CHAPITRE IV.

LE MÉDECIN DE LEYDE.

La vie est si calme et si douce dans la famille flamande, que son histoire en serait presque ennuyeuse à conter comme celle des peuples heureux, suivant l'expression de Montesquieu.

Mais, si le retour presque quotidien des émotions calmes et d'une profonde sérénité manque d'intérêt pour le lecteur, habitué aux drames de l'existence orageuse et passionnée des héros de romans, en revanche, c'est le bonheur pour ceux à qui la Providence a fait cette douce monotonie. Montaigne professe que l'habitude est une seconde nature, si ce n'est la nature elle-même. En Flandre, tout était alors habitude dans la famille bourgeoise.

Aussi, seize années après le baptême des deux jumelles et le départ de van Maast, rien n'était changé dans la maison de mynheer Borrekens, si ce n'est que l'âge avait blanchi les cheveux jadis grisonnants du roi des Arquebusiers; sa taille, autrefois droite et fièrement cambrée en arrière, commençait à se courber, et il lui fallait maintenant s'appuyer sur un bâton, pour achever lentement, sur le port, la promenade qu'il avait contracté depuis cinquante ans l'habitude d'y faire.

Dame Thrée, de son côté, avait éprouvé la modification du temps: sa beauté n'avait rien perdu de son éclat: seulement cette beauté avait pris un caractère imposant. A la timidité naïve qui, au moindre incident, couvrait ses joues, son cou et sa poitrine elle-même de la plus belle pourpre, avait succédé une assurance modeste et calme; sa taille, moins svelte, ne manquait pourtant point encore de souplesse, mais son bras était devenu plus potelé et sa main plus blanche. Il n'y avait ni une ride à son front, ni une trace de fatigue sur son beau visage, qui pouvait rivaliser, par sa pureté, avec les chefs-d'oeuvre de l'art antique. Les femmes de la Frise, ainsi que les femmes d'Arles, ont conservé, comme on le sait, ce type admirable dont Rome et Athènes se montraient si passionnément éprises.

Dame Thrée paraissait la soeur aînée de ses deux filles, dont la beauté était devenue populaire à Anvers. On accourait sur le seuil des maisons pour voir passer les deux enfants nées le même soir, qui n'avaient un instant formé qu'un seul être et dont la ressemblance était si grande, si identique, que leur grand-père lui-même ne pouvait distinguer Aegtje d'Annetje, diminutifs pleins de grâce, en langue flamande, des noms d'Anne et d'Agathe. Dame Thrée savait seule les reconnaître à de certaines inflexions de voix, à de certaines attitudes où d'autres ne pouvaient rien apercevoir.

Pour rendre l'illusion encore plus complète, Agathe et Annetje n'allaient jamais que vêtues exactement du même costume. Chaque jour, quand leur mère les conduisait à la messe, le dimanche aux offices et le soir à une promenade dans la partie la plus solitaire du port, on ne pouvait se lasser d'admirer le merveilleux de cette ressemblance! Toutes les deux semblaient mues à la fois par une même volonté; leur mère elle-même restait en extase devant cette spontanéité de sensation et de pensée. Elles se levaient en même temps l'une que l'autre, éprouvaient à la fois les mêmes émotions, souffraient ensemble, étaient toujours ensemble. Quand un sourire entr'ouvrait les lèvres d'Agathe, assise près de sa mère et penchée sur la dentelle dont elle entremêlait les bobines, le même sourire entr'ouvrait les lèvres d'Annetje également courbée sur son ouvrage. Si Annetje devenait rêveuse, la même rêverie jetait son voile sur le front d'Agathe.

Hélas! cette sympathie absolue, cette existence double ne se manifesta un jour que trop cruellement pour la pauvre mère. Un matin, les deux soeurs descendirent près de dame Thrée, tristes sans motifs et accusant chacune de vagues souffrances. Depuis lors, un mal mystérieux, et contre lequel vinrent échouer l'art et la science de tous les médecins d'Anvers, se prit à consumer lentement les jumelles. La maladie marchait avec une égale et régulière cruauté pour les deux pauvres enfants. Chaque jour, les mêmes symptômes alarmants se manifestaient chez l'une comme chez l'autre. Leurs pouls battaient des mêmes pulsations; quand la fièvre venait accélérer ces pulsations, le vieux médecin de la famille en comptait avec épouvante le même nombre chez Agathe comme chez Annetje.

Cependant la maladie prenait un caractère de plus en plus alarmant. Le vieux médecin n'osa plus garder seul une responsabilité qui commençait à l'inquiéter, et provoqua une consultation de médecins les plus éclairés de la ville. Nul ne comprit rien à ce mal qui ne ressemblait en rien aux affections produites par le climat humide et froid d'Anvers. C'était à la fois une fièvre dévorante et une langueur pleine d'accablement; aucun des moyens connus de la science ne pouvait parvenir à arrêter, ni même à diminuer les accès de ce mal étranger.

Chaque jour, le chagrin vieillissait d'une année le pauvre mynheer Borrekens, qui, jusqu'alors, avait si vaillamment résisté aux outrages du temps.

Un matin, il se rendit chez Rubens, pour lui demander conseil. Quoiqu'il le vît rarement, le grand peintre n'en était pas moins l'oracle et le suprême recours du vieillard dans les rares circonstances de sa vie, qui prenaient un caractère de gravité.

De grands changements étaient aussi survenus dans l'existence de Pierre-Paul Rubens. La douce et simple Isabelle Brandt était morte, et l'artiste avait convolé en secondes noces, avec la belle Hélène Froment. Cette alliance avait donné encore plus d'animation et de somptuosité à la maison déjà princière de l'illustre artiste.

Hélène, fière de sa naissance, de sa beauté, de sa fortune immense et de la gloire de son mari, se trouvait entourée d'une véritable cour, sur laquelle elle régnait en reine, et dont Rubens était le sujet le plus obéissant. Éperdument épris de la beauté et de l'esprit de sa femme, Rubens ne voyait que par les yeux d'Hélène, ne sentait et n'agissait que par sa volonté et eût offert sa vie pour éviter un chagrin à l'objet de sa passion.

Celle-ci, comme toutes les femmes comblées des trésors d'un immense amour, abusait un peu de l'empire qu'elle exerçait sur son mari pour le tyranniser de temps à autre, et lui faire sentir le poids du joug qu'il s'était imposé lui-même. Hélène, triste ou moins tendre, jetait Rubens dans un véritable chagrin; un mot caressant, un sourire d'Hélène consolait et enivrait Rubens. Ce sont seulement les nobles natures qui subissent ainsi avec faiblesse le joug de l'amour. «Agneaux près des femmes, lions devant l'ennemi,» avait coutume de dire Henri IV, qui se connaissait en ce genre d'agneaux et de lions.

Lorsque mynheer Borrekens arriva dans l'hôtel de Rubens, et qu'il demanda à parler à son compère, les valets que l'artiste avait amenés d'Angleterre et d'Italie reçurent avec assez d'impertinence le vieillard, et refusèrent de le laisser pénétrer jusqu'à leur maître.

Il fallut qu'il inscrivît son nom sur un registre, et qu'il revînt, le lendemain, savoir quel jour le chevalier Rubens pourrait l'admettre à une de ses audiences. Tels étaient les ordres que leur avait prescrits madame Rubens.

Mynheer Borrekens remit son chapeau sur sa tête pour s'en retourner chez lui; mais il pensa à la douleur de Thrée et aux souffrances d'Agathe et d'Annetje: il demanda à être admis près de madame Rubens.

Les valets se prirent à rire du bonhomme qui croyait arriver ainsi jusqu'à la plus grande dame d'Anvers.

—Le chevalier Rubens pourrait, seul, vous valoir cet honneur, lui dirent-ils, d'où venez-vous donc, mon brave homme?

Et un grand reître, chargé du soin des chevaux, se disposait à faire quelques plaisanteries brutales au vieillard, lorsque Rubens vint reconduire, jusque sur le seuil de son hôtel un visiteur de haut rang.

A la vue de mynheer Borrekens, il courut à lui, lui prit affectueusement les mains, et l'emmena dans son atelier, à la grande stupéfaction des valets.

—Et maintenant, dit Rubens, asseyez-vous là, mon compère, et tout en travaillant, permettez-moi de vous gronder de la rareté de vos visites. Voici près de trois ans que je ne vous ai vu!

—Mynheer le chevalier n'était point à Anvers à l'époque du nouvel an et de sa fête, répondit mynheer Borrekens.

—Et vous ne pouvez venir visiter votre compère à d'autres époques qu'en ces jours solennels? Eh! mynheer Borrekens, en sommes-nous à nous traiter avec tant de cérémonie?

Mynheer Borrekens eut bien envie de lui parler de l'accueil que la valetaille de l'hôtel venait de lui faire, et de l'impertinence du grand palefrenier reître; mais il fit réflexion qu'après tout il valait encore mieux garder le silence sur ce sujet, et il se mit à regarder avec une admiration qui pouvait faire admettre en ce moment un peu de préoccupation et de surdité la toile qu'achevait de peindre Rubens, et qui n'était rien moins que l'Érection de la Croix, ce divin tableau, comme l'appelle, à juste titre, le licencié Michel, historien de Pierre-Paul Rubens.

—Vous ne m'avez point dit le motif qui me valait votre visite, mon compère? dit Rubens. Serais-je assez heureux pour pouvoir vous être agréable?

—Je viens vous demander un bon conseil, mynheer le chevalier. Je ne sais plus à quel saint me vouer. Ma fille est au désespoir. Les deux enfants se meurent d'un mal inconnu, et contre lequel la science des médecins ne peut rien.

Rubens laissa le pauvre père entrer dans tous les détails que lui suggéra sa douleur. Ce coeur noble savait qu'écouter avec compassion ceux qui souffrent, c'est déjà les consoler.

—Mon compère, lui dit-il, tout n'est peut-être point perdu. J'ai ouï conter précisément, la semaine dernière, par un de mes amis qui arrivait de Leyde, qu'il se trouvait dans cette ville un médecin possédant un secret merveilleux pour triompher des fièvres les plus rebelles. Ce médecin arrive du nouveau monde que Christophe Colomb a découvert le siècle dernier.

Cet ami ne doit pas encore avoir quitté Anvers; je vais l'envoyer quérir, et il nous donnera les renseignements nécessaires.

—Je le savais bien, moi, que vous nous trouveriez une planche de salut!
Béni soit le jour où je vous ai connu!

—Et où vous m'avez fait donner, au Serment des Arquebusiers, un tableau pour un terrain en litige, selon vous, et qui ne m'appartenait que trop légitimement.

Un sourire passa sur le visage attristé de mynheer Borrekens, qui feignit néanmoins, une seconde fois, de ne pas entendre et de s'absorber, plus que jamais, dans la contemplation de l'Érection de la Croix.

Cependant, Rubens avait donné l'ordre à un des élèves qui l'entouraient de se rendre près de son ami de Leyde et de le lui amener.

Une demi-heure après, l'étranger accourait avec empressement; Rubens, tout en faisant courir le pinceau sur la toile, lui exposa, en peu de mots, ce qu'il voulait savoir de lui.

—En effet, répondit le marchand, il se trouve à Leyde un médecin tel que vous le dites, si l'on peut appeler du nom de médecin un homme jeune encore qui vit dans une profonde solitude, et qui reste enfermé toute la journée dans une maison où personne ne pénètre.

D'où vient-il? On n'en sait rien! Un beau jour, il a débarqué à Amsterdam, est venu à Leyde, y a fait emplète d'une maison qui s'y trouvait à vendre dans un quartier solitaire, sans autre serviteur qu'un sauvage à peau rouge; encore cette peau était-elle peinte de la manière la plus bizarre; ce qui le fait ressembler à un démon plutôt qu'à un homme. Une vieille juive qui se mourait de misère et de faim a été recueillie par le médecin mystérieux, et elle est chargée de faire au dehors toutes les emplettes nécessaires au ménage. Enfin, on parle de bêtes étranges et inconnues, qui peuplent la maison du sorcier péruvien, comme disent les bonnes gens à Leyde.

—Et le remède pour la fièvre? demanda Rubens.

—Voici comment on a su le secret du médecin. Il y avait, dans son voisinage, un pauvre maître d'école chargé d'une nombreuse famille; il vint tout-à-coup à tomber malade. La vieille juive s'informa de la part de son maître pourquoi l'on ne voyait plus, comme d'habitude, les enfants sortir en courant de la classe: on lui répondit que le pauvre homme gisait sur son lit de douleur, dévoré par une fièvre mortelle, et qu'il avait dû renvoyer ses élèves. L'étranger vint voir le malade, à trois ou quatre reprises différentes, et lui fit prendre d'une certaine poudre. Peu de temps après le maître d'école rouvrit sa classe et rendit à la rue l'animation qui plaisait si fort à l'étranger. Depuis lors, on est venu, de toute part, demander à ce savant médecin de guérir d'autres malades. Jamais il ne s'y est refusé; mais il ne le fait qu'à des conditions bizarres. Quelque riche, quelque élevé en rang que soit le malade, il faut qu'il vienne chez le médecin à une heure indiquée. Si le malade est riche, le médecin exige de lui une somme considérable et proportionnée à sa grande fortune; s'il est pauvre, le singulier homme non seulement le guérit pour rien, mais encore lui remet assez d'argent pour le sortir d'embarras, pendant la convalescence.

—Voilà un médecin comme je les aime, dit Rubens: le sorcier de Leyde guérira ma filleule et sa soeur. Je vais lui écrire pour le prier de venir donner ses soins à vos enfants.

Mynheer Borrekens poussa un cri de joie qu'arrêta un sourire et un mouvement de tête négatif du bourgeois de Leyde.

—Il a refusé de se rendre à Amsterdam, où le plus riche marchand de la ville lui offrait une tonne d'or pour donner des soins à sa mère.

Rubens sourit à son tour et n'en écrivit pas moins la lettre au médecin de Leyde; puis, appelant de son sifflet d'argent un page:

—Faites venir Pitremann, lui dit-il.

Le domestique reître qui s'était montré si peu poli avec mynheer
Borrekens ne tarda point à venir.

—Vous allez monter à cheval sur-le-champ, et vous rendre à Leyde pour y remettre cette lettre à son adresse et m'en rapporter la réponse. Allez, et n'épargnez pas les chevaux.

—Que Dieu vous bénisse! s'écria le vieillard, qui voulut porter la main de Rubens à ses lèvres, et à qui celui-ci tendit les bras.

Mynheer Borrekens se hâta de revenir chez lui conter cette bonne nouvelle à sa fille. L'espoir et la consolation rentrèrent donc dans cette maison désolée.

A quelques jours de là, le domestique allemand de Rubens revint harassé de fatigue et tout couvert de poussière. Il rapportait à Rubens la réponse du médecin de Leyde.

«Le plus célèbre peintre du monde, disait la lettre du médecin, excusera son très humble serviteur de ne se point conformer au désir qu'il lui exprime. Quitter Leyde pour Anvers, c'est abandonner trois ou quatre cents malades qui réclament mes soins pour deux seuls qui m'attendent à Anvers. Je prends pour juge de ma résolution la générosité et la justice du chevalier Rubens.»

A la lecture de cette lettre, une légère rougeur couvrit le visage de Rubens. Il n'était point habitué à voir résister à ses volontés. Toute la journée il demeura pensif et soucieux. Hélène elle-même ne put réussir à dérider le front de son mari et à l'arracher à la préoccupation mêlée de dépit qui le rendait distrait et presque sombre.

Le lendemain Rubens annonça que le bourgmestre de Leyde l'avait depuis longtemps sollicité de peindre un tableau pour son hôtel-de-ville, et qu'il comptait se mettre en route dès le lendemain pour Leyde.

Hélène Froment, tendrement attachée à son mari, et qui d'ailleurs aimait à prendre sa part de l'admiration et de l'enthousiasme qui accueillaient partout Rubens, déclara qu'elle l'accompagnerait dans cette excursion de quelques jours.

Rubens se mit donc en route avec la suite nombreuse dont il était alors d'usage de se faire accompagner. Cette suite se composait de trois ou quatre de ses élèves favoris, d'une quinzaine de domestiques, et des femmes d'Hélène. Tous, Hélène elle-même, voyageaient à cheval. A cette époque, on ne connaissait point d'autres carrosses que des espèces de litières non suspendues et mal closes par des rideaux qui rendaient beaucoup plus fatigants les voyages en voiture que les voyages à cheval.

Rubens et sa suite mirent près d'une semaine pour arriver à Leyde.
Aujourd'hui, grâce à la vapeur, on s'y rend en peu d'heures.

Au grand étonnement de ceux qui l'accompagnaient, la première visite de Rubens ne fut point pour le bourgmestre de Leyde: l'artiste célèbre se rendit sur-le-champ, et sans prendre le temps de changer de costume, chez le médecin américain.

Quoique la nuit commençât à tomber, une foule nombreuse encombrait encore le seuil de la maison. A la vue du grand seigneur qui arrivait, quelques-unes de ces bonnes gens se rangèrent pour le laisser passer, mais une vieille femme qui faisait la police parmi les visiteurs, et qui assignait à chacun sa place, s'opposa à ce que Rubens fût privilégié.

—Mon maître l'a dit, chacun est égal devant la maladie, dit-elle.

—Je suis Pierre-Paul Rubens, objecta le peintre célèbre, et je viens tout exprès d'Anvers pour consulter votre maître. Veuillez le prévenir.

—Mynheer, répliqua la vieille juive, mon maître ne me pardonnerait point de lui avoir fait perdre quelques minutes de son temps, même pour l'illustre peintre dont chacun, dans les Pays-Bas, même les pauvres gens comme moi, connaissent le nom et le répètent avec respect. En me tirant de la misère, pour me mettre à la tête de sa maison et me rendre aussi heureuse que j'étais à plaindre, c'est la première leçon qu'il m'a enseignée.

—Eh bien! soit, j'attendrai, répondit gaîment Rubens, qui se mit à regarder avec curiosité la singulière maison dans laquelle il se trouvait.

C'était un de ces logis à pignon pointu, à façade de bois et qui forment auvent au-dessus des trois ou quatre marches de marbre bleu qui conduisent à la porte d'entrée. Cette porte ouvrait sur un grand corridor qui servait d'antichambre et que meublait un triple rang de bancs en chêne, sur lesquels s'asseyaient pauvres ou riches, et, confondus sans distinction de rangs, ceux qui venaient consulter le médecin tout-puissant contre la fièvre.

Tout était vieux, dans ce corridor, et même un peu abandonné. On n'y trouvait pas la propreté fanatique des maisons des Pays-Bas, et l'on reconnaissait à mille détails qu'une autre femme qu'une Hollandaise était chargée de la direction domestique de ce logis.

Peu à peu la foule s'écoula, et le tour d'admission de Rubens arriva.

Nous ajouterons, pour rester historien véridique, que la vieille juive, tout en ne se mettant point en contradiction flagrante avec les ordres de son maître, s'arrangea de façon à abréger de beaucoup cette attente. Nous dirons encore que deux pièces d'or, glissées dans la main de la digne enfant d'Israël, contribuèrent, autant que le grand nom de Rubens, à faciliter ces transactions de conscience.

Quoi qu'il en soit, la nuit enveloppait complètement la ville de Leyde, quand la vieille juive vint annoncer à Rubens que son maître l'attendait.