PLANCHE VI.
(P. 1re, t. V de l'Edition royale.)
Chez tous les peuples, nous voyons la religion s'envelopper de mystères; parmi les anciens Grecs et Romains, l'idée d'un Être suprême, seul moteur de toutes les causes et régulateur de l'univers, était, pour ainsi-dire, le secret des philosophes, et cette grande vérité paraissait trop sublime pour être communiquée au vulgaire grossier, dont la superstition se nourrissait de toutes les erreurs du polythéisme. On en retrouve les traces plus ou moins développées dans leurs écrits; mais c'est sur-tout dans les monumens que les opinions religieuses se cachent sous les symboles. Le bronze que nous avons sous les yeux, semblerait appartenir à ces sortes de monumens mystérieux; il représente un Croissant, surmonté de deux petits bustes, avec l'aigle portant la foudre au milieu; cet aigle annonce, dans les médailles et dans les pierres gravées, la présence invisible du grand Jupiter. La tête de Diane, de Proserpine ou d'Isis au milieu du croissant, annonce la puissance de la Divinité manifestée dans cet astre. Ici le symbole de Jupiter semble le montrer comme le régulateur des temps figurés dans les têtes du Soleil et de la Lune, qui, en séparant le jour et la nuit, forment le mois exprimé par le croissant. Les mutations constantes de la Lune ont été les premières observées, et le cours de cet astre est la mesure la plus sensible et la plus antique qui ait servi à diviser l'année. «Le mouvement perpétuel du Soleil, dit le poète Aristide (Hym. in Jov. p. 13) au-dessus et au-dessous de la terre, est le commandement donné par Jupiter au Soleil, d'éclairer tout le monde; et les cours de la Lune et les révolutions de toutes les étoiles, sont une disposition de Jupiter». Ce passage s'applique merveilleusement à notre bronze, et pourrait aussi aider à l'explication d'autres monumens, où l'on voit la tête même de Jupiter avec le croissant. C'est aussi comme régulateur des jours et des nuits, que Jupiter recevait chez les Romains le nom de Lucetius et de Diespiter (Diei pater); cependant, en adoptant une explication plus simple, et qui a été appliquée avec autorité des monumens du même genre, on pourrait voir, dans notre bronze, l'apothéose de deux personnages révérés, ou un hommage votif pour la naissance de deux jumeaux, ou peut-être encore le symbole de Jupiter, d'Hécate, ou de Castor et Pollux.
Sur la même planche, on voit un buste de Pallas, avec le casque et l'égide, et une femme aîlée qui peut représenter une Victoire.