LE CRI DU CŒUR

Père Brichard exploitait Sœur Colette,

Sans débrider pour la sixième fois,

Et deux encor: tant qu'enfin la Nonnette,

Qui, se lassant, les comptoit par ses doigts,

Lui dit: «Pater, c'est assez nous ébattre:

»Oui, je le jure, et de par Saint Julien,

»Qu'au jeu d'amour vous seul en valez quatre.

»—Par la corbleu! suis-je Carme pour rien?»

LA BÉNÉDICTION TROP CHÈRE
OU
LE CONSEIL D'ALIX

Le grand Colas et la jeune Denise,

Amoureux, pauvres et contents,

Suivis de leurs parents, s'en alloient à l'église

Dire un oui, faire une sottise

Dont maint époux s'est repenti longtemps.

Tout étoit disposé pour cette grande fête;

On commence, et déjà messire Jean s'apprête

A prononcer le conjungo fatal,

Quand tout à coup un scrupule l'arrête:

«Avant que d'achever, il ne seroit pas mal,»

Leur dit-il, «de faire une pause.

»Or, dites-moi, s'il vous plaît, et pour cause,

»Ce que vous me donnez pour le droit pastoral?

»—Nous avons mis soixante sols ensemble,

»Que vous prendrez, si bon vous semble,»

Répond Colas, surpris de cette question.

—«Soixante sols! je serois un pauvre homme

»De donner pour si peu ma bénédiction.

»Maître Colas, amplifiez la somme,

»Mettez encor vingt sols avec l'écu.

»—Quatre francs pour être cocu!»

S'écria tout haut un bon drôle;

«Messire Jean, quel monopole!

»J'en donnerois volontiers neuf,

»Et plus encor, pour être veuf.

»—Oui, je veux quatre francs sans rabattre une obole;

»Laissons les discours superflus:

»Quatre francs, ou n'en parlons plus;

»Robin, ôte-moi mon étole.»

Denise alors prit la parole.

—«Colas et moi,» dit-elle, «avions deux petits lits;

»Nous venons de les vendre à la commère Alix

»Pour avoir une grande couche.

»Que je suis malheureuse, hélas!

»Messire Jean, que la pitié vous touche!

»Où donc ira coucher Colas,

»Si vous ne nous mariez pas?

»—Vraiment voilà bien du mystère!»

Dit la commère Alix; «jour de Dieu! laissez faire;

»Messire Jean y perdra son Latin.

»Quand je fus promise à Lubin,

»Défunt notre Curé voulut agir de même,

»Mais il ne fut pas le plus fin;

»Lucas et moi d'accord, nous allâmes bon train;

»Si qu'au bout de neuf mois, approchant le Carême,

»Mon ladre de Curé se vit réduit enfin

»A faire au même jour mariage et baptême,

»Le tout pour un écu. Faites comme je fis,

»C'est un profit tout clair.—Je suis de votre avis,»

Répart Denise; «eh bien! Colas, prenons l'avance;

»Le Ciel sait nos intentions,

»Il sait aussi notre indigence;

»Il voit notre Curé manquer de complaisance:

»Celui-ci répondra de ce que nous ferons;

»Et puisque sans argent il ne veut pas qu'on danse,

»Allons, et mettons-lui le plus que nous pourrons

»De péchés sur la conscience.»