LA DÉCLARATION MILITAIRE
A MADAME ***
Puisque vous m'avez dit souvent
Que vous n'aimez pas la morale.
On m'a fait un conte plaisant.
Il faut que je vous en régale:
Un Mousquetaire soupiroit
Pour Fatime, beauté sévère;
Quel est celui qui me diroit
Comment soupire un Mousquetaire?
Depuis si longtemps un bruit court
Que, dans le délai le plus court,
Ces Messieurs font toujours l'affaire!
Le pourquoi n'est plus un mystère;
Mars qui s'entend avec l'Amour
Est exempt du préliminaire.
Mon Héros, qu'on nommoit Valcour,
Et qui certe auroit eu vergogne
D'en être à son troisième jour
Sans finir la douce besogne,
Pour la finir n'épargna rien;
Si, qu'à son deuxième entretien,
Bien résolu de passer outre,
Il s'écria: «Je voudrois bien,
«Madame, vous…—Quoi donc?—Vous foutre.»
Foutre est un mot très indécent;
Fatime se mit en colère,
Et dit:—«Monsieur le Militaire,
»Vous êtes un impertinent.
»—Un impertinent soit, ma chère;
»J'en agis toujours rondement,
»Et ne réponds au compliment
»Que par trois mots: laissez-moi faire.»
Entre ses bras il vous la prend.
On devine que la Commère
Se débat, ou bien fait semblant:
Plus elle feint, plus il la serre.
Bref, il la pousse vivement.
Elle, tout en se débattant,
De tomber dans une bergère;
Lui d'avoir, en moins d'un instant
Fait quatre ou cinq tours à Cythère.
Mademoiselle, en se pâmant,
De lui demander doucement
S'il peut encore en faire autant?
Et Monsieur, toujours plus galant,
De ne pas rester en arrière.
Mon Lecteur, qui sait que souvent
Le plus vigoureux assaillant
Après trois exploits tombe à terre,
Ne doit pas trouver surprenant
Qu'ayant fait six fois la carrière,
Sans prendre haleine seulement,
Mon coquin, d'un air triomphant,
Enflé de sa valeur guerrière,
Dit à Fatime en la quittant:
—«Pour foutre, vive un Mousquetaire!»
Ni que Fatime souriant
Prenne le parti de se taire;
Car un Auteur qui n'est pas sot,
Sur foutre a donné cette glose:
Les Dames pardonnent le mot
A celui qui fait bien la chose.