AVIS DE L'ÉDITEUR
On ne s'attend pas à de longues recherches bibliographiques sur ce léger recueil de gaietés: ce serait faire trop d'honneur à un petit vagabond, sans feu ni lieu, et sans histoire. Tout ce que nous en savons, c'est que d'abord mis au monde, en 1781 ou 1782, sous le titre de Petit-Neveu de Grécourt… à Gibraltar, chez les Moines, il a été vite adopté par Cazin, qui en a donné deux éditions, avec un titre nouveau: Étrennes gaillardes, dédiées à ma commère… à Lampsaque, de l'imprimerie du Dieu des Jardins, 1782 et 1784. Voilà donc, à bien compter, trois éditions, lesquelles doivent se valoir, vu le mérite à peu près égal des imprimeurs: le Dieu des Jardins, au XVIIIe siècle, n'avait sûrement pas de plus dignes émules que les Moines, de Gibraltar ou d'ailleurs.
Maintenant, qui a composé ce volume? Un homme de goût, évidemment. On a pensé que ce pouvait bien être Félix Nogaret, à cause des initiales Y X, dont signe l'éditeur; mais ce n'est là, qu'une supposition fort aventurée. Nogaret avait le bonheur de posséder un X dans son prénom: d'accord; mais tous les anonymes n'ont-ils pas le même droit à l'X? Et quant au goût de Félix Nogaret, qui passe avec plus de raison pour avoir fait les insipides huitains de l'Arétin Français, n'est-il pas trop douteux pour justifier l'attribution?
La chose, en somme, est de minime importance. Quel que soit l'Amateur qui a recueilli ces bluettes, acceptons-les pour elles-mêmes et ne leur demandons pas plus qu'elles ne peuvent tenir. Elles ont été glanées un peu partout: cependant, la majeure partie n'en est guère connue; elles sont lestes, court-vêtues, provocantes, et si elles donnent au Lecteur une heure ou deux d'amusement, nous aurions grand tort de regretter les quelques feuilles de joli papier que nous avons sacrifiées pour cette modeste édition.
I. L.
Paris, le 20 Juillet 1883.