LEÇON XL.

LES ASTÔMES.

En ce tems-là; une nation avoit pour roi un tyran, & pour voisins tributaires & vassaux, une peuplade d'hommes sans bouche, & ne se nourrissant que d'air. On leur envoya le tyran, pour régner sur eux. Ils l'acceptèrent, mais en même-tems ils lui firent entendre par signes qu'un peuple qui n'avoit jamais faim, n'étoit pas aisé à être tyrannisé; & qu'un souverain qui avoit plus besoin de ses sujets, que ses sujets de lui, ne pouvoit sans risque vouloir tyranniser. Quand tu seras tenté d'abuser de ton pouvoir, lui dirent-ils dans leur langage, tu n'entendras pas de murmures qui ne seroient pour toi qu'un vain bruit à l'importunité duquel ton oreille s'accoutumeroit bientôt. Mais nous te ferons jeûner; & nous verrons si tu t'habitueras aussi facilement à la faim qu'au pouvoir arbitraire.

Il seroit à souhaiter que cette race d'hommes[2] sans bouche existât encore: on y enverroit en retraite les mauvais rois; & les jeunes princes pourroient y faire leur noviciat.