LEÇON XLIII.

L'ÂGE D'OR.

En ce tems-là; un roi, qu'on appelloit autrement dans le fond de ses provinces, demanda un jour à table:

Mais, qu'est-ce que cet âge d'or, ce siecle d'or, dont j'ai quelque fois entendu parler.

Un de ses écuyers-tranchans lui répondit:

Prince, c'est un conte de fées inventé sans doute à plaisir par quelque poëte mécontent de la cour.

Mais encore....

Puisque Sa Majesté insiste.... On dit qu'il fut un tems où il n'y avoit sur la terre ni maîtres, ni valets, ni souverains, ni sujets; chacun se servoit soi-même.

Quoi! il n'y avoit pas de rois!... Comment les hommes pouvoient-ils s'en passer?

Le conte de fées dit qu'ils n'en étoient que plus heureux, & n'en vivoient que plus long-tems.

Cela n'est pas possible. Comment faisoient-ils donc?

Chaque famille vivoit rassemblée sous le bâton pastoral d'un patriarche.

Tout cela est bien un conte de fées.... Cependant, ajouta le roi, qu'on défende aux poëtes modernes de le versifier de nouveau, & aux nourrices d'en bercer leurs enfans.


LEÇON XLIII.

LE DICTIONNAIRE.

En ce tems-là; un despote oriental, un soir, attaqué d'insomnie, se faisoit lire par un de ses esclaves favoris quelques articles d'un gros dictionnaire. Le lecteur appelloit les noms; & le prince asiatique, selon leur bizarrerie ou son caprice, s'en faisoit lire un morceau, ou les passoit. Au mot insurrection, il dit à son esclave: Que signifie ce mot? L'esclave, qui avoit soin de parcourir des yeux chaque article, avant de le réciter, dit à son maître: Seigneur, je n'oserai jamais....—Qui t'arrête?—Seigneur...... Au reste, cet article concerne un peuple ancien, célebre par ses fables.—Encore.—Seigneur, vous pardonnerez à votre esclave.... Insurrection, droit de soulevement accordé au peuple de Crete contre ses souverains, quand ils se conduisoient mal dans leur place. Dans quelle classe, reprit Sa Majesté écoutante, a-t-on rangé cet article?—Dans l'histoire ancienne.—On s'est trompé; c'est à la mythologie ancienne qu'il falloit le placer..... Passons à un autre article.


LEÇON XLIV.

LES VOITURES DE LA COUR.

En ce tems-là; le sage Rhamakc se promenoit vis-à-vis de la maison publique qui servoit de dépôt aux voitures de la cour. On crut qu'il vouloit grossir le nombre des courtisans, & on lui offrit une place pour partir. Il refusa.—Que faites-vous donc ici?—Je m'amuse, répondit-il, à comparer le visage de ceux qui vont à la cour, avec le visage de ceux qui en reviennent. L'empressement des uns, les soucis rongeurs des autres, me frappent & me font faire des réflexions, qui m'ôtent toute envie d'aller voir ce pays d'où on ne revient pas comme on y va.