TABLE

PREMIÈRE PARTIE
GUNNAR
[Avant-propos.]
Chapitre[I.]—Préambule rustique.—La terre de glace.
[II.]—Comment Rut prit femme, et ce qu'il en advint.
[III.]—Nial conseille et Gunnar agit.
[IV.]—Halvard le Rouge chez Gunnar.
[V.]—Gunnar dans les pays de l'Est.
[VI.]—La dernière croisière du vieux viking.
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DEUXIÈME PARTIE
GUNNAR ET HALGIERDE
Chapitre[VII.]—Quelle femme était Halgierde, fille d'Hogi.
[VIII.]—Entre Bergtora et Halgierde.
[IX.]—Suite des représailles.
[X.]—Propos de femmes et couplets de skalde.
[XI.]—Le différend d'Otkel et de Gunnar.
[XII.]—Le coup d'éperon, et ce qui s'ensuivit.
[XIII.]—Ce qu'il y a dans le pas d'un cheval.
[XIV.]—Le siège de Lidarende.—Mort de Gunnar.
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TROISIÈME PARTIE
NIAL ET LES FILS DE NIAL
Chapitre[XV.]—Où le lecteur retourne en Norwège.
[XVI.]—Thraen.
[XVII.]—Le fils de Thraen.
[XVIII.]—Le manteau de soie.
[XIX.]—L'attaque de Bergtorsvol.
[XX.]—L'incendie.—Mort de Nial et de ses fils.
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QUATRIÈME PARTIE
KARE ET FLOSE
Chapitre[XXI.]—Sur le ting.
[XXII.]—Kare à l'affût.
[XXIII.]—Dans l'île de Rowsa.—Conclusion.

AVANT-PROPOS

Ce qu'on a essayé de faire revivre dans la rustique iliade qu'on va lire,—une iliade et une odyssée tout ensemble,—c'est l'esprit des vieilles sagas nordiques, si populaires encore aujourd'hui chez les populations scandinaves. Ce drame est comme le dernier battement d'ailes du paganisme expirant en Islande. Les personnages mis en scène appartiennent à cette classe de propriétaires terriens, à l'occasion guerriers et pirates, qui formaient l'aristocratie ombrageuse de la petite république insulaire, et autour desquels se groupaient, en manière de clans, des clientèles plus ou moins nombreuses d'arrière-vassaux, de sous-fermiers et d'esclaves.

Pour ces fiers et farouches paysans, la considération et l'indépendance, dans le sens qu'ils attachaient à ces mots, étaient les biens suprêmes de la vie. La moindre atteinte portée à leurs droits, la plus légère offense faite à leurs personnes ou à leur honneur, un simple mot injurieux, un couplet moqueur courant de bouche en bouche, exigeaient une réparation éclatante, créaient une fatalité de représailles à laquelle nul homme ne pouvait se soustraire, sous peine de déchoir à ses propres yeux et d'encourir le mépris des autres. Et comme tous les membres d'une famille étaient solidaires de l'outrage essuyé, les vindictes s'enchaînaient l'une à l'autre sans que la loi islandaise y pût rien.

Devant la justice, le meurtre s'expiait par une composition en argent (wehrgeld, prix du sang); mais l'opinion publique, la plupart du temps, ne se contentait pas de cette satisfaction, et il fallait que la partie lésée eût recours à une action personnelle. La vengeance était même réputée chose si sainte, que les sagas nous montrent l'aveugle recouvrant momentanément la vue à l'aide d'un prodige, afin de l'accomplir.

Il va de soi que, dans une telle société, les qualités que l'on prisait le plus étaient le courage et la force physique. C'est par son courage et sa force que Gunnar est l'homme supérieur de son temps. Toutefois la force sans la sagesse n'a qu'une vertu trop souvent stérile; c'est pourquoi à côté du vaillant on a eu soin de placer le sage, qui n'est pas moins honoré que le vaillant, mais dont la sagesse, réduite à elle-même, risque aussi de demeurer sans effet.

De là découle le récit tout entier. Tant que Gunnar, l'homme d'action, et Nial, l'homme de réflexion, s'assistent l'un l'autre et marchent ensemble, leurs ennemis ne peuvent prévaloir contre eux. En revanche, Gunnar périt quand il cesse d'écouter la voix de Nial, et Nial succombe à son tour quand il n'a plus le bras puissant de son ami.

Quoique la narration soit simple de ton, les faits d'armes merveilleux des héros, leurs aventures sur terre et sur mer confinent encore au monde légendaire et semblent du ressort de la poésie; mais les détails de mœurs, aussi bien que les peintures du train de vie, sont d'une exactitude rigoureuse, et c'est par là que la fiction et la réalité se rejoignent.