PLANCHE XI.
On regrette souvent, en admirant les beaux ouvrages de l'antiquité, de ne pouvoir en retrouver le sujet. La perte de la tradition nous rend plus nécessaire le secours des symboles et des accessoires; quand il sont obscurs et mal conservés, on risque de se perdre dans des explications plus ingénieuses que vraisemblables. On trouve, dans cette charmante peinture, quelques rapports avec une fable d'Apollonius de Rhodes (Arg. III, v. 7 et suiv.); mais on ne voit dans les personnages aucun des attributs qui conviennent aux Déesses qui font le sujet de la fable. Le poète raconte la visite que Junon et Pallas, protectrices de Jason, firent à Vénus, pour obtenir son secours en faveur du héros, dans sa périlleuse entreprise. Les Déesses trouvent la Reine des Amours sous un portique, occupée à tresser ses beaux, cheveux qui tombent sur ses épaules; Vénus, en faisant accueil aux Déesses, rassemble dans sa main ses cheveux encore en désordre, et demeure, pendant la conversation, dans l'attitude gracieuse que rappelle notre tableau; cette attitude peut bien aussi n'exprimer que le repos et l'attention. Le vase est trop grand pour être le vase aux parfums, qui accompagne assez ordinairement la figure de Vénus; c'est plutôt l'urne d'une nymphe. La figure qui est debout, le coude appuyé sur la base d'une colonne, est noble et sévère; elle parle, et ses traits sont pleins de vie. La troisième figure est remarquable par sa belle simplicité; elle est enveloppée toute entière dans son manteau; sa main levée et rapprochée du menton, d'accord avec l'expression de ses traits, indique une grande attention. Son siège a un marche-pied, et, plus élevé que celui du premier personnage, il rappelle une convenance d'usage dans l'antiquité. Quel que soit le sujet de cette rare peinture, on ne peut trop en admirer la belle ordonnance, le sentiment de convenance qui y règne, l'unité d'intérêt, le bon goût des draperies et l'harmonie des teintes.
Hauteur, 1 P. 10 p°.—Largeur, 1 P. 3 p°. 8 lig.