LE MENSONGE ÉVIDENT

En bavolet, en simple jupon court.

Sur son balcon dame Alix appuyée

Lorgnoit les passants un beau jour.

Depuis longtemps, aux mystères d'amour

La belle étoit initiée.

Un sien neveu, nommé Valcour,

Garçon alerte et d'assez bonne mise,

Entre en sa chambre; il la voit, et soudain

Le fripon sent naître en son sein

Un mouvement de paillardise;

Si bien que derrière elle il se glisse sans bruit,

Soulève le jupon d'une main libertine,

Et puis, ainsi qu'on l'imagine,

S'ajuste, pousse et s'introduit.

—«Eh! mais, voyez l'extravagance!»

Dit Alix à notre éventé;

«Valcour… vous me foutez, je pense?…

»—Moi? non, ma tante, en vérité…

»—Comment, non, coquin que vous êtes?

»Ne sens-je pas ce que vous faites?

»Et vous l'osez nier! c'est par trop fort aussi…

»—Vous êtes donc bien mécontente?»

Dit Lindor d'un ton radouci;

«Eh bien! je vais m'ôter, ma tante,

»Si vous voulez.—Non, restez-y:

»Mais je n'aime pas que l'on mente.»