LEÇON XXI.
LES SPECTACLES DE LA COUR.
Un souverain nourrissoit ses histrions avec le pain de ses pauvres sujets; il faisoit plus: il contraignoit ses pauvres sujets à jeun à venir applaudir aux chants & aux gestes de ses virtuoses engraissés de leurs sueurs. Un jeune étranger, témoin des fêtes brillantes qui se donnoient à la cour du roi, s'en retournoit émerveillé. Le bon prince, s'écrioit-il! Il daigne partager ses plaisirs avec tout son peuple. Oui, dit quelqu'un, cette nation seroit la plus heureuse de la terre, si elle n'avoit que des yeux & des oreilles: il ne lui manque que du pain.
LEÇON XXII.
LES RÉJOUISSANCES PUBLIQUES.
En ce tems-là: c'étoit la fête du roi; il fit afficher des placards dans tous les carrefours de chaque ville de son empire:
Aujourd'hui, fête du monarque; deux fontaines de vin couleront dans toutes les places publiques, depuis le lever du jour jusqu'au milieu de la nuit. Que notre bon roi est généreux! disoit le peuple.
Un homme, qui se trouvoit pour lors dans la foule, s'écria:
Malheur au peuple dont le roi est généreux! Le roi ne peut donner que ce qu'il a pu prendre à son peuple. Plus le roi donne, plus il a pris au peuple. On n'est point avare du bien d'autrui.