PLANCHE XLI.

(XII, t. III de l'Édition royale.)

Cette peinture curieuse semble se rapporter l'aventure de Mercure avec la déesse Mania ou la nymphe Lara. Cette nymphe indiscrète révéla Junon les amours de Jupiter et de Juturne; le maître des Dieux la punit en lui arrachant la langue, et la confia à Mercure pour la conduire aux enfers. Le messager s'en rendit amoureux, et la séduisit en passant dans un bois; la nymphe devint mère des deux Lares. On reconnaît le divin messager à ses brodequins aîlés, aux deux aîles qui prennent naissance sur son front, comme on le voit dans plusieurs monumens antiques, et à la baguette qui désigne sa puissance sur les ombres. L'épée posée sur un rocher est aussi un attribut de ce Dieu; l'artiste s'est seulement écarté de la tradition, en ne la représentant pas de cette forme recourbée qui avait fait donner le nom de harpé à cette épée du fils de Maia. Les deux têtes couronnées de feuillages, dont l'une est sur la branche d'un arbre, et l'autre sur un pieu au-dessous des figures, sont, sans doute, encore relatives à une autre opinion religieuse; elles semblent représenter ces têtes feintes (oscilla) qu'Hercule fit substituer aux victimes en abolissant les sacrifices humains: ces signes se suspendaient aux arbres et sur des perches. La nymphe, parée d'un diadême d'or, d'un collier et de pendans formés de perles, s'appuie sur Mercure et semble l'écouter avec faveur; son attitude est pleine d'abandon et convient au repos qu'on cherche après une longue course; une draperie couleur de laque forme tout son vêtement; le Dieu la soulève et en rend la plus grande partie inutile. Le groupe est plein de grâce, et le site agreste et sauvage ajoute à la beauté de la composition.

Hauteur, 1 P. 8 p°. 5 lig.—Largeur, 1 P. 5 p°. 7 lig.