LA FENTE

CONTE

Orante avoit fait emplette

D'un quarteau de vieux Rota;

Sa chambrière Pâquette,

Un beau matin le goûta

Et le trouva bon sans doute.

Elle y revint: Jean l'aida.

Verre à verre, goutte à goutte

La feuillette se vida.

Au bout d'une quarantaine

Il advint que le Patron,

Qui croit la feuillette pleine,

Va pour en prendre l'étrenne.

L'eut-il? Vous savez que non.

Abusé dans son attente,

D'abord il est stupéfait,

Puis songeant que le vin tente

Et se doutant du méfait,

Il appelle sa servante

Et lui dit ce qu'elle sait.

Pourtant elle s'émerveille:

Jamais, jamais on n'a vu

Une aventure pareille!

—«Certe, qui l'auroit prévu?»

Répondit-elle à son maître,

«D'où peut provenir cela?

»Quelque fente aura peut-être

»Causé cet accident-là;

»Nous pourrons le reconnoître.»

Elle va prendre un flambeau.

L'allume, vient, fait sa ronde:

Rien ne manquoit au tonneau.

—«Morgué! le tour est nouveau;

»Voyons par-dessous», dit-elle.

Au même instant la donzelle,

En se baissant, met au jour

Ce qui plaît dans une belle,

Morceau digne de l'amour.

Et pour parler sans détour,

Le parois de sa Chapelle

Que couvroit un jupon court.

—«C'est assez», lui dit Orante,

En lorgnant le défilé,

«Viens que je bouche la fente

»Par où mon vin a coulé.»