PARFUMS ANCIENS

A FRANÇOIS COPPÉE

O senteur suave et modeste

Qu'épanchait le front maternel,

Et dont le souvenir nous reste

Comme un lointain parfum d'autel,

Pure émanation divine

Qui mêlais en moi ta douceur

A la petite senteur fine

Des longues tresses d'une soeur,

Chère odeur, tu t'en es allée

Où sont les parfums de jadis,

Où remonte l'âme exhalée

Des violettes et des lis.

* * * * *

O fraîche senteur de la vie

Qu'au temps des premières amours

Un baiser candide a ravie

Au plus délicat des velours,

Loin des lèvres décolorées

Tu t'es enfuie aussi là-bas,

Jusqu'où planent, évaporées,

Les jeunesses des vieux lilas,

Et le coeur, cloué dans l'abîme,

Ne peut suivre, à ta trace uni,

Le voyage épars et sublime

Que tu poursuis dans l'infini.

* * * * *

Mais ô toi, l'homicide arome

Dont en pleurant nous nous grisons,

Où notre coeur cherchait un baume

Et n'aspira que des poisons,

Ah! toi seule, odeur trop aimée

Des cheveux trop noirs et trop lourds,

Tu nous laisses, courte fumée,

Des vestiges brûlant toujours.

Dans les replis où tu te glisses

Tu déposes un marc fatal,

Comme l'âcre odeur des épices

S'incruste aux coins d'un vieux cristal.

* * * * *

Et tel, dans une eau fraîche et claire,

Le flacon, vainement plongé,

Garde l'âcreté séculaire

De l'essence qui l'a rongé,

Tel, dans la tendresse embaumante

Que verse au coeur, pour l'assainir,

Une fidèle et chaste amante,

Sévit encor ton souvenir.

Ô parfum modeste et suave,

Épanché du front maternel,

Qui laves ce que rien ne lave,

Où donc es-tu, parfum d'autel!