LA DÉFENSE BIEN OBSERVÉE

«Quoi! maman me laisse seulette?

»Pour moi j'en suis presque en courroux;

»Il semble qu'exprès avec vous

»Je voulois rester tête à tête;

»Mais non, Monsieur, n'en croyez rien;

»Vraiment je vous le défends bien.

»Pour favoriser le mystère,

»Ma porte est fermée aux verroux;

»Ici, sans crainte des jaloux,

»On pourroit jouir et se taire;

»Mais non, Monsieur, n'en faites rien;

»Vraiment je vous le défends bien.

»Prêt à rire de ma colère,

»Peut-être que mon négligé,

»Mon mouchoir un peu dérangé,

»Vont vous rendre trop téméraire;

»Mais non, Monsieur, qu'il n'en soit rien;

»Vraiment je vous le défends bien.

»Dans vos yeux je lis votre audace,

»Vos regards dévorent mon sein;

»Vous allez y porter la main,

»Votre bouche en prendra la place;

»Mais non, Monsieur, n'en faites rien;

»Vraiment je vous le défends bien.

»Mais que vois-je? ma jarretière

»Se défait et tombe à mes pieds;

»Souffrir que vous la rattachiez!

»Oh! pour cela je suis trop fière!

»Non, non, Monsieur, n'en faites rien;

»Vraiment je vous le défends bien.»

Comprenant enfin la défense,

Par degré Damon s'enhardit,

A la belle il désobéit,

Pour prouver son obéissance.

Jusques au bout il fit si bien,

Qu'on ne lui défendit plus rien.