LEÇON IV.
LE ROI GARDEUR DE COCHONS.
En ce tems-là; un jeune roi étoit enclin à la débauche, même à la crapule; c'étoit un vice héréditaire. Les états-généraux, tuteurs-nés du souverain, qui n'étoit jamais émancipé pour eux, s'assemblerent & concerterent un moyen de corriger le jeune prince. Un jour qu'il s'étoit livré tout entier à son penchant ignoble, plongé dans un profond sommeil, on se saisit de sa personne royale; & de son palais, on le transporta tout endormi dans une étable, sur une litiere. À son réveil, le jeune prince put à peine en croire ses yeux. Il ne sait s'il rêve encore. Il ne retrouve plus son trône, sa couronne, son sceptre, ni ses maîtresses pour le caresser, ni ses valets pour le servir, ni ses flatteurs pour l'exciter à de nouveaux excès. Il veut commander; des pâtres prévenus accourent à sa voix, & le traitent sur le pied de la plus parfaite égalité. En vain le prince menace & réclame son autorité. On l'accuse d'avoir la tête aliénée, & on l'entraîne, malgré lui, à la garde du plus vil des troupeaux. Enfin, après quelques jours de cette épreuve, on saisit un moment de sommeil pour le replacer sur son trône. Le Prince ne fut point tout-à-fait dupe de tout cela; mais il n'eut pas le bon esprit de profiter de la leçon tacite. Il retomba bientôt dans son vice héréditaire. Alors les états-généraux conclurent à le dépouiller tout-à-fait de sa dignité, pour laquelle il ne paroissoit pas né; & le condamnerent, tout de bon, à passer le reste de ses jours au milieu du vil troupeau dont il avoit les mœurs.