L'AVOCAT RAISONNABLE

Un Avocat, revenant dans son logis après deux ans d'absence, y retrouva un gros garçon qu'il ne croyoit pas avoir laissé; au lieu de s'emporter contre sa femme, il fit l'in-promptu suivant:

IN-PROMPTU

Air: Du Vaudeville de la Rosière.

Sur cet article délicat,

Un autre courroit au grimoire;

Mais moi, comme un franc Avocat,

C'est la loi que je veux en croire;

Or si je consulte la Loi,

L'enfant de ma femme est à moi.

Je sais bien qu'avant mon départ,

Madame écoutoit les fleurettes,

Et qu'elle avoit sa bonne part

Du foible qu'on donne aux coquettes;

Mais si je consulte la Loi,

L'enfant de ma femme est à moi.

Plus je regarde le poupon,

Moins je trouve qu'il me ressemble:

Il a la bouche de Cliton,

Ses yeux, son nez: aye! aye! je tremble;

Mais si je consulte la Loi,

L'enfant de ma femme est à moi.

Sur un doute pareil au mien,

Rondon plaida sa ménagère,

A cela que gagna-t-il? Rien.

Le juge dit au pauvre hère:

«Va-t'en donc consulter la Loi,

»L'enfant de ta femme est à toi.»

Tous les jours, j'en suis convaincu,

Le plus galant homme peut être

Ce que l'on appelle cocu;

Mais, sans chercher à le paroître,

Il dit: «N'écoutons que la Loi,

»L'enfant de ma femme est à moi.»