages
PlancheI. —[1.]Chaos granitique. Adr’ar’ desIfor’as2-3
[2.]Granite porphyroïde à Iférouane(Aïr).
II. —[3.]Adr’ar’ des Ifor’as. Terrain archéen2-3
[4.] — Le pli couché de l’ouedTesamak.
III. —[5] et[6.] Grès dévoniens à Tin Ghaor10-11
IV. —[7.]Ahaggar. Un confluent près d’InAmdjel30-31
[8.]Ahaggar. Village de Tit.
V. —[9.]Adr’ar’ des Ifor’as. Un col au sud deTimiaouin48-49
[10.]Un oued de l’Adr’ar’ des Ifor’as.
VI. —[11.]Kori Tin Teboirak56-57
[12.]Une cascade près d’Aoudéras.
VII. —[13.]Le kori d’Aoudéras après l’orage56-57
[14.]Près d’Aoudéras (Aïr).
VIII. —[15.]Cases du village d’Aguellal62-63
[16.]Le massif et le village d’Aoudéras.
IX. —[17.]Le puits de Tinchamane, Agadez62-63
[18.]Les doums dans un kori d’Aïr.
X. —[19.]Un puits à bascule d’Aoudéras68-69
[20.]Un kori d’Aïr.
XI. —[21.]La palmeraie d’Iférouane68-69
[22.]La mosquée d’Agadez.
XII. —[23.]La falaise de Tigueddi78-79
[24.]Le village de Dogon Doutchi.
XIII. —[25.]Le Niger à Niamey96-97
[26.]Le puits du village d’Yéni.
XIV. —[27.]Dallol Busso, à Yéni108-109
[28.]Ruines de la mosquée de Gao.
XV. —[29.]Zone sahélienne. — Tegama142-143
[30.]Zone sahélienne. — Région de Gao.
XVI. —[31.]Une halte dans la région de Gao142-143
[32.]Un Tamat (Acacia arabica).
XVII. —[33.]Mentha sylvestris, formesaharienne ; forme des environs de Paris160-161
XVIII. —[34.]Veronica Anagallis. — Cynodondactylon ; formes sahariennes et formes des environs deParis160-161
XIX. —[35.]Une prairie de Kram-Kram (zonesahélienne)160-161
[36.]Une mare chez les Oulimminden.
XX. —[37] et[38.] L’étang permanent de Keïta170-171
XXI. —[39] et[40.] Mares d’hivernage dans la zonesahélienne170-171
XXII. —[41.]Végétation d’Afernane170-171
[42.]Pâturage d’Askaf.
XXIII. —[43.]La dune de Nouakchott176-177
[44.]Bir El Aïoudj.
XXIV. —[45.]Le poste de Bemba176-177
[46.]Palmiers « bour ».
XXV. —[47.]Zone sahélienne. Halte sous un Gao176-177
[48.] — Bouquet d’arbres.
XXVI. —[49] et[50.] Pâturage dans la région d’Araouan184-185
XXVII. —[51] et[52.] Canaris à Mil184-185
XXVIII. —[53.]Groupe de Touaregs (Région de Gao)208-209
[54.]Un Lamentin.
XXIX. —[55.]Femmes Kel Akara208-209
[56.]Une fille de El Hadj Moussa.
XXX. —[57.]Femme Kel Tadélé214-215
[58.]Femmes Hoggar.
XXXI. —[59.]Le Rastamala, représentant du chef desKel Ferouan214-215
[60.]Femme d’Oanella, chef des Hoggar.
XXXII. —[61.]Tente touareg218-219
[62.]Campement de Bellah. Bords du Niger.
XXXIII. —[63.]Campement de Bellah. Boucle du Niger218-219
[64.] — Près de Gao.
XXXIV. —[65.]Chalands sur le Niger. Région de Gao226-227
[66.]La vallée du Niger, vue du poste deBourem.
XXXV. —[67.]In Zize. Ravin258-259
[68.]In Zize. Aguelman.
XXXVI. —[69.]Le ksar de Bou Djebiha298-299
[70.]Le ksar d’Araouan.
XXXVII. —[71.]Le ksar de Taoudenni298-299
[72.]Une place à Taoudenni.
XXXVIII. —[73.]Le village d’Agorgott298-299
[74.]Une caravane dans le poste deTinchamane.

TABLE DES MATIÈRES


[CHAPITRE I]
LAPÉNÉPLAINE CENTRALE DU SAHARA1
I. — Constitutiongéologique, [1]. —Archéen, [2]. — Silurien,[4]. — Dévonien, [7]. — Carbonifère, [11]. — Extension des terrainsanciens vers le Sud, [12].— Rebroussement des plis, [18].
II — Les Régions, [18]. — Les Tanezrouft, [20]. — Leurs points d’eau,[26]. — L’Ahaggar, [29]. — Orographie, [29]. — Hydrographie, [35]. — Les villages, [37]. — Les Nomades, [44]. — L’Adr’ar’ des Ifor’as,[47]. — Orographie,[48]. — Hydrographie,[49]. — Les villages,[52]. — Les Ifor’as,[53]. — Adr’ar’ Tiguirirt,[55]. — L’Aïr, [56]. — Orographie, [56]. — Hydrographie, [61]. — Les villages, [64]. — Histoire, [69]. — Les habitants, [70].
[CHAPITRE II]
LESHAUTES PLAINES DU SOUDAN75
I. — Structure géologique,[75]. — Crétacé inférieur,[76]. — Crétacé supérieur,[88]. — Éocène, [94]. — Miocène, [96]. — Extension géographique, [97].
II. — Les Pays, [104]. — Nomades, [105]. — Adr’ar’ de Tahoua,[107]. — Djerma, [108]. — Tessaoua, [109]. — Demagherim, [110]. — Damergou, [112]. — Mounio, [113]. — Koutous, [114]. — Alakhos, [116]. — Manga, [117]. — Kaouar, [117]. — Fachi, [119]. — Iles du Tchad, [120].
[CHAPITRE III]
MÉTÉOROLOGIE122
I. — Le Climat[122]
II. — La Brume[136]
[CHAPITRE IV]
CHOROLOGIE142
I. — Géographie botanique,[142]. — Les grandeszones, [142]. — Zonesahélienne, [146]. — Zonesaharienne, [154]. — Lesadaptations, [163] (lesplantes grasses, [166] ; les lianes, [167] ; les graines, [168] ; défense contre les animaux [170]). — Les cultures, [170] (cultures irriguées,[174]). — Remarques surquelques espèces, [179].
II. — Géographiezoologique, [192]. —Cœlentérés, [192]. —Insectes, [192] (termites, [193] ; insectes des tanezrouft, [194]). — Crustacés, [195]. — Mollusques, [195]. — Batraciens et reptiles,[197]. — Oiseaux, [198] (l’Autruche, [199]). — Mammifères, [200]. — La chasse, [202]. — Les troupeaux, [203] (chèvres et moutons,[203] ; bœufs,[203] ; chevaux,[204] ; ânes,[204] ; chameaux,[205]). — Les hommes,[209] (les Touaregs,[212] ; l’habitation,[217]).
[CHAPITRE V]
HYDROGRAPHIE ANCIENNE220
Le Taffassasset, [221]. — Le bassin de Tombouctou et le moyenNiger, [222]. — Le bassind’Ansongo, [229]. — LeTchad et le Bahr El Ghazal, [232].
[CHAPITRE VI]
LES DUNESFOSSILES243
Les extensions du désert, [243]. — Les ergs morts, [244]. — Leur âge, [252].
[CHAPITRE VII]
QUELQUESQUESTIONS TECHNIQUES256
I. — Roches, [256]. — Roches anciennes,[256]. — Roches éruptivesrécentes, [258] (In Zize,[259] ; Ahaggar,[261] ; Aïr, [263] ; Mounio, [265] ; Zinder, [266] ; Melfi, [267] ; Fita, [267]). — Provincespétrographiques à roches alcalines, [268].
II. — Latérites, [270]. — Grès ferrugineux,[273]. — Produits dedécalcification, [274].
III. — Salines, [278]. — Taoudenni, [278] ; — Bilma, [282] ; — Les Teguiddas,[282] ; — Terred’Ara, [283] ; —Manga, [284] ; —Folé, [284].
IV. — Les Agentsdésertiques, [285]. —Érosion éolienne, [285]. —Insolation, [290].
[CHAPITRE VIII]
LECOMMERCE292
Le commerce transsaharien, [292]. — Le commerce saharien,[296]. — L’avenir,[298].

APPENDICES

I. —La cartographie duSahara[305]
II. —Notes complémentaires serapportant au tome II (Sahara soudanais)[308]
III. —Nouvelles notescomplémentaires se rapportant au tome I (Saharaalgérien)[309]
Indexalphabétique des tomes i et ii[311]
Table desfigures et cartes[321]
Table desplanches hors texte[323]

1396-08. — Coulommiers. Imp. Paul BRODARD. — 4-09.


Note de M. R. Chudeau

Bull. Soc. Géol. De France (Extrait du)S. 4 ; T. VII ; Pl. XI (Séance du 17 Juin 1907)

Dessiné par F. Borremans — 5, rue Hautefeuille — PARIS.

I. de l’Ahnet à Niamey (En partie après E. F. Gautier)
II. de Niamey au Tchad.
III. de Tit à Zinder
V. de Timiaouin à Tin Zaouten.
VI. Alakhos et Koutous.

ESQUISSE HYPSOMÉTRIQUE DU SAHARA OCCIDENTAL ET CENTRAL ET DE SA BORDURE SOUDANAISE par René Chudeau

R. Chudeau — Sahara Soudanais.

LIBRAIRIE ARMAND COLIN, PARIS.

ESQUISSE GÉOLOGIQUE DU SAHARA CENTRAL et de sa bordure soudanaise par RENÉ CHUDEAU

R. Chudeau — Sahara Soudanais.

LIBRAIRIE ARMAND COLIN, PARIS.